Après les pouvoirs spéciaux, l'été meurtrier

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Que restera-t-il des pouvoirs spéciaux sauce Wilmès 2 ? Finalement, rien de plus qu’une parenthèse où avec cela, une classe politique s’est rassurée dans une crise tout à fait inédite. Lors de celle-ci, le citoyen n’aura vu aucune différence entre ce qui ressortait des pouvoirs dits " spéciaux " ou de la marche habituelle des institutions. Ce citoyen pourra juste se dire que si des pouvoirs spéciaux pouvaient fournir des masques de protection rapidement, ça se saurait su !

Pouvoirs spécieux

Tous les partis (sauf PTB et VB) soutenaient ce recours aux pouvoirs spéciaux, transformant de facto l’exécutif Wilmès 2 en un gouvernement de Salut Public. Tous unis contre la pandémie, même si la N-VA avait refusé de ressusciter le gouvernement en affaires courantes.

Cette fois donc, l’instauration des pouvoirs spéciaux n’aura suscité aucune opposition, à la grande différence de ceux utilisés par le gouvernement Martens-Gol dans les années 80 du siècle dernier, pour tailler dans les dépenses publiques, dévaluer la monnaie ou réduire les prestations sociales tentant ainsi d’enrayer le fol emballement de la dette publique belge.

Ici, rien de tout cela. On a ainsi déjà oublié que gouvernements wallon et bruxellois avaient eux aussi recouru aux pouvoirs spéciaux.

Les circonstances ont même provoqué la naissance d’un nouveau " brol " pseudo-institutionnel : le super kern ou la réunion des principaux ministres du gouvernement Wilmès 2 avec tous les présidents des partis qui soutenaient les pouvoirs spéciaux. Tous sauf un : Bart De Wever, représenté par son chef de groupe à la Chambre, tenant à marquer ainsi la différence d’approche de la N-VA.

Plus spécieux que spéciaux, ces pouvoirs. Plus techniques que politiques.

Et maintenant ?

Progressivement, Ce Pays retrouve la normale. Et la norme politique au niveau fédéral, c’est l’absence d’un véritable gouvernement. Depuis le 21 décembre 2018. La Belgique se trouve devant la plus grave crise budgétaire depuis la guerre et personne pour l’affronter.

Il y a bien entendu des raisons à cela. Les cartes distribuées par l’électeur le 26 mai 2019, la méfiance chronique entre PS et N-VA, les tensions entre Francophones et Néerlandophones, la montée des populismes, une extrême-droite flamande triomphante et la perspective d’une législature où il n’y aura que des décisions douloureuses à prendre, n’incitent guère à l’optimisme.

Le choix de l’heure semble être entre une coalition tri-familiale minoritaire (option Magnette-Rousseau), sans la N-VA et une coalition majoritaire très flamando-flamande (option de la triplette Coens-Lachaert-Bouchez) embarquant Sp.A et N-VA, délaissant le PS et ultra sous-représentée côté francophone. Aucune solution n’est idéale.

Wilmès 2 a fixé lui-même sa date de péremption à la mi-septembre. L’été meurtrier de la Belgique ?

@PhWalkowiak