Rendre le parcours d'intégration obligatoire? "C'est vraiment un faux débat"

Le parcours d'intégration vu par Kroll
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Le parcours d'intégration vu par Kroll - © Pierre Kroll

Le vice-Premier ministre Open Vld Alexander De Croo estime qu’il faut évacuer le parc Maximilien de Bruxelles : "Si j’étais bourgmestre je ne tolèrerais pas, s’il y a une alternative, qu’un parc public soit ainsi occupé avec ce qui est à la fois un camping, un marché et presque un festival de musique". Il visait la ville de Bruxelles. Cette déclaration a choqué le ministre-président bruxellois Rudi Vervoort (PS) : "Tout le monde sait bien ce que signifie 'faire évacuer'. C'est faire intervenir les forces de l'ordre. Cela fait partie de ces phrases qui font qu'on brouille totalement le message au niveau du gouvernement fédéral. D'une part on veut mener une politique d'accueil, et d'autre part il y a des déclarations qui instillent ce sentiment qu'on ne veut pas vraiment recevoir ces gens-là. La raison première pour laquelle ils restent dans le parc est que, comme on n'organise pas l'accueil dans le bâtiment prévu à cet effet, ils ont l'idée qu'ils perdront en réalité toute chance d'être accueillis".

Malou Gay, codirectrice du CIRÉ (Coordination et initiatives pour réfugiés et étrangers) "condamne" les propos d'Alexander De Croo: "On fait croire que la responsabilité est sur les gens qui sont dans le parc. Ceux qui y sont ne sont pas demandeurs d'y rester. Ce qu'ils demandent, c'est de rejoindre au plus vite le réseau d'accueil. Ils y sont parce qu'on ne leur pas offert un accueil digne".

Comment faut-il accueillir les demandeurs d'asile sur le territoire belge : selon quels critères seront–ils répartis entre les différentes communes? "Vous pensez bien que Monsieur Francken ne voudra pas de réfugiés dans sa commune" lance Rudi Vervoort .

Cela "doit être mené en concertation avec les villes, les communes et les entités fédérées. Nous mettons le principe d'une 'forme de répartition' sur la table, mais nous le soumettons de façon ouverte à la concertation" indique le ministre fédéral de l’Intégration sociale Willy Borsus (MR).

"A elle seule, Bruxelles accueille plus de primo-arrivants que la Flandre et la Wallonie" rappelle Rudi Vervoort. "Nous sommes disposés à accueillir des réfugiés dans le cadre du drame que nous vivons aujourd'hui. Mais cela doit se faire dans la clarté et dans la transparence. Et que chacun prenne sa part. Même si cela ne plait pas toujours, j'estime que c'est un devoir moral. Face à ce que nous vivons aujourd'hui, nous devons nous montrer tolérants et ouverts. C'est cela que l'on attend d'une démocratie comme la nôtre."

Malou Gay rappelle qu'un plan de répartition est prévu dans la loi : "Ce qui manque un peu dans le plan de Theo Francken à l'heure actuelle, ce sont les propriétaires qui sont prêts à mettre leurs logements à disposition, et les communes qui sont prêtes à ouvrir des places dans des logements individuels".

Depuis plus de 10 ans la Flandre a mis en place un parcours d’intégration obligatoire pour les demandeurs d'asile. A Bruxelles et en Wallonie ce n'est pas le cas. Trois systèmes cohabitent en Belgique.

Au nom du MR, Willy Borsus dénonce une "fracture politique : le PS, le cdH et Ecolo ne veulent pas d'un véritable parcours d'intégration. Nous avons déposé depuis 10 ans des textes dans les parlements à cet égard. Un parcours d'intégration est un outil qui permet d'acquérir la connaissance d'une des langues du pays qui vous accueille, d'un certain nombre d'informations concernant les institutions et le fonctionnement du pays. Et aussi une formation professionnelle qui permet de trouver un emploi. Sans cet outil, et sans son caractère obligatoire, on a un risque immense de voir une part importante de la population, qui a rejoint notre territoire, rester durablement à l'écart de notre société. Le message du MR est : être accueilli est légitime lorsqu'on est confronté à des atrocités qu'on connaît dans les pays en guerre, mais cela implique un certain nombre de devoirs et d'efforts à réaliser. On nous oppose régulièrement l'argument budgétaire, mais ne rien faire coûte beaucoup plus cher".

Le parcours sera obligatoire à Bruxelles

Rudi Vervoort précise que l'accord de majorité du gouvernement bruxellois prévoit "l'introduction d'un caractère obligatoire dans le parcours d'accueil, à condition qu'il y ait un accord avec la Région flamande pour créer un parcours qui soit le plus commun possible". S'il souligne tout le travail mené par le tissu associatif à Bruxelles, Rudi Vervoort reconnaît la difficulté budgétaire : "Il n'y a jamais assez d'argent. Aujourd'hui, on vit une situation budgétaire et financière où on doit à chaque fois chercher comment attribuer le mieux possible les moyens dont on dispose. Croire que rien ne se fait, c'est un mensonge. La Belgique est une terre de migration depuis de nombreuses années, c'est son histoire, c'est son ADN. Donc la Belgique assimile naturellement. Cela se fait, cela fonctionne".

Pour Patrick Montjoie, directeur du Centre régional d’Intégration - Brabant wallon, la question n'est pas le caractère obligatoire du parcours. Le problème, selon lui, c'est que les associations "travaillent avec des bouts de ficelle. Il faut trouver des moyens. 90% des personnes que nous recevons en entretien sont inscrites (ou demandent à l'être) à des cours de français".

Petit jeu politique

Pour Malou Gay, le caractère obligatoire "est vraiment un faux débat. Les gens sont demandeurs de cet outil. Il n'y a pas besoin de les obliger puisqu'ils y vont d'eux-mêmes. 50% des gens qui suivent l'inburgering (le parcours d'intégration en Flandre) ne sont pas obligés de le suivre. Et cela marche." Elle regrette le petit jeu politique de ces dernières semaines : "Aujourd'hui il faut vraiment se mettre autour de la table pour mettre en place les outils".

Willy Borsus regrette que "tous les textes déposés par le MR depuis 10 ans ont été rejetés par les majorités en place. Les moyens n'ont jamais été mobilisés. On souligne les démarches des personnes qui viennent spontanément, et il y a bien sûr un succès et un suivi. Mais il y a aussi une part de la population concernée qui bien sûr ne vient jamais. Et ce sont probablement celles qui ont un attitude de défiance par rapport à notre société".

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