Armes:entre naïveté et hypocrisie

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Aux Etats-Unis, ce sont généralement les entreprises qui se gargarisent des juteux contrats d’armements décrochés. En France, l’Elysée assure lui-même le placement des produits de l’entreprise (privée) Dassault et ne manque pas de faire savoir triomphalement chaque Rafale vendu (6,3 milliards € rien qu’au Qatar le printemps dernier). Chez nous, rien de tout cela, entreprises et gouvernements restent très discrets… la Belgique doit être même le seul pays où ce genre de délicats dossiers n’est même pas (plus) du ressort du gouvernement " national ".

Chacun chez soi

Chez nous, c’est un peu comme si l’Auvergne vendait des armes sans en référer à Paris… sauf qu’en Belgique aucun gouvernement n’a autorité sur les autres et donc pour les armes comme pour (pratiquement) tout le reste, chacun agit comme il l’entend.

Il y a bien sûr un cadre général, européen, qui détermine ce qu’il est loisible de faire. Et quant à l’opportunité de commercer avec l’Arabie Saoudite, les critères de l’Union Européenne ne sont pas tout à fait ceux d’Amnesty International.

Depuis que la Volksunie a fait tomber le gouvernement Martens en 1991 pour une question de ventes d’armes wallonnes vers le Golfe Persique, après que Guy Spitaels, alors ministre-président wallon, en ai fait une question cruciale, les licences d’exportation d’armes ont pris une connotation linguistique. Il n’y aura finalement plus d’armes "belges".

Symbole wallon

La Fabrique Nationale (sic) est devenue un exemple du " savoir-faire wallon " dans un secteur concurrentiel, et ce uniquement grâce à un actionnariat 100% public ! Il ne faut pas non plus négliger l’histoire sociale de l’entreprise.

La FN est devenue dans le discours politique wallon plus une "entreprise qui exporte " qu’un " marchand d’armes ". On rappelle régulièrement les 3000 familles qui en vivent et les 10.000 sous-traitants. Sur le marché des armes, la Wallonie reste un " petit " opérateur.

La Flandre dispose aussi d’un secteur " armement " mais comme il repose essentiellement sur des composants électroniques et qu’un écran de contrôle pour missiles reste plus discret qu’un vieux FAL aux mains de djihadistes, la Wallonie sera toujours plus facilement épinglée.

Il n’en reste pas moins que les instances de contrôle se réfugient souvent derrière les " intérêts économiques " comme il est naïf de croire que la Wallonie, voire la Belgique seule, puisse enrayer la faim de matériels militaires des dictatures.

C’est l’ensemble des compromissions avec le régime dictatorial de Ryad qui à remettre à plat : de l’islam de Belgique confié aux Saoudiens par la volonté du roi Baudouin au juteux contrat de 3,7 milliards pour le port d’Anvers.

Sans cela, business as usual…

 

@PhWalkowiak

 

Et aussi

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK