En Belgique aussi, les Arméniens attendent la reconnaissance du génocide

En Belgique aussi, les Arméniens attendent la reconnaissance du génocide
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En Belgique aussi, les Arméniens attendent la reconnaissance du génocide - © Tous droits réservés

Les Arméniens de Belgique commémorent ce vendredi 24 avril le centenaire des massacres qui ont coûté la vie à 1,5 million de leurs ancêtres en 1915. Ce génocide est reconnu par plusieurs pays dont la Belgique mais pas par la Turquie. Et ils attendent toujours cette reconnaissance qui n’est pas uniquement symbolique. Reportage.

Une vingtaine de pays reconnaissent le génocide arménien, dont la France, l'Italie ou la Russie. La position de la Belgique reste plus ambiguë. Emboitant le pas au Parlement européen qui avait reconnu dans une résolution de 1987 le génocide, le sénat belge a bien reconnu, dès 1998, le massacre arménien en tant que "génocide".

Depuis, le gouvernement belge a employé plusieurs fois ce terme de "génocide" pour qualifier les événements de 1915 notamment en présence à l’ambassadeur de Turquie (c'était Karel De Gucht, alors ministre des Affaires étrangères). Par contre, malgré ces déclarations, aucun ministre belge n’a jamais assisté à une commémoration du génocide des Arméniens.

Plus qu'un pardon, plus qu'une réconciliation, rendre la justice

Michel Mahmourian, avocat et militant de la communauté arménienne de Belgique depuis 35 ans et ancien président du Comité des Arméniens de Belgique pendant 11 ans attend que justice soit faite, et à ses yeux, cela va plus loin que le pardon ou une simple réconciliation.

Les Arméniens attendent la vérité, car il n'y a pas de justice sans vérité, dit-il.

Longtemps, la mémoire du génocide est restée enfouie, explique Michel Mahmourian, dissimulée jusqu'aux années 1970 parce que les Alliés victorieux de la Première guerre mondiale et les Ottomans et leurs héritiers voulaient tourner la page et oublier les massacres des Arméniens. Procès et condamnation ont été escamotés en 1923.

Ce qui a changé dans les années 1970, c’est le lien qui s'est fait entre les événements de 1915 et le moment où ils deviennent réalité historique : grâce aux études des historiens, les Arméniens ont compris ce qui était arrivé à leurs ancêtres, dit-il. Le silence a pris fin.

L’"arménitude", le fait de se sentir arménien, ne se limite pas à la reconnaissance du génocide, explique Grégoire Jakhian, avocat bruxellois également d'origine arménienne, au micro de Didier Delafontaine.

La culture et la langue participent aussi de cette identité, de même que la religion.

Pardonner sans oublier

Reconnaître sa faute demande du courage, estime pour sa part le père Zadik Avedikian, recteur de l’Eglise apostolique arménienne de Belgique.

En homme d’église, il prône la réconciliation. Il note l’évolution de la société civile en Turquie.

Le prêtre espère un geste et souligne l’importance de nommer le génocide pour le peuple arménien. Et surtout, il appelle au courage des politiques, turcs et étrangers.

Restitution de territoires?

Quand on parle avec des Arméniens installés en Belgique, on entend différents discours sur la reconnaissance et la réparation du génocide dont leurs ancêtres ont été victimes.

Chez la famille Sargsyan-Khachatryan, arrivée d'Arménie à Bruxelles il y a 10 ans, on souhaite que les enfants ne connaissent plus jamais cela. Mais encore sous le coup du conflit entre leur pays et l'Azerbaidjan, et du blocus turc qui a suivi, on se sent mal face au refus turc de reconnaître le génocide qui suscite la crainte que l'histoire puisse se répéter. Angela Sargsyan ne pense pas que la Turquie reconnaîtra le génocide. Sa mère Julietta souhaite cette reconnaissance et rêve même que la Turquie restitue des territoires historiques aux Arméniens.

Le père Avedikian attend aussi des réparations qui peuvent prendre la forme de restitution de territoires en Turquie de l’est mais aussi de partenariats économiques avec la Turquie.

Grégoire Jakhian n’a pas connu ses grands-parents, rescapés du génocide, arrivés en 1933 en Belgique via l’Allemagne mais disparus avant sa naissance dans une série de drames liés aux massacres et aux souffrances insupportables endurées.

Il explique l’insupportable mémoire ou absence de mémoire de ses origines.

Transmission et respect des traditions, souci de l'excellence et rôle de la diaspora : Grégoire Jakhian voit également des parallèles entre souci de la mémoire chez les Juifs et les Arméniens.

Du tourisme en Turquie ?

Les relations entre l’Arménie et le Turquie restent tendues, surtout après la guerre qui a opposé Erevan à l'Azerbaidjan, pays turcophone, un conflit gelé qui a entraîné un blocus de la part d'Ankara. 

Faire du tourisme en Turquie ou pas, c’est dès lors la question qui se pose aux Arméniens de la diaspora. Pour Michel Mahmourian, c’est non, mais il ne faut pas pour autant oublier les Arméniens qui vivent encore en Turquie.

Le père Avedikian ne se rend pas en Turquie aujourd’hui, mais il se promet de le faire un jour, le jour où la Turquie reconnaîtra son histoire.

Ce jour-là, il fera un pèlerinage le long des chemins désertiques empruntés par les victimes du génocide.

L'honneur de la Turquie

L’article 301 du code pénal turc condamne l’affirmation du génocide des Arméniens et alimente le négationnisme, explique Grégoire Jakhian, beaucoup de Turcs en ont été victimes pour avoir eu le courage de parler du génocide.

Parmi eux l'auteur Orhan Pamuk, mais aussi des historiens et des journalistes. A ses yeux, ils sont l'honneur de la Turquie.

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