Pas d'accord sur le climat: la Flandre n'est toujours pas satisfaite

Comment va-t-on répartir l'effort que notre pays devra fournir au niveau climatique d'ici 2020? Selon le pré-accord intervenu dimanche entre les différents ministres compétents (régionaux et fédéral), l'enveloppe globale belge de 50 millions d'euros se répartirait ainsi : 25 millions pour le fédéral, 14,5 millions pour la Flandre, 8,25 pour la Wallonie et 2,25 millions pour la Région bruxelloise.

Mais lundi soir, le gouvernement flamand fait une contre-proposition et demande des efforts supplémentaires aux autres entités, à savoir la Wallonie et Bruxelles : il veut donc renégocier. Selon le ministre-président flamand Geert Bourgeois (N-VA), cité par la VRT, le pré-accord n'a pas été défendu par sa ministre de l'Environnement Joke Schauvliege (CD&V), qui l'a pourtant négocié.

La Flandre met dès lors ses propres propositions sur la table, qui exigent plus d'efforts à tous pour remplir l'objectif commun à la Belgique.

Le gouvernement fédéral de son côté chérissait pourtant l'espoir qu'un accord intrabelge soit finalisé dans le courant de la soirée de lundi, indiquait-on dans l'entourage du Premier ministre Charles Michel présent à la Conférence de Paris sur le Climat.

Lors de son discours à l'ouverture de la COP21 à Paris, le Premier ministre a voulu jouer la carte de l'optimisme en annonçant sans réserve la contribution de la Belgique à hauteur de 50 millions d'euros par an jusqu'en 2020. Charles Michel a plaidé à cette occasion pour un accord "ambiteux, contraignant, équitable, pour obtenir l'objectif des 2 degrés".

Plus tôt dans la soirée, le ministre-président flamand Geert Bourgeois avait lui aussi indiqué espérer un accord lundi. Selon lui, il existait différents morceaux d'accord. Il faudra visiblement encore en discuter.

Et ce lundi soir, Charles Michel rentre d'ailleurs dare-dare de Paris en Belgique pour tenter d'accorder les violons des entités fédérées sur ce point.

Un accord à prendre ou à laisser

La principale opposition se situe toujours entre la Flandre et la Wallonie, autour de la part d'énergies renouvelables et des revenus des droits d'émission. Les gouvernements fédéral et bruxellois seraient par contre sur la même ligne.

C'est par un tweet que Paul Furlan (PS), le ministre wallon de l'Énergie, avait annoncé dimanche, un pré-accord.

"La Wallonie est en ordre de marche pour aboutir à cet accord, elle a augmenté ses objectifs en matière d'énergie renouvelable", à savoir 12,5% de production supplémentaire, "ce qui coûte cher", a confirmé Paul Furlan sur le plateau de notre JT de 13 heures.

"Pour une fois, une solidarité sud-nord"

Et cela "pour permettre une solidarité sud-nord – pour une fois, je le dis – qui permet aux Flamands d'en faire un peu moins. Et nous avons accepté dans le même temps de baisser nos recettes de ventes de quotas de CO2."

Avec des investissements supplémentaires dans la production d'énergie renouvelable et des revenus en baisse du côté de la vente de quotas CO2, la Wallonie serait-elle perdante sur toute la ligne ? Paul Furlan balaie : "Le gagnant, c'est la planète, et c'est la position de la Belgique".

"C'est assez curieux, admet le ministre wallon de l'Énergie, parce que la Flandre ne s'en sort pas mal dans ces négociations. Mais je note à ce stade que nous avons fait des pas en avant importants : le gouvernement fédéral a marqué son accord, le gouvernement bruxellois a marqué son accord, le gouvernement wallon a marqué son accord."

Reste la Flandre que Paul Furlan dit "aujourd'hui au pied du mur" et il en "appelle à sa responsabilité". "C'est incroyable, reconnaît Paul Furlan, mais ce n'est certainement pas à porter au discrédit de la Wallonie qui a toujours été le fer de lance dans cet accord."

"Ce qui est surtout incroyable, ajoute-t-il, c'est que ce sont les partenaires du Premier ministre – la N-VA, et non pas ses opposants, le PS et le cdH – qui bloquent aujourd'hui. Quand on parle de fédéralisme de coopération, j'aimerais que ce soit accepté par tout le monde."

"Nous avons pris nos responsabilités, et nous demandons à chaque gouvernement de le faire, et spécifiquement la Flandre : il leur reste quelques heures, qu'ils les mettent à profit. Je crois que la crédibilité de notre pays est à ce prix."

Ajustements dans le volet "renouvelable" et "répartition des revenus sur les quotas CO²"

De quoi parle-t-on dans cet accord ? On parle de l'effort que notre pays devra fournir au niveau climatique d'ici 2020. Comme par exemple, la réduction de 15% des émissions belges des gaz à effets de serre par rapport à 2005, la production de 13% d'énergies renouvelables, la répartition des revenus de mise aux enchères des quotas CO2 et du financement climatique international de la Belgique.

C'est dans le volet "renouvelable" et "dans la répartition des revenus sur les quotas CO2" qu'il y aurait le plus d'ajustement, car ce sont dans ces deux volets que les nationalistes flamands estimaient que la Flandre était lésée dans le premier pré-accord.

Il semblerait que toutes les parties autour de la table aient fait les efforts, avec une part importante du fédéral qui aurait revu ses ambitions en renouvelable à la baisse. En contrepartie, ses revenus engendrés par la mise aux enchères des quotas CO2 seraient donc eux aussi revus à la baisse.

Une nouvelle répartition des revenus de la revente des quotas CO2 a donc été renégociée et elle était plus favorable à la Flandre et donc, pensait-on, de nature à convaincre la N-VA. Ce n'est visiblement pas encore suffisant.

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