Prise d'otages au Bangladesh: 20 personnes torturées et tuées à l'arme blanche

Des preneurs d'otages lourdement armés ont torturé et tué 20 personnes, la plupart à l'arme blanche, dans un restaurant de Dacca au Bangladesh avant que les forces de sécurité ne mettent fin samedi à cette attaque revendiquée par l'Etat islamique en abattant six assaillants.

"Nous avons retrouvé 20 corps. La plupart ont été tués brutalement à coup d'armes tranchantes s'ils n'étaient pas capables de réciter les versets du coran", a dit le porte-parole de l'armée Nayeem Ashfaq Chowdhury aux journalistes, quelques heures après l'assaut donné par les forces de sécurité.

Un haut responsable de l'armée, Shahab Uddin, a ensuite précisé que les 20 victimes étaient tous des étrangers, dont neuf Italiens, sept Japonais et un Américain.

Le ministre belge des Affaires étrangères Didier Reynders a indiqué qu'il n'y avait pour l'heure pas d'indications sur des victimes belges.

L'attaque a été revendiquée par le groupe Etat islamique (EI), mais le gouvernement bangladais nie la présence du groupe terroriste.

La Première ministre Sheikh Hasina s'est déclarée samedi déterminée à "éradiquer le terrorisme" dans ce pays à majorité musulmane après cette attaque perpétrée à l'approche de l'Aïd-El-Fitr qui marque la fin du ramadan.

Les survivants ont raconté que les preneurs d'otages avaient séparé les Bangladais des étrangers avant de perpétrer ces meurtres, un carnage qui s'est terminé 11 heures plus tard par l'intervention des forces de sécurité. "Ils (les étrangers) ont été emmenés à l'étage tandis que les Bangladais restaient autour d'une table", a dit ce père, Rezaul Karim à l'AFP.

Des diplomates et des expatriés

Au moins 13 otages dont trois étrangers ont été secourus par les commandos anti-terroristes lors de leur intervention dans le restaurant au cours de laquelle ils ont tué six des assaillants. Un septième preneur d'otages a été arrêté, selon l'armée.

Le restaurant est situé dans le quartier de Gulshan fréquenté par des diplomates et des expatriés. "Trois des personnes secourues étaient des étrangers, l'un japonais et les deux autres sri-lankais", a dit le porte-parole de l'armée.

Les assaillants avaient fait irruption dans l'établissement vendredi vers 21h20 (15h20 GMT) en criant "Allah Akbar" (Dieu est le plus grand), ouvrant le feu et faisant usage d'explosifs.

Deux policiers avaient été tués dans une fusillade en tentant d'intervenir au début de l'attaque vendredi soir.

Un cuisinier argentin du restaurant, Diego Rossini, a réussi à s'enfuir. "Ils avaient des armes automatiques et des bombes", a-t-il dit sur la chaîne de télévision argentine C5N. "J'ai senti les balles passer si près de moi, jamais je n'avais eu aussi peur de ma vie".

11 000 personnes arrêtées 

Le Bangladesh est en proie depuis des mois à une série de meurtres visant des représentants de minorités religieuses, des intellectuels et étrangers, des crimes imputés par le gouvernement à des groupes locaux mais qui avaient été revendiqués par l'EI ou une branche d'Al Qaeda.

Cette attaque, de loin la plus meurtrière, va relancer les craintes d'expansion de ces deux groupes djihadistes au Bangladesh.

Les autorités ont lancé le mois dernier à travers le pays une série d'opérations contre les groupes djihadistes locaux au cours de laquelle plus de 11 000 personnes ont été arrêtées. Mais des groupes de défense des droits de l'Homme estiment que ces arrestations étaient souvent arbitraires ou qu'elles visaient en réalité à réduire au silence des opposants politiques.

Jeudi, le département d'Etat américain a annoncé avoir placé la branche du réseau extrémiste Al-Qaïda dans le sous-continent indien (Aqsi) sur leur liste noire des organisations "terroristes". Selon plusieurs sources, les USA soupçonneraient cette branche d'avoir perpétré la prise d'otages de Dacca.