Philippe Van Parijs: "Le meilleur facteur de production, c'est l'espoir"

Professeur à l’Université Catholique de Louvain, Philippe Van Parijs est l’invité du Grand Oral, l’interview grand format RTBF Le Soir, qui a effectué sa rentrée ce samedi 29 août sur La Première. Philosophe et économiste, Philippe Van Parijs est l’un des initiateurs de l’année des utopies à l’UCL. 

Face aux défis que sont la crise des migrants, le chômage ou le terrorisme, Béatrice Delvaux (éditorialiste en chef au journal Le Soir), Jean-Pierre Jacqmin (directeur de l’information à la RTBF) et Jacques Crémers (chef de la rédaction de La Première) lui ont demandé pourquoi le monde d’aujourd’hui avait tant besoin d’utopies ?

"Nous avons besoin d’espérance, commence Philippe Van Parijs. Le meilleur facteur de production, l’élément qui influe le plus sur le bon fonctionnement social et économique d’une société, c’est l’espoir en un monde meilleur et cet espoir doit s’appuyer sur des projets qui doivent dans un certain sens être utopiques."

Les utopies doivent être plus intelligentes que jamais

À l’UCL, la communauté universitaire est appelée pendant un an (2015-2016) à formuler, à discuter et à mettre en œuvre des utopies pour le temps présent. Un projet ancré aussi dans l’histoire, puisque c’est en 1516 qu’Erasme fait publier à Louvain le petit livre de Thomas More "L’Utopie".

"Une dimension importante des utopies pour le temps présent, poursuit le philosophe, c’est que les utopies doivent être plus intelligentes que jamais. Il faut réfléchir ensemble avec des gens qui pratiquent des disciplines différentes, mobiliser une connaissance diverse. En même temps, être dans le concret, penser localement, de manière à ce que ça puisse être efficace."

Et les politiques alors ?

"Être un politique aujourd’hui, ce n’est pas facile, explique le philosophe. Les politiques doivent communiquer tout le temps, Twitter, être disponibles pour des interviews, il y a les sondages, c’est difficile pour eux de lever le nez de temps en temps pour regarder plus loin."

La réduction du temps de travail

Philippe Van Parijs s’est également exprimé sur divers sujets d’actualité et notamment la récente proposition de Marc Goblet, secrétaire général de la FGTB, en faveur d’une réduction du temps de travail : "Moi, j’ai de la sympathie pour cette idée, dit-il. Mais il y a de multiples formules de réduction du temps de travail. Si on pense à une réduction de la durée hebdomadaire du travail (façon 35 heures, ndlr), ça, c’est une idée du siècle passé !"

"Une seule raison pour expliquer cela : ce sera uniquement pour les salariés. Et donc, il y aura de multiples faux indépendants, de plus en plus d’indépendants, des tas de gens qui travaillent à temps partiel, qui combinent plusieurs employeurs ou indépendants à titre complémentaire… Le crédit-temps était lui un pas dans la bonne direction."

Le dossier des migrants

Difficile encore de ne pas évoquer la crise des migrants et son cortège de drames.

"Ce rapport à l’immigration est le dilemme le plus cruel pour tous les progressistes des pays riches, explique Philippe Van Parijs. D’un côté, on voudrait être aussi hospitalier que possible, on voudrait dire " ouvrons nos portes " pour égaliser les situations à l’échelle du monde. Mais d’autre part, on a aussi une forme d’obligation à l’égard des plus vulnérables au sein de nos populations. Et si toutes ces personnes, les moins qualifiés du monde entier, pouvaient rentrer chez nous, avec qui seraient-ils en compétition pour leur boulot, interroge-t-il ? Réponse : Pas avec moi, parce qu’ils ne viendraient pas habiter dans mon quartier !"

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