"Intifada des couteaux": décryptage avec le journaliste Charles Enderlin

Deux semaines de violences nouvelles sur le sol israélien. Depuis le 1er octobre, de jeunes Palestiniens ont attaqué au couteau des Israéliens. La tension s’est encore accrue entre les deux communautés. Le bilan de ces attaques répétées est aujourd’hui de sept morts côté israélien et de près de trente morts – agresseurs compris mais également huit enfants – côté palestinien.

Dans les commentaires, parmi toutes les réflexions, revient le mot : "désespoir". Pour les observateurs ce sentiment de découragement expliquerait le soulèvement d’une partie de la jeunesse arabe en Israël. Désespoir devant un horizon de vie bloqué, devant un avenir politique sans espoir, devant les mesures contraignantes qui les étouffent au quotidien.

Leur malaise, ils l’expriment à coups de couteaux dont ils frappent notamment des civils pris au hasard en rue. Rapidement, la peur a étreint les Israéliens, au point où dans un premier temps ils ont préféré rester à domicile pour ne pas courir de risques. Dans un second temps, les magasins d’armes à feu ont été pris d’assaut.

"Résistance populaire pacifique"

Cette nouvelle vague de violences n’a épargné personne, faisant de tout un chacun les témoins d’une situation bouchée : les uns deviennent tous des agresseurs, les autres tous des victimes !

Les autorités israéliennes ont été prises de court, autant que l’Autorité palestinienne. Mahmoud Abbas, dont la cote de popularité se tasse, a dit mercredi soir qu’il soutenait une "résistance populaire pacifique". Des paroles qui n’ont pas calmé les manifestants. Ils continuent aujourd’hui encore à affronter les forces de l’ordre, présentes en nombre, et dont la mission nouvelle est de boucler les quartiers arabes à Jérusalem-est et autour de la ville religieuse.

Effet boomerang

Ces mesures de sécurité ont été décrétées par le Premier ministre Netanyahu et annoncées mercredi matin. Des mesures dont les spécialistes doutent qu’elles puissent ramener le calme dans les rues. C’est l’avis de l’ancien correspondant de France2 à Jérusalem Charles Enderlin : "Nous sommes dans un cycle de violences pour une partie de la jeune génération palestinienne qui se soulève. On va voir jusqu’où cela ira… Est-ce que le calme va revenir ou pas ?"

"Cela va rester à un fort niveau de violences. Cela dépend aussi des mesures que les Israéliens vont adopter. Par exemple le bouclage des quartiers arabes et des quartiers palestiniens de Jérusalem risque d’avoir un effet boomerang en poussant la génération plus âgée à considérer qu’elle ne peut plus aller au travail, que ça va beaucoup plus mal et ils pourraient effectivement rejoindre les jeunes."

"Aucune perspective politique ou diplomatique"

Le journaliste Charles Enderlin se souvient du soulèvement similaire dans les années 90. Il se rappelle ces jeunes qui venaient de la Bande de Gaza et qui avaient semé la confusion dans l’opinion, avant de conduire à l’élection de Itzak Rabin (à la tête du parti travailliste) avec pour mandat de faire cesser cet intifada (ce "soulèvement") en passant par un accord d’autonomie avec les Palestiniens.

Mais aujourd’hui le journaliste français est plus pessimiste : "Cette fois il n’y a aucune perspective politique ou diplomatique pour arriver à un accord israélo-palestinien. Et c’est certainement un des éléments de la colère à laquelle on assiste du côté palestinien."

Et Charles Enderlin de dénoncer la communauté internationale qui n’a pas, dit-il, réussi à faire avec le Proche-Orient ce qu’elle est parvenue à faire avec la crise née de l’éclatement de l’ex-Yougoslavie, à savoir mettre les principaux adversaires politiques autour de la table pour qu’ils puissent s’accorder.

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