L'appropriation culturelle, une nouvelle forme de colonialisme?

Appropriation culturelle, nouvelle forme de colonialisme?
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L'appropriation culturelle est un concept dont on a beaucoup parlé cet été, que ce soit concernant la tenue berbère de Madonna lors des derniers MTV Video Music Awards, ou l’absence de comédien autochtone dans la dernière pièce du dramaturge québécois Robert Lepage.

Pourtant le concept n’est pas récent.  Il est né dans les années 90, dans le domaine artistique, pour parler de "colonialisme culturel". Il s’agit de récupération de la culture de l’Autre, dans un contexte de domination. L’appropriation culturelle, au sens le plus littéral, remplit nos jolis musées d’objets souvent pillés, en Afrique et ailleurs. Il prend une acuité particulière sur les réseaux sociaux  où les débats enflammés des pour et des contre a lieu.

Les polémiques de ces derniers jours, vraiment de l’appropriation culturelle ?

La controverse autour de la pièce Kanata, de Robert Lepage, n’est pas la première non plus. Son spectacle sur les chants d’esclaves noirs avait également été accusé d’appropriation culturelle au début des vacances. Il ne comptait que deux interprètes noirs sur six choristes. Imaginons un seul instant une pièce sur la colonisation belge au Congo jouée par des acteurs blancs à qui l’on couperait les mains par exemple ? Le tollé serait immense.

Du côté des défenseurs de Lepage, auteur connu et reconnu, il faudrait aller au-delà d’une interprétation "raciale" de cette œuvre.

Mais le gros souci, c’est que ces chants sont le fruit amer du racisme, d’une histoire traumatique, du fait d’être noir justement. Parler des noirs sans les noirs, se réapproprier leur histoire sans les inclure relève bel et bien de l’appropriation culturelle. Pour son autre pièce, Kanata, Lepage, raconte comment, pendant 200 ans, le gouvernement canadien "s’est ingénié à faire disparaître carrément la culture autochtone", en plaçant notamment les enfants autochtones dans des pensionnats. Ce spectacle sans autochtone, est la métaphore absurde de la perte d’identité d’un peuple. Le spectacle est la continuité de l’histoire, les blancs sont sur scène et les autochtones sont censés applaudir dans l’ombre. 

L'appropriation culturelle, une forme de censure ?

Les deux pièces Kanata et Slav ont été finalement annulées. Que dire de la liberté artistique alors ?  La liberté artistique ne peut plus être un cache-sexe à l’urgence de poursuivre un vrai débat public sur la place des minorités dans la culture justement. Quand le documentaire oscarisé de Raoul Peck est sorti, il y a deux ans, avec ce titre coup de poing, "I’m not your negro", tout le monde a crié au chef d’œuvre alors qu’il racontait les méthodes de l'élite blanche pour conserver le pouvoir, y compris dans l’industrie du cinéma.

Et Robert Lepage, fait ce que le réalisateur Raoul Peck dénonce. Lepage se réfugie derrière sa liberté de création et d’expression mais un artiste est responsable socialement et politiquement de sa création.  Il est impossible de faire l’économie de la couleur de peau quand on manipule des histoires qui sont éminemment politiques même quand on est hyper reconnu et qu’on s’appelle Lepage.

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