Le gouvernement Michel fait sa rentrée dans une ambiance tendue

C'est donc la rentrée du gouvernement fédéral ce matin, après un mois de trêve. Une trêve très relative, puisqu'on sait qu'entre le CD&V et l'Open Vld les relations se sont nettement tendues, entre Kris Peeters et Alexander De Croo en particulier. Mais avant, les dernières semaines ont aussi été plus compliquées que prévu pour le gouvernement parce qu'il a dû faire face, comme la plupart des pays d'Europe, à l'afflux de candidats réfugiés.

"Théo Francken a dû nettement changer de position. Et ça ce n’est pas évident à gérer pour la N-VA"

Ce matin c'est ce dossier qui devrait prendre le pas sur l'agenda du gouvernement et dans un contexte politique très particulier. C'est, en effet, la N-VA et son secrétaire d'Etat à l'Asile et aux Migrations, Théo Francken, notoirement partisan d'une politique restrictive en la matière, qui vient en position de demandeur.

Pour Jean Faniel, le Directeur Général du CRISP, la N-VA va donc devoir gérer ce paradoxe, "dans les débuts de la crise, Théo Francken, et le gouvernement belge derrière lui, se sont profilés au niveau de l’Union Européenne comme assez réticents à accueillir par répartition les réfugiés qui pouvaient venir. Mais l’ampleur que la crise des réfugiés, comme on l’appelle aujourd’hui, a prise, ces trois, quatre dernières semaines, fait que Théo Francken a dû nettement changer de position. Et ça ce n’est pas évident à gérer pour la NV-A. On commence d’ailleurs à entendre des déclarations, notamment du Président de la N-VA, Bart De Wever, qui vont dans un sens plus dur que ce que le Secrétaire d’Etat, finalement, est un peu obligé de faire face au contexte tel qu’ils s’impose à lui".

Le budget 2016 devra être bouclé et envoyé à l'Europe pour le 15 octobre

Avec un autre paradoxe, c'est que les politiques d'asile et de migration sont, sous ce gouvernement , soumises, comme le demandait la N-VA, à une réduction linéaire des dépenses, comme la Justice ou la Politique Scientifique, par exemple. Et ici, c'est un secrétaire d'Etat N-VA qui est bien obligé de constater que c'est quasiment intenable dans son propre champ de compétence.

Ce qui montre que les préoccupations budgétaires ne sont jamais loin. Le gouvernement fédéral a déjà en ligne de mire son budget 2016, et doit manifestement finaliser tout l'éventail des mesures qu'il a décidées fin juillet dans le cadre de sa réforme fiscale, son fameux tax-shift.

Le budget 2016 devra être bouclé et envoyé à l'Europe pour le 15 octobre.

Une fragilité qui s'affiche

Et les mesures du tax-shift, le glissement fiscal, dont le cadre, les grandes lignes, ont été arrêtées il y a un mois devront s'y intégrer. Et pour cela, il faut encore que les modalités soient discutées, finalisées, avec le risque de rouvrir la boîte de pandore, tant l'accord était fragile.

Et cette fragilité, on vient de la découvrir, dans l'interview qu'a donnée il y a quelques jours Kris Peeters au journal Le Soir, dans laquelle il révèle une vraie crise de confiance au sein du Gouvernement, due notamment à ses très mauvaises relations avec l'Open Vld et Alexander De Croo en particulier.

"Le CD&V se retrouve dans une situation difficile, à la fois parce qu’en négociation il n’a pas obtenu tout ce qu’il espérait ; à la fois parce que de cette négociation il semble y avoir eu des fuites. Et, en plus, il est sous la pression de ses partenaires syndicaux et même plus largement du Mouvement Ouvrier Chrétien dans son ensemble. Donc, il est clair que le CD&V, qui était déjà un peu entré à reculons dans ce gouvernement, continue à s’y sentir mal à l’aise", décortique Jean Faniel.

Reprendre le leadership

"En même temps, c’est aussi une question qui s’adresse à la stratégie de son parti, et donc à son président de parti Wouter Beke. Mais il est clair aussi que ça met une pression certaine sur Charles Michel en tant que Premier ministre. Il va falloir voir dans quelle mesure il va pouvoir prendre, reprendre ce leadership et arriver à résoudre le problème pour que le CD&V reste dans l’attelage", analyse le politologue.

La première année de la législature était inévitablement la plus périlleuse pour le Gouvernement de Charles Michel, parce qu'il a dû conquérir en quelque sorte sa légitimité. La suite risque de ne pas l'être moins, notamment parce qu'à côté des gros dossiers que l'on vient d'évoquer, il aura très rapidement à s'atteler à la réforme de l'armée, de la SNCB, en ce compris le service minimum, ou encore, le très gros morceau de la réforme des pensions.

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