Amis poètes et des belles lettres, éloignez-vous de votre écran, cet article pourrait vous écorcher les yeux…

Amis poètes et des belles lettres, éloignez vous de votre écran, cet article pourrait vous écorchez les yeux...
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Amis poètes et des belles lettres, éloignez vous de votre écran, cet article pourrait vous écorchez les yeux... - © Tous droits réservés

" How to support reforms and investment for the sake of competitivness and convergence is also part of the discussions on the euro area budget instrument… ", des petites phrases comme celle-ci la Commission européenne vous en distille des litres chaque jour. En l’occurrence, ce jour-là c’est Valdis Dombrovskis, un ancien Premier ministre letton, devenu vice-président exécutif de la Commission européenne qui l’a prononcée. Superviseur en chef de toutes les questions économiques, il nous expliquait que "la façon de soutenir les réformes et l’investissement dans l’intérêt de la compétitivité et de la convergence fait aussi partie des discussions sur l’instrument budgétaire de la zone euro". C’est vrai, mais ce n’est pas très ragoûtant. C’est surtout une bonne illustration de la langue de l’Union européenne aujourd’hui. Un mélange de jargon, de termes flous, distillé d’une voix monotone et en anglais. Ou plutôt en globish, une sorte de charabia qui est à l’anglais ce que le Canada dry est à l’alcool.

Ces discours sans âme, ces abstractions hors-sol, claires comme de l’eau de chique ne s’adressent qu’à une élite. A ceux qui ont les codes pour les décrypter. Ils laissent sur le bas-côté la plupart des citoyens, déjà dépités par l’Europe. D’autant que dans le même temps, les populistes eux, utilisent un vocabulaire et des arguments nettement plus simples, voire carrément simplistes.

Des dirigeants européens qui n’assument pas le service après-vente de l’Union européenne

Toutefois, le désamour européen ne peut pas juste s’expliquer par une seule question de langage. Ce jargon, les gouvernements et les administrations des Etats membres aussi en raffolent. Mais bizarrement à l’échelon national, ce baragouin nous irrite moins les oreilles. Sans doute parce que l’Union européenne, une structure relativement jeune, toujours en construction est sans doute plus créative que les autres pour inventer de nouveaux mots ou de nouveaux concepts qui donnent le tournis. Sans doute aussi parce que les premiers rôles de l’Europe, les dirigeants européens, ceux qui devraient assumer le service après-vente de l’Union n’ont jamais été très enthousiastes pour nous en parler… Sauf quand il s’agit de se défausser derrière cette Europe qui décide de tout et qui nous empêche de faire ce qu’on veut chez nous…

Cependant, une autre musique commence tout doucement à se faire entendre dans l’Union. Plusieurs dirigeants européens tentent de réenchanter l’Europe et d’en parler à leurs électeurs sans honte ni tabou. Macron en France, Sanchez en Espagne, Costa au Portugal. Et puis il y a Angela Merkel bien sûr. La patronne. En quelques semaines elle est passée de la rigueur budgétaire à la solidarité économique. Un retournement qu’elle assume sans complexe dans la presse européenne cette semaine. Avec un message clair : ce qui est bon pour l’Europe est bon pour nous.

Ce qui est bon pour l’Europe est bon pour nous

Une formule qui détonne dans un concert de langue de bois. Et cette bonne parole la chancelière allemande ne la destine pas seulement à son opinion publique mais à l’Europe tout entière. Angela Merkel a conscience que pour relancer l’Union, il faut aussi parler clairement, humainement à tous les Européens.

Et c’est sans doute ce qui manquait dans l’Union européenne. Il n’y a pas beaucoup d’hommes politiques capables de reconnaître leurs erreurs. De dire devant leur parlement que le réflexe nationaliste qui a prévalu en Allemagne au début de la pandémie n’était pas la solution. Angela Merkel l’a fait. La Présidente de la Commission européenne aussi. Ursula von der Leyen s’est excusée publiquement devant les Italiens pour les ratés dans le moteur européen au début de la crise du coronavirus. C’est peut-être ça la nouvelle langue de l’Europe. Des voix qui mélangent l’humain, le pragmatisme, l’efficacité et qui peu à peu redonnent du souffle au projet européen.

 


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