Après le coronavirus : choisir entre l'humain et l'économie ?

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Officiellement, le confinement prend fin le dimanche 19 avril prochain. Il n’y a pratiquement personne pour y croire sincèrement. La décision de reporter la fin (?) du confinement au 3 mai, comme déjà entrouvert, reste à prendre. Mais le débat de l’heure devient la manière de sortir de cette sorte de couvre-feu social et économique. Et justement, il revient en quelque sorte au politique d’arbitrer entre l’économie et la santé publique. Ce débat reste ouvert.

Intérêts économiques vs bien-être social

L’économie encaissera un choc jamais vu depuis la guerre. La note à payer, pharamineuse.

La Banque Nationale comme le Bureau du Plan estime que cette crise coûtera 45 milliards € au pays. La dette belge va exploser à 115% du PIB (100% en 2019). Le déficit du budget de l’État se creusera à 30 milliards € cette année.

En ce moment, un secteur comme l’Horeca, a perdu 92% de son chiffre d’affaires.

Des montants qui donnent le tournis.

Des entreprises, comme Audi Forest ou Volvo Gand, poussent à la reprise. Des commerces ont envie d’embrayer. Et là, c’est au politique de trancher.

Les " super kern " du samedi où se retrouvent gouvernement fédéral et 10 présidents de parti semblent surtout servir de chambre d’entérinement d’arrêtés royaux techniques et de lieux de débat consacrant les différences idéologiques sur la question.

Face aux besoins économiques, s’érigent naturellement les demandes sociales et la réalité sanitaire.

Bart De Wever résume, à sa manière : Des soins de santé de haute qualité ne peuvent exister sans une économie sous-jacente forte. Une façon d’entériner l’antagonisme de l’heure.

Quelle voie choisir ?

Notre société peut-elle suivre la même voie ? La question devient sous-jacente aux futures prises de décision, à court comme à long terme, du niveau local au niveau européen.

Sans surprise, les clivages se retrouvent. Ecologistes et socialistes en appellent à revoir ce modèle " libéral " amplifié depuis les années 80. Du côté bleu ou N-VA, on répète que les entreprises restent le moteur d’un financement correct de la Sécurité Sociale.

Les débats à la Chambre ce jeudi, face à la Première Ministre, illustrent ce propos.

La sortie de confinement a été confiée à un groupe de scientifiques et de patrons. Peu de perspectives sociales.

Entreprises et syndicats n’ont pu se mettre d’accord sur des mesures accompagnant les travailleurs : pas d’accord sur les heures supplémentaires, les transferts d’employés ou les jobs d’étudiants. La méfiance demeure là aussi. Privilégier le social ou l’économie ? La concertation a échoué. La patate chaude revient au gouvernement fédéral et donc à l’ensemble du " comité de salut public " du samedi matin.

L’épidémie de coronavirus finit donc par reposer la question à laquelle l’ensemble de la classe politique belge est incapable de répondre depuis 2007, livrée à ses antagonismes stériles : quel modèle de société voulons-nous ? quelle Belgique est possible ? la Belgique existe-t-elle d’ailleurs encore en tant que telle ?

 

@PhWalkowiak