Après 20 ans, la fin du très long règne d'Elio Di Rupo

Ce 10 octobre 2019 est une date historique. Cela fait 20 ans qu’Elio Di Rupo est devenu président du parti socialiste. Elu avec 70% des suffrages. Il succède à Philippe Busquin. Ce jour-là, la gorge serrée, il présente son successeur à la presse. Il dit :

Cela a une signification émotive pour moi. Qu’un fils de migrant devienne président d’un grand parti et s’inscrive dans la lignée des Vandervelde et autres.

Cette phrase résonne tout particulièrement aujourd’hui qu'il doit céder dans une semaine le pouvoir au dauphin Paul Magnette. Emile Vandervelde, premier président du POB, parti ouvrier belge est LA figure tutélaire des socialistes belges. C’est en particulier le modèle d’Elio Di Rupo. Il a dit à plusieurs reprises qu’il voulait être un président comme “Emile Vandervelde”. Alors que son mandat se termine dans quelques jours, il est légitime de tenter de savoir s’il a été à la hauteur de Vandervelde.
 

Question de point de vue

Du point de vue de l’héritage historique, Elio Di Rupo n’égale pas Vandervelde. Personne ne le pourra sans doute jamais d’ailleurs. Vandervelde a d'abord largement écrit la charte de Quaregnon en 1894 (le document fondateur). Ensuite, c’est lui qui porte au pouvoir le POB après la première guerre mondiale. C’est lui qui incarne la période faste du parti socialiste belge. Il fut un président de conquêtes : le suffrage universel, la journée des huit heures, la pension de vieillesse, le début de la sécu. 

Elio Di Rupo doit faire avec un tout autre contexte: le triomphe de la pensée néolibérale depuis les années 80, la décrépitude lente de l'Etat-providence. Il a été le président d’un PS défensif, gestionnaire, prisonnier des affres des affaires. Il a conduit le PS à son plus bas niveau électoral depuis la guerre.

Mais ce n’est pas le seul point de vue possible sur l’héritage de Vandervelde. L’autre angle, c’est le rapport au pouvoir. Emile Vandervelde est mort en fonction en 38. Il était tellement puissant, tellement dominateur, que seule la mort a eu raison de lui. Ce mythe doit être relativisé. Avant de mourir, il s’apprêtait à démissionner, opposé à certains cadres comme Henri DeMan ou Paul Henry Spaak à propos de la guerre d'Espagne. Reste l’image d’un homme inamovible, dont la vie a été littéralement dédiée à la politique et au socialisme. Techniquement, Elio Di Rupo n’aura pas été un président "à la Vandervelde" puisqu’il s’apprête à quitter le PS, vivant, poussé vers la sortie par un plus jeune, Paul Magnette.

20 ans, le symbole

Sauf, qu’il y a le symbole. Un chiffre, 20 ans de présidence. Elio Di Rupo a effectivement décidé de passer le flambeau après 20 ans et une semaine de pouvoir. Ce n’est sans doute pas un hasard. Un proche de Di Rupo me signalait qu’Emile Vandervelde était surtout devenu le vrai patron du PS en 18 au lendemain de la guerre. Il n’était pas strictement le président (la fonction a été créée en 33 ). Mais il était bien le vrai patron des socialistes de 18 jusqu’à sa mort en 38. Soit 20 ans tout pile. Elio Di Rupo, du point de vue de ce cadre PS, a donc égalé Emile Vandervelde. Cette lecture est contestée. D'autres socialistes estiment que Vandervelde était déja le patron au moins depuis le début du siècle, ce qui allonge son règne à 30 ans. Les historiens trancherons.

Non seulement Elio Di Rupo a dominé durant 20 ans au PS, ce qu’il est le seul à avoir fait depuis Vandervelde, mais en plus, il a tout fait durant ce temps. Bourgmestre, député, député européen, ministre à la communauté française, ministre président Wallon, vice Premier ministre au fédéral et puis bien sûr Premier ministre. 20 ans où il est parvenu, malgré des ressacs électoraux, à maintenir son parti au pouvoir partout tout le temps. Sauf au fédéral en 2014 et en région en 2017, ce qu’il paie aujourd’hui.

En conclusion : en termes de contenu, d’héritage historique la comparaison avec l’immense Emile Vandervelde est déplacée. Par contre en termes de rapport au pouvoir, de domination sur son époque, elle est justifiée. Elio Di Rupo a dominé son parti et la politique francophone de la tête et des épaules durant une période exceptionnellement longue, dépassant Busquin, Spitaels, Cools. Il l'a fait en s’imposant par les urnes par des victoires personnelles aux élections, en particulier dans le Hainaut et dans son bastion, Mons. Oui c’est bien un règne qui prend fin. Le règne d’un grand fauve de la politique, un grand fauve comme on en croise que quelques fois par siècle.







 

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