À Mexico, des citoyens recouvrent les viaducs avec des plantes

Quand les habitants s’approprient les piliers des autoroutes urbaines afin de rendre leur ville plus verte.
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Quand les habitants s’approprient les piliers des autoroutes urbaines afin de rendre leur ville plus verte. - © Tous droits réservés

Quand les habitants s’approprient les piliers des autoroutes urbaines afin de rendre leur ville plus verte.

La ville de Mexico est un véritable enfer! Elle abrite plus de 9 millions d’habitants sur une superficie de 1500 kilomètres carrés, un peu comme si tous les Belges habitaient au Luxembourg. Et si on tient compte de la banlieue, c’est carrément 21 millions d’habitants ! Au début des années 1990, les Nations Unies l’ont officiellement proclamée la ville la plus polluée au monde, car à l’époque on attribuait déjà à la pollution atmosphérique des milliers d’hospitalisations et de morts chaque année.

La situation s’est graduellement améliorée au fil du temps, avec des hauts et des bas mais comme la population augmente chaque année, la ville grandit, la distance moyenne que les habitants doivent parcourir chaque jour augmente elle aussi, d’où un nombre de voitures qui ne cesse d’augmenter également. Un véritable cercle vicieux, et même si les voitures modernes polluent moins qu’avant, la situation ne s’améliore pas aussi vite qu’espéré par les habitants.

"Redorer l'image de la ville"

Le gouvernement local de la ville de Mexico a bien mis en place toute une série de politiques visant à purifier l'air, comme l’interdiction de prendre sa voiture une fois par semaine, l’obligation pour les compagnies pétrolières de vendre de l’essence de bonne qualité, ou encore la fermeture des usines les plus polluantes, mais cela ne va pas assez vite pour les defeños (c'est comme cela qu'on appelle les habitants de Mexico) et du coup un collectif de citoyens a décidé de ne pas attendre les bras croisés. C’est le cas de Fernando Ortiz Monasterio, qui a lancé un projet appelé Via Verde.

"Nous étions fatigués de voir que le gouvernement n'agissait pas, raconte Fernando à nos confrères de Bloomberg Mexique, et nous nous sommes donc organisés afin de transformer les colonnes du plus long viaduc du périphérique de Mexico en 60.000 mètres carrés de jardins verticaux."

Oui mais... comment faire pour recouvrir plus de 1000 piliers de viaducs autoroutiers urbains quand on n'est qu'un citoyen ? Fernando et son collectif ont fait appel à des sponsors privés et à des entreprises spécialisées dans l'aménagement du territoire, qui ont tout de suite été intéressées par l'image positive que pouvait véhiculer le projet Via Verde. "Pour le gouvernement en place, il était aussi intéressant de redorer l'image de la ville, explique Fernando. D'autant que la majorité des nouvelles qui concernent le Mexique dans le monde sont plutôt négatives."

Des plantes... sur du béton ?

Le premier défi technique à surmonter, c'est bien entendu le substrat peu fertile offert par les piliers des viaducs : du béton ! Sans oublier les dégâts potentiels que peuvent provoquer certaines plantes, comme des fissures, des infiltrations et une fragilisation de la structure. Le collectif de Via Verde s’est dit qu’il ne voulait en aucun cas suivre le mauvais exemple des viaducs de Bruxelles.

Afin de créer un terrain adéquat pour leurs jardins verticaux, Fernando et ses acolytes ont construit des sortes de bacs verticaux, comme des bacs potagers, mais installés à la verticale. Ils ont d'emblée compris que les remplir de terre "normale" n'allait servir à rien, car au fil du temps la terre allait certainement tomber et les plantes mourir. Ils ont donc conçu un substrat qui ressemble à du feutre, mais en plus épais, doté de la même structure de la terre, et, surtout, produit à partir de bouteilles en plastique recyclé.

La démarche écolo se devant d'être globale, les membres du collectif Via Verde ont conçu un système d'irrigation alimenté par l'eau de pluie, récoltée sur les routes à la surface des viaducs, en tous cas entre le mois de juin et le mois de septembre... car, en hiver, il ne pleut quasi pas ! Pendant les mois les plus secs, les plantes sont arrosée grâce à un ingénieux système qui purifie les eaux grises de la ville. Résultat : pas une goutte d'eau potable n'est utilisée !

Ne pas dépendre des changements de majorité

Les autres bénéfices pour l'environnement vont de la production d'oxygène à la captation de CO2, en passant par la régulation thermique et l'absorption des métaux lourds dans l'air. Et l’impact irait bien au-delà de la pollution de l’air ! Il a été scientifiquement démontré que le contact avec la nature, ne fut-ce que visuel, réduit le stress des gens, en l’occurrence des automobilistes. Et quand on sait qu’un conducteur zen aura tendance à conduire de manière moins agressive et plus sereine, on peut aisément imaginer que cela puisse réduire la probabilité de provoquer des accidents.

Quant au modèle économique du projet, il est lui aussi très durable : "Dix pourcents de la surface des jardins verticaux est allouée aux panneaux publicitaires pour nos sponsors, qui ont permis de financer l'installation des plantes, mais aussi l'entretien, détaille Fernando. L'idée étant de garantir que le projet ne dépende en aucun cas des changements de majorité dans les gouvernements à venir, et qu'il puisse être viable sur le long terme, pendant les 10, 20 ou 30 prochaines années."

Récemment, les 1000 piliers des viaducs autoroutiers de la Ville de Mexico ont été recouverts de jardins verticaux. Cela ne réduira probablement pas le nombre de voitures circulant dans l'enfer de la capitale mexicaine, mais un bilan environnemental sera réalisé dans les prochaines années afin de quantifier l'impact du projet sur la qualité de l'air environnant.

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