Coup d'état au Burundi: confusion à Bujumbura, 3 militaires morts

Coup d'état au Burundi: combats entre militaires loyalistes et putschistes
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Coup d'état au Burundi: combats entre militaires loyalistes et putschistes - © Jennifer Huxta - AFP

Les tirs à l'arme lourde ont cessé jeudi en milieu de matinée à Bujumbura, que les putschistes disent désormais contrôler quasi-totalement, au lendemain de l'annonce de la destitution du président Pierre Nkurunziza. Des radios indépendantes du Burundi, dont la très populaire RPA, et la principale télévision indépendante du pays ont été attaquées dans la nuit de mercredi à jeudi par des partisans du président. Une tentative du pouvoir pour "museler l'opposition", confirme un journaliste burundais. Les Belges sont quant à eux hors de danger. Au moins trois militaires sont morts dans les affrontements.

Après des semaines de contestation populaire, un général burundais a annoncé mercredi la destitution du président Pierre Nkurunziza, en déplacement à l'étranger. Cependant, l'issue de cette tentative de coup d'État restait incertaine dans la soirée. Selon la présidence burundaise, le coup d'État, mené par un groupe de militaires "mutins", a été "déjoué".

Mais le général putschiste Godefroid Niyombare a assuré avoir le soutien de "beaucoup" d'officiers supérieurs de l'armée et de la police. Le pays est secoué depuis le 26 avril par un mouvement de contestation à la candidature de M. Nkurunziza à la présidentielle du 26 juin pour un troisième mandat.

Les deux parties négocient après les tirs

"Mercredi, c’était une grande soirée de liesse et de fête populaire, la nuit a été calme. Mais au petit matin, de nombreux tirs et calibres automatiques ont été entendus pendant plusieurs heures autour de la RTNB, toujours aux mains des militaires et policiers loyaux à Pierre Nkurunziza. (ndlr: Radio-Télévision Nationale du Burundi, l’équivalent RTBF du Burundi). Ça a tiré plus de trois heures.", raconte Luc Toussaint, journaliste sur place.

"Ils ont ensuite arrêté de se tirer les uns sur les autres pour négocier, entre militaires loyalistes et militaires putschistes", poursuit-t-il. 

"Selon mes informations, les putschistes sont en train de convaincre les hommes de main du président déchu pour laisser tomber le pouvoir. Les quelques militaires restés fidèles à Nkurunziza tentent quant à eux de négocier une immunité."

Qui mène le jeu ? Ça reste confus...

Le porte-parole des putschistes, Vénon Ndabaneze, a assuré que son camp contrôlait "pratiquement toute la ville". "Les soldats et policiers qui sont en train de se déployer sont fidèles à notre camp", a-t-il ajouté.

Il restait cependant impossible de dire en fin de matinée jeudi qui avait les rênes du pouvoir à Bujumbura.

Sur place, Luc Toussaint affirme que "personne n’est capable de voir clair et de donner une idée" sur la détention du pouvoir actuel à Bujumbura. "Sinon que les putschistes représentent plusieurs corps d’armées, ils sont nombreux, structurés, et ont vraisemblablement eu des contacts secrets avec la communauté internationale", se demande Luc Toussaint. "Je doute que cette tentative de coup d’état n’ait pas été préparée pendant plusieurs jours."

Le président reste à l'étranger

Le président Pierre Nkurunziza se trouvait lui toujours à Dar es Salaam, en Tanzanie, où il était en déplacement officiel mercredi au moment de l'annonce du coup d'Etat, selon une source au sein de la présidence tanzanienne. "Il est à Dar es Salaam, nous ne pouvons pas dire où", a dit cette source sous couvert d'anonymat, précisant simplement que pour des raisons de sécurité, le chef de l'Etat ne se trouvait plus dans l'hôtel où il était la veille.

"Il semblerait qu’il ait demandé à atterrir à Bujumbura, mais ça lui aurait été refusé puisque les putschistes détiennent l’aéroport", clarifie Luc Toussaint.

Qui répond aux ordres de qui ?

Selon des sources militaires, le cœur du camp loyal à Pierre Nkurunziza s'appuie sur la brigade spéciale de protection des institutions, avec le soutien de quelques autres unités. C'est cette brigade d'élite qui contrôlait jeudi encore la présidence, la RTNB et le siège national du parti présidentiel (Cndd-FDD).

Toujours selon des sources militaires, le camp putschiste est lui organisé autour d'une autre unité d'élite de l'armée, le 11e bataillon parachutiste, qui contrôle au moins l'aéroport international.

Selon un journaliste de l'AFP, les policiers, qui avaient déserté le centre-ville mercredi après l'annonce du coup d'Etat par le général putschiste Godefroid Niyombare, étaient de nouveau déployés jeudi dans les rues de la capitale. Ils refusaient de dire aux ordres de qui ils répondaient.

Des militaires, refusant eux aussi de dire à qui ils obéissent, étaient déployés à des points névralgiques menant dans les quartiers en périphérie, alors que l'activité étaient très réduite en centre-ville.

Le porte-parole des putschistes a reconnu que le contrôle de la RTNB leur échappait toujours, mais affirmé que son camp avait volontairement arrêté son offensive contre le bâtiment, pour éviter un bain de sang. "Nous avons stoppé notre attaque à la RTNB parce que nous ne voulons pas verser le sang inutilement", a-t-il ajouté, précisant que des discussions étaient toujours en cours avec l'autre camp pour tenter de stopper les affrontements.

Les Belges à Bujumbura sont hors de danger

"Il y a environ 800 belges au Burundi, dont les 95% sont dans la capitale à Bujumbura", souligne Luc Toussaint. "Un travail de recensement très précis a été fait sous la direction de l’ambassade et des services de sécurité belges. Tous ces ressortissants belges sont connus, localisés et ont reçu le mot d’ordre de ne pas bouger et de rester chez eux." 

"Leur vie n’est pas du tout en danger, sauf si les militaires recommencent à se tirer les uns sur les autres et qu’un obus ou une roquette n’atteigne pas sa cible et touche une de leur maison par accident. Les Belges ne doivent pas craindre d’actions contre eux.", rassure le journaliste.

"Ils essaient de couper toute forme de communication"

Des radios indépendantes du Burundi, dont la très populaire RPA, et la principale télévision indépendante du pays ont été attaquées dans la nuit de mercredi à jeudi par des partisans du président Pierre Nkurunziza visé par une tentative de coup d'Etat, ont affirmé à l'AFP les patrons de ces médias.

La radio et télévision nationale burundaise (RTNB) émettait de nouveau jeudi en fin d'après-midi, son directeur général annonçant sur ses ondes l'échec de l'offensive lancée par les troupes putschistes pour en prendre le contrôle aux forces fidèles au président Pierre Nkurunziza.

"Nous avions pris la décision de suspendre les émissions" quand la RTNB "a été attaquée par des militaires putschistes", a déclaré Jérôme Nzokirantevye. "Maintenant que les combats sont terminés, nous les reprenons. Ce sont toujours les soldats loyalistes qui contrôlent la RTNB", a-t-il dit.

La radio a également rediffusé un message téléphonique du président Nkurunziza, bloqué depuis mercredi en Tanzanie. Le message, de mauvaise qualité, était largement inaudible mais la voix du chef de l'Etat clairement reconnaissable. Sur les ondes de la radio, M. Nzokirantevye a ajouté que la "situation est maîtrisée". "Nous appelons la population à ne pas paniquer, car nos auditeurs de l'intérieur commençaient à se dire que le putsch était consommé", a-t-il dit. "Ce n'est pas vrai".

Selon un journaliste burundais qui préfère garder l'anonymat, ces attaques contre les radios et télévisions privées par les hommes de main du président sont faites car "ils essaient de couper toute forme de communication pour arriver à leurs fins sans que les gens puissent être au courant."

Pour ce journaliste, "la situation est très grave. Les militants des droits humains et les journalistes risquent d’être très gros d’aller sur place", prévient-il.

"Il faut que les gouvernements occidentaux puissent intervenir vite et que Nkurundiza puisse être tenu responsable si jamais ses partisans venaient à s’en prendre aux médias – ce qui est déjà fait – ou aux individus cette fois-là."

Au moins trois militaires tués

Au moins trois militaires sont morts jeudi dans les affrontements a constaté un journaliste de l'AFP. C'est la première fois que des morts sont constatés depuis le début de la tentative de coup d'Etat mercredi. Le journaliste de l'AFP, qui a vu les corps à environ un km du siège de la radio, ne pouvait pas préciser à quel camp les militaires décédés appartenaient.

L'UE appelle à la "retenue", souhaite des élections "crédibles"

La chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a appelé mercredi les parties au Burundi à faire preuve de "retenue et à éviter la violence", en réaction à la tentative de coup d'État dans le pays.

Frederica Mogherini a aussi appelé " tous les acteurs au Burundi à faire tout leur possible pour garantir le respect des droits de l'Homme" dans le pays. "Il est plus important que jamais que toutes les forces politiques respectent les principes des accords d'Arusha", conclus en 2000 pour sortir le pays de la guerre civile, a-t-elle souligné.

"Un élément essentiel de cet accord est la tenue d'élections n'excluant personne, crédibles et transparentes", a ajouté la chef de la diplomatie européenne, appelant au "rétablissement le plus vite possible des conditions pour de telles élections, afin que le peuple puisse choisir un gouvernement légitime et constitutionnel". "Nous exhortons toutes les parties à coopérer pour trouver une solution pacifique à la crise", a-t-elle conclu.

Nkurunziza reste le président "légitime", selon les Etats-Unis

Le chef de l'Etat du Burundi, Pierre Nkurunziza, demeure le président "légitime" de ce pays d'Afrique en dépit de la confusion sur l'issue d'une tentative de coup d'Etat, ont affirmé jeudi les Etats-Unis. "Nous le reconnaissons comme le président légitime", a répondu le porte-parole du département d'Etat Jeffrey Rathke, interrogé sur le sort du président burundais toujours bloqué en Tanzanie à la suite d'une tentative de putsch à l'issue toujours incertaine.

RTBF avec agences

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