2010: un échiquier mondial en mutation rapide

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Le monde change très rapidement. De nouveaux enjeux émergent, comme celui du réchauffement climatique. La montée en puissance de la Chine s'opère à une vitesse qui surprend même les observateurs avisés... Le monde en 2010 ne sera certainement pas un long fleuve tranquille et il faudra sang froid, patience et dextérité pour contenir les dangers.

L'économie mondiale durement affectée par une crise sans précédent - la première de l'ère de la globalisation- conjuguée à un changement climatique incontestable et aux inconnues qui pèsent sur l'approvisionnement énergétique, voilà trois des facteurs qui détermineront la donne stratégique des prochaines années. Si on y ajoute une politique américaine en redéfinition, la Chine et l'Inde désormais en mesure d'infléchir le jeu planétaire, on dispose de tous les ingrédients qui rendent le monde de plus en plus complexe à la fois dans les réseaux qui le structurent comme dans les fractures qui le traversent.

Barack Obama l'asiatique

Barack Obama restera un acteur clé en  2010 et il semble voué à décevoir les Européens, qui avaient un peu vite oublié qu'il serait avant tout le président des Etats Unis. Comme Américain né à Hawaï, il tient compte de l'Asie autant sinon plus que de l'Europe. Et il lui donne des gages : l'une des décisions du dernier G 20 a été le transfert de 5 % des quotes-parts et donc des droits de vote au FMI et à la Banque Mondiale de la vieille Europe aux pays émergents, en tout premier lieu à la Chine. La première visite de la secrétaire d'Etat Hillary Clinton a été pour la Chine. Un "G2" se construit, nouvel axe de l'économie et de la géopolitique mondiale, dans cette étrange "paix armée" entre deux géants aux objectifs et aux idéaux parfaitement antagonistes mais forcés de s'entendre.

L'Europe sera forcément marginalisée dans ce dialogue qui consacre la zone Asie-Pacifique comme la plus stratégique du monde. Il faut s'en souvenir : Barack Obama a refusé à Gordon Brown une entrevue privée lors du dernier G 20. La "relation spéciale" avec la Grande-Bretagne n'est plus primordiale aux yeux de l'Américain.

Russie: un empire à reconstruire

Même ravalée au rang de puissance intermédiaire, la Russie sera certainement à surveiller. La direction bicéphale du pays souffle le chaud et le froid, avec un Premier ministre, Vladimir Poutine, qui muscle le discours et n'a jamais renoncé à se représenter aux présidentielles en 2012 ; et un président, Dmitri Medvedev, qui, pointant les atteintes aux droits fondamentaux et les dysfonctionnements du pouvoir, prend de l'assurance et se verrait bien également candidat à sa propre succession.

La relation avec l'Amérique se présente toutefois sous de meilleurs auspices depuis que Barack Obama a renoncé à l'installation controversée d'éléments du bouclier anti-missiles aux portes de la Russie. Du coup, au-delà de la signature d'un nouveau traité "Start" de réduction des arsenaux nucléaires stratégiques, on pourrait voir la Russie et les Etats-Unis passer des alliances de circonstance pour peser sur l'évolution de certains dossiers : le nucléaire iranien, le proche-orient... Mais la Russie restera surtout concentrée sur ses problèmes domestiques et sa périphérie proche. Elle utilisera au besoin la manière forte pour éviter de nouvelles sources d'instabilité, comme elle l'a montré à l'été 2008 avec la Géorgie. Surtout, elle compte sur ses très importantes réserves de gaz et de pétrole pour demeurer un acteur du "grand jeu" et reconstruire des infrastructures toujours complètement obsolètes.

L'Iran provoque et agace, Israël reste sur ses gardes

Tous les regards seront aussi braqués sur l'Iran pour deux raisons au moins : jusqu'où ira Mahmoud Ahmadinejad, le président mal réélu en juin 2009, dans ses provocations sur le programme nucléaire iranien ; et quel impact l'opposition qui s'est remise à manifester en toute fin d'année 2009 aura-t-elle sur l'évolution du régime ? Déjà, des failles apparaissent. Les "durs" au pouvoir à Téhéran pourront-ils tenir sur deux fronts ? Et Israël, cible habituelle des dirigeants iraniens, se montrera-t-il suffisamment patient pour attendre que les négociateurs occidentaux arrachent un compromis avec Téhéran ?

La paix au Proche-Orient, elle, semble plus inaccessible que jamais. Ce ne sont sans doute pas, à court terme, de nouvelles opérations armées qui sont à craindre. Mais le gouvernement de Benyamin Netanyahu n'entend manifestement pas se plier aux pressions extérieures, même américaines, pour permettre un retour serein à la table des négociations. Quelques projets de nouvelles colonies seront bien "temporairement gelés" en Cisjordanie, mais Jérusalem-est demeurera un point de friction potentiellement explosif. Israël n'entend pas y réduire le rythme de ses nouvelles constructions, au grand dam des Palestiniens. L'enjeu est idéologique autant que politique.

Le Pakistan contaminé

Un peu plus loin à l'Est, la principale zone de turbulence du globe restera, comme en 2009, l'ensemble composé par l'Afghanistan et le Pakistan. Les Etats-Unis semblent sur le point de s'y enliser comme ils le furent à l'époque de la guerre du Vietnam. La bataille pour gagner les curs est d'ores et déjà perdue. Trop de bavures, trop d'incompréhension... Reste aux Etats-Unis et à leurs alliés à ne pas rater leur sortie. Ce ne sera pas en 2010, mais ils ne pourront pas éviter d'y réfléchir dès cette année. Et l'un des termes de l'équation, ce sera la capacité du Pakistan voisin à éloigner le spectre d'une insurrection talibane gagnant tout le pays et s'emparant du pouvoir à Islamabad. Le scénario-catastrophe par excellence pour l'Occident car le Pakistan est une puissance nucléaire. Frayeurs en perspective...

La Chine, la nouvelle superpuissance

Après l'opération de propagande et de communication qu'ont constitué les jeux olympiques de Pékin, 2009 a consacré la place prépondérante de la Chine sur l'échiquier mondial. A tort ou a raison, c'est la position de la Chine, par exemple, qui a déterminé l'échec de la conférence sur le climat à Copenhague.

Disposant de leviers économiques extrêmement puissants et désormais implantée en Afrique comme à l'époque l'URSS dans les pays de l'est, la Chine fait désormais jeu égal avec les Etats-Unis. Il y a bel et bien un "G2". Plus rien ne se décidera au plan international sans l'aval de la Chine. Plus rien ne se fera qui porterait atteinte à ses intérêts et à ses objectifs. Pour certains, ces objectifs sont légitimes et pacifiques et il faut faire confiance à cette nouvelle hyper-puissance. Pour d'autres, la Chine poursuit des objectifs hégémoniques et n'a aucun égard pour les valeurs sur lesquelles la communauté internationale s'est développée. Mais c'est peut-être du sein même de l'Empire du Milieu que proviendront les surprises. Peinant à réduire les foyers de nationalisme au Turkestan oriental et au Tibet, le pouvoir communiste devra tout autant prendre garde au désespoir des campagnes. La crise a affecté, quoi qu'on en dise, l'économie chinoise. Des dizaines de millions de travailleurs migrants, les "ming gong" ont déjà été contraints de rentrer chez eux en raison de la fermeture des usines du Guangdong. Ces masses appauvries sont un facteur de trouble que le régime surveille de près, sans pouvoir toujours éviter les explosions sporadiques.

Le Brésil après Lula

De l'autre côté du monde, le Brésil s'affirme comme une puissance de premier plan à l'échelle du continent américain. Très présent sur le dossier climatique et très directement concerné par la protection des forêts, le Brésil de "Lula" le modéré est aussi un très utile contrepoids aux gouvernements de gauche radicaux de Hugo Chavez au Venezuela ou d'Evo Morales en Bolivie. Mais Luis Inacio Lula Da Silva ne se représentera pas pour un troisième mandat en 2010. Il s'effacera au profit de Dilma Roussef, l'une de ses ministres. Celle-ci n'a pas les faveurs des pronostics et l'on dit même qu'elle serait atteinte d'un cancer. Vers quoi se dirigera le Brésil après Lula ? Ce sera l'un des grands enjeux de l'année 2010 en Amérique du Sud.

Thomas Nagant

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