Alerte Seveso sur la N-VA

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Le racisme c’est pour les idiots, s’est exclamé sur La Première Theo Francken. Et à la manière dont la N-VA communique sur l’affaire Schild & Vrienden depuis jeudi matin, on est en droit de se poser quelques questions tant sur le fonctionnement que le fondement doctrinaire du parti nationaliste.

Une fâcheuse tradition

La N-VA a grandi vite. Trop vite sans doute. Un seul député en 2003, trente-trois, 11 ans plus tard. Mais ce parti n’est pas sorti de nulle part ; il est le dernier avatar politique du mouvement nationaliste flamand du Frontpartij à la Volksunie en passant par le VNV, Verdinaso, VMO, Vlaams Blok, etc.

La N-VA est un parti démocratique mais garde dans son génome quelques marqueurs troubles.

Le parti a été fondé par l’aile droite de la défunte Volksunie. Il a rapidement pu faire la synthèse de la droite nationaliste flamande, attirée tout un temps par la Vlaams Blok/Belang. Jan Jambon est de ceux-là. La N-VA attire les nostalgiques du mouvement flamand (jusqu’à Bob Maes, ex-sénateur Volksunie, opposant au Pacte d’Egmont, fondateur du VMO) tout en se préservant tant que faire se peut des scories racistes du Vlaams Belang. La N-VA s’avère incapable de négocier la moindre avancée institutionnelle mais se transforme en vaste parti populaire incarnant ces derniers temps une droite décomplexée, antisystème et identitaire. Le " eux " contre " nous " de De Wever c’était à l’ égard des Wallons avant 2014, contre l’ étranger migrant ensuite.

Nuit des longs couteaux

Avec son discours libéral, populiste et identitaire, Bart De Wever entend ratisser large. Il a l’oreille du VOKA, le patronat flamand qui aura plus qu’inspiré les choix politiques fédéraux. Mais s’acoquiner avec les gamins extrémistes de " Schild & Vrienden ", c’est mauvais pour l’image, mauvais pour le business. Le nationalisme flamand 2.0 allait-il retomber dans ses travers historiques ? Alors que le reportage de la VRT était bien loin de mettre en cause le parti, tous les ténors n’ont eu de cesse de condamner fortement les agissements du groupuscule, chacun feignant d’en découvrir la réelle portée.

Très rapidement, Bart De Wever a décidé de se charger lui-même de la purge. Un véritable plan catastrophe.

En pleine campagne électorale, la manœuvre s’avère délicate. Si le Vlaams Blok/Belang restait, même au sommet de sa gloire, une formation en marge, la N-VA constitue le principal parti de pouvoir du pays. Il est aujourd’hui touché et devra louvoyer finement entre nationalistes nostalgiques, identitaires frileux et financiers ultralibéraux. La N-VA s’est trouvée des accointances avec le chancelier autrichien Sebastian Kurz, le ministre italien Matteo Salvini ou le premier ministre hongrois Viktor Orban ou siège au Parlement Européen avec les ultra-conservateurs populistes polonais de Droit et Justice.

Le parti de Bart De Wever se retrouve face à ses contradictions et ses lignes de fracture. Il doit rapidement rassurer son électorat ou plutôt ses électorats. Il lui reste un peu plus d’un mois avant le scrutin. Ça presse.

 

@PhWalkowiak

 

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