L'école du terril - La Belge histoire de 7 à la Une

Vous connaissez sans doute les terrils, ces monticules de terre qui parsèment le sol wallon, témoins de l'exploitation des charbonnages. Aujourd'hui, certains sont devenus des oasis pour de nombreuses espèces végétales et animales, mais aussi pour des enfants. À Saint-Vaast, dans l'entité de La Louvière, 24 enfants de la première à la troisième maternelle passent trois matinées par semaine sur un terril, qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il neige.

Un début de journée sportif

Nous les retrouvons un mercredi matin à l'aube, bien emmitouflés au pied du terril. Manteaux chauds et imperméable, sur-pantalons, écharpes et bonnets. Il faut dire qu'ils s'apprêtent à passer plusieurs heures à l'extérieur.

En pleine nature, ces petits bouts commencent la journée par une bonne marche et même par un peu d'escalade sur les versants pentus de la colline artificielle. Un exercice matinal qui leur fait le plus grand bien.

"C'est le moment où les enfants se musclent, où ils font leur psychomotricité, mais de façon naturelle, précise Marie-Laurence Jadot, une des deux institutrices à l’origine du projet. On les met en mouvement, on répond à leur besoin de mouvement, et puis après on peut avoir un temps où on s'assied, où on se calme et où on est prêt à écouter. Le corps s'est vraiment défoulé et on est prêt à se poser".

Campement naturel

Prêts à se poser au sein de leur campement, spécialement aménagé. Là-haut, tout est bien pensé : des mousquetons qui exercent déjà la motricité fine des enfants aux tapis isolants pour plus de confort dans ce qu'ils appellent leur canapé naturel.

Chaque jour, c’est aussi le même rituel : les enfants réalisent leur bulletin météo. L’occasion d'apprendre les chiffres et les quantités en regardant par exemple le pluviomètre ou le thermomètre.

Par tous les temps

Ce jour-là, il ne fait que 2 degrés. Un petit feu crépite alors pour réchauffer tout le monde. Mais pour Marie-Laurence, ce ne sont pas là des conditions trop rudes.

"Ils sont vraiment bien équipés, explique l’institutrice, ils ont tous des vêtements techniques. C'est la condition pour que ça fonctionne bien, pour que l'enfant ne soit pas en souffrance et qu'il soit confortable, qu'il apprécie d'être dehors. S’il pleut, on installe des bâches qu'on prend avec nous et qu'on attache avec des élastiques à vélo. Le temps du moment collectif et des collations on est sous la bâche, sinon eux ils jouent, vraiment pour eux ça ne pose pas de problème".

Le terril, témoignage du passé minier

Le terril, symbole d'une époque industrielle révolue, est ici devenu un véritable terrain de jeu. Mais au milieu des feuilles ou sur les branches des arbres, les enfants développent leur habileté sans devoir recourir à des cerceaux ou des cônes dans une salle de gym. Puis grâce à cette école du dehors, ils sont beaucoup moins malades que leurs camarades restés à l'école du dedans.

Parmi eux, certains ont des grands-parents ou des arrière-grands-parents mineurs qui ont contribué à la création de ce terril. Une partie de l'histoire économique de la région que les institutrices veulent transmettre.

"On explique aux enfants sur quoi on est en train d'évoluer, sur quoi on est en train de prendre du plaisir, nous confie Marie-Laurence. On a fait le sommet il y a deux jours et il y a un charriot au sommet. Donc on explique d'où ça vient, comment ça s'est passé. C'est bien de savoir aussi d'où on vient et de connaître l'histoire de sa région".

Dans la nature, on peut tout apprendre

Aujourd'hui, la nature a repris ses droits sur ce témoignage du passé minier. Et ici, tous les enseignements sont possibles. Des plus manuels, comme la découpe de branches avec de petites scies, aux plus intellectuels comme les bases du calcul.

"On sait faire toutes les matières dans la nature, insiste Marie-Laurence. Le langage, le vocabulaire... On a beaucoup plus de moments où on peut les prendre en aparté et les écouter. Le groupe peut continuer à vivre et on peut vraiment se concentrer sur un enfant qu'en classe, on ne sait pas parce que ça devient vite le bruit et le débordement. Ici ils trouvent toujours à s'occuper, donc on peut se consacrer plus individuellement à l'enfant".

Classe verte toute l’année et éveil citoyen

Dans la nature, il y a moins de bruit qu'entre quatre murs, moins de conflits aussi. Un avantage parmi tant d'autres.

"On découvre les enfants totalement autrement, nous assure Anne Dubray, l’autre institutrice du projet. C'est un peu comme quand on allait avant en classe verte, mais nous on est en classe verte toute l'année donc c'est vraiment un bien-être collectif".

"L'enfant ici, il est dans son milieu naturel, il ne faut jamais oublier que l'être humain, c'est la nature, ajoute Marie-Laurence. Et là il est recentré, enraciné et il tisse vraiment un lien émotionnel et affectif avec la nature. Et même si plus tard il ne fait pas ingénieur agronome, ce n'est pas ce qu'on cherche, il y aura ce lien émotionnel qu'il aura tissé étant petit. Je pense que ce seront des éco-citoyens responsables, parce qu'on n'abîme pas ce qui a été source de joie et de bonheur dans notre enfance".

Parents conquis

Après une telle matinée, c’est toujours le cœur léger que les enfants quittent leur terril. Une dernière promenade sur ce site naturel exceptionnel aux paysages à couper le souffle avant de retrouver leurs parents, conquis par l'école du terril.

Nathalie Fontaine, maman de Valentin nous explique : "Ça fait 3 ans qu'il est là, et si c'était à refaire, on signerait à deux mains, parce que c'est génial, c'est vraiment un beau projet. Lui est enchanté. À la maison il me cite tous les noms des insectes, un cloporte on ne peut pas toucher (rires)".

Succès et inspiration

Pas étonnant si la liste d'attente s'allonge pour cette école du dehors. De quoi peut-être donner l'envie à d'autres de se réapproprier un patrimoine, ou tout simplement de profiter des bienfaits de la nature.

Les aventures de Marie-Laurence, Anne et leurs 24 élèves sont à suivre sur leur blog. Et s’ils sont ceux qui passent le plus de temps à l’extérieur, d’autres écoles proposent ce type d’initiative. Le Collectif Tous Dehors vise d’ailleurs à promouvoir les sorties natures en Belgique francophone.

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