Grève: perturbations persistantes en fin de journée, "bain de sang social" rue de la Loi

Entre 300 et 400 personnes (selon les estimations) ont participé mercredi matin, entre 10h30 et 11h30, à l'action qualifiée de "sanglante" par la CGSP au carrefour de la rue de la Loi et de la rue Ducale à Bruxelles.

Le secrétaire fédéral de la centrale CGSP Rudy Janssens a en effet été symboliquement assassiné dans une baignoire tel le révolutionnaire français Jean-Paul Marat par deux personnes représentant le Premier ministre Charles Michel et le président de la NV-A Bart De Wever. Du jus de betterave a été lancé. L'action portait le message: "On se battra jusqu'à notre dernière goutte de sang pour les services publics aux citoyens".

Une dizaine de personnes se sont également couchées au milieu du carrefour pour bloquer la circulation. "La fraude fiscale est surtout en haut, au niveau des banques, des bourgeois, etc.", a défendu Rudy Janssens. "Ceux qui fraudent le plus sont ceux qui ne déclarent pas: ce n'est pas nous, c'est eux. Quelqu'un qui gagne 1000 ou 2000 euros peut difficilement frauder, puisque tout est déclaré. Mais, ils n'attaquent pas seulement les chômeurs. Ils attaquent notre système social. Si le service public est touché, on en arrive aujourd'hui à un massacre du système social pour les citoyens. C'est un bain de sang social". La CGSP soutient que les services publics sont les garants d'une société démocratique, de justice sociale et le premier pouvoir d'achat de tous les citoyens.

Tout à l'arrêt (ou presque) sur le rail

Pratiquement rien ne circule sur le réseau ferroviaire belge depuis mardi soir 22h00, et le mouvement est pour le moins bien suivi ce mercredi. Ainsi, en Région wallonne, seuls quelques trains circulent entre Arlon et Luxembourg. En Région flamande, ils sont plus nombreux. A ce stade, les lignes Courtrai-Gand-Saint-Nicolas, Denderleeuw-Alost et Denderleeuw-Grammont sont encore desservies.

Environ 5% des trains circulaient en fin d'après-midi. Les grandes villes ne sont pas accessibles par voie ferroviaire et les quelques trains qui font de la résistance sont surtout de petits trains locaux, concentrés en Flandre.

Les gares de Bruxelles-Nord et Central sont en outre fermées au public.

Les trains internationaux ne roulent, par ailleurs, pas dans notre pays. L'Eurostar s'arrête à Lille-Europe et ne circule pas jusque Bruxelles-Midi. Les Thalys sont, eux, complètement à l'arrêt.

Les navetteurs sont invités à consulter l'application ou le planificateur de voyage en ligne de la SNCB afin de prendre connaissance des perturbations en temps réel.

9 images
Ce mercredi matin, à la Gare du Midi... © THIERRY ROGE - BELGA

TEC et STIB également touchés par le mouvement

A Charleroi par exemple, au dépôt Genson, tous les bus sont bien là, aucun piquet de grève n’a été signalé… Mais aucun chauffeur ne s’est présenté non plus. Le TEC Charleroi n'a vu que six bus quitter le dépôt de Jumet. Il semble toutefois que quelques métros circulaient vers 07h45 sur les lignes M3 et M4. Seules les navettes de bus vers l'aéroport circulent. Ailleurs en Hainaut, la circulation des bus TEC tourne également au ralenti. Là-aussi, cela varie d’un dépôt à l’autre. Certains sont bloqués par des piquets, d’autres pas. A Tournai et Mouscron (TEC Hainaut), seuls les bus privés roulent, tandis que dans la région d'Ath, il y a très peu de perturbations.

En Brabant Wallon, 93% des bus sont restés au dépôt, "les autres circulant avec des retards très importants", y indique-t-on vers 07h00. Aucun bus n'est sorti des dépôts de Jodoigne et Chastre, et 7% des véhicules du dépôt de Baulers sont en circulation. Les bus des "loueurs", gérés par des sociétés privées, circulent normalement. Cela concerne 40-45% des lignes, selon le dispatching de Wavre ("les lignes 115, 114, 116, 47, 49, 339, 610, 58, 366, Conforto, Conforto bis, une partie de Rapido 3, ligne E").

Au TEC Liège-Verviers: "Sous réserve de blocage, seuls les autobus du dépôt de Stembert et des sociétés privées circulent. Toutefois, en région liégeoise, les lignes privées sont limitées à la périphérie", est-il précisé. Le personnel de l'Infotec n'a pu accéder à ses bureaux, et les "Espaces TEC" de Robermont, Jemeppe, Liège (Saint-Lambert et Guillemins) et Verviers sont inaccessibles.

Et en province de Namur, cela circule un peu mieux : 59% des services sont assurés, d'après la porte-parole des TEC. Les deux "Maisons du TEC", points de vente principaux situés à Namur et Libramont, sont fermés, et la centrale téléphonique est inaccessible. La grève est donc relativement peu suivie au TEC Namur-Luxembourg.

Quant à la capitale, la STIB reste– elle-aussi – fortement perturbée. Le réseau ne comptait qu'une quinzaine de lignes desservies, à 16h.

Les métros circulent sur les lignes 1 et 5. Du côté des trams, les voyageurs peuvent compter sur les lignes 3, 4, 7, 82 et 92. Enfin, en ce qui concerne les bus, le service est partiellement assuré sur les lignes 12 (depuis et vers l'aéroport), 13, 21, 29, 71, 78, 87 et 95.

La Stib précise que la circulation d'au minimum la moitié des véhicules sur ces différentes lignes est assurée par rapport à un jour normal.

Toutes les autres lignes ne sont pas exploitées.

En Flandre, la circulation est perturbée dans toute la région, la grève étant également bien suivie chez De Lijn. En Brabant flamand, aucun bus n'est sorti du dépôt de Dilbeek. A l'inverse, les bus desservant Brussels Airport circulent.

Malgré la journée de grève au sein des services publics, la circulation ferroviaire a été partiellement maintenue au sein du port d'Anvers, bien que celle-ci soit moins importante que d'habitude, a-t-on appris mercredi auprès de la SNCB Logistics. De nombreuses entreprises ont en effet anticipé et pris leurs dispositions. La circulation des trains depuis et vers le port est, elle, à l'arrêt.

Toujours en matière de transport: une trentaine de bateaux sont bloqués depuis mercredi matin sur le canal Albert, à hauteur des écluses de Wijnegem, en province d'Anvers, et de Hasselt, dans le Limbourg.

9 images
Le dépôt de Haren ce mercredi matin. © RTBF

Embouteillages: "Une situation d'heure de pointe un peu plus compliquée que d'habitude"

La situation était "assez dense" sur les routes de la capitale ce mercredi matin, indiquait vers 08h00 Camille Thiry (porte-parole de Bruxelles Mobilité). "La petite ceinture est complètement embouteillée dans les deux sens, ainsi que les grands axes habituels et les tunnels, comme Reyers, et Loi et Cinquantenaire vers le centre", précise-t-elle. Selon Hajo Beeckman (du Vlaams Verkeerscentrum), l'heure de pointe du matin a par ailleurs commencé plus tôt, à cause de la grève. Il est à prévoir que l'heure de pointe du soir démarre également de manière précoce, selon lui.

Selon Camille Thiry, la situation à Bruxelles peut se résumer à "un peu plus compliquée que d'habitude" en heure de pointe. "D'habitude, les jours de grève, les gens prennent leurs dispositions, avec le télétravail, etc, et la circulation apparait plus 'light' ces jours-là. Ce n'est pas le cas aujourd'hui", indique-t-elle.

Sur tout le pays, on comptait vers 07H30 210 km d'embouteillages au total, selon Hajo Beeckman, dont 130 en Flandre. Il ne s'agit pas de chiffres extrêmes mais qui se situent tout de même légèrement au-dessus de la moyenne d'un mercredi matin, précise-t-il.

CPAS, courrier, collecte des déchets, …

Au-delà de la question des transports, bon nombre d’entreprises et d’administrations publiques tournent également au ralenti ce mercredi. C'est le cas dans les CPAS, fermés ce jour à l’exception du service d'aide aux personnes.

Le courrier ne devrait pas être distribué ce matin. Le centre de tri de Fleurus par exemple est en grève depuis mardi 22H00. Résultat: tout le Hainaut n’est pas desservi. Ailleurs, la situation est pratiquement identique. Des piquets ont été installés devant le centre de tri de Bpost Bruxelles X. Les cheminots sont pour leur part rassemblés près de la gare du Midi, rue de France.

Pas de collecte de déchets non plus. Les parcs à conteneurs sont fermés. En province de Namur, la moitié d’entre eux fermeront leurs grilles.

On notait des piquets de grève devant les prisons. C'est le cas, entre autre, à la prison de Leuze-en-Hainaut. La grève est aussi très bien suivie dans les prisons avec un arrêt total à Saint-Gilles et Forest et des policiers mobilisés pour remplacer les gardiens. Entre 50 et 60 policiers ont ainsi été mobilisés dans les prisons francophones du pays et environ 80 dans les établissements néerlandophones, a indiqué mercredi matin Laurent Sempot (porte-parole de l'administration pénitentiaire), qui estime la situation classique pour un jour de grève. Le personnel présent tourne autour de 30 à 50% selon les établissements.

Le Centre hospitalier régional (CHR) de Huy fonctionne en service minimum. Toujours en province de Liège : une quinzaine de membres de la FGTB sont présents depuis 06H00 au pied du site de la centrale nucléaire de Tihange.

A Molenbeek-Saint-Jean, la mobilisation est particulièrement forte avec des piquets à l'administration communale, dans les écoles et les garderies.

Et du côté des écoles?

Les cours vont-ils être donnés normalement ? Impossible de répondre dans le détail… Ce sera au cas par cas. Probablement qu’il y aura plus de profs grévistes dans les écoles du réseau officiel, où la CGSP est davantage représentée. Mais quoiqu’il arrive, des garderies sont normalement prévues.

A l'ULB (Université libre de Bruxelles), un piquet filtrant est soutenu par l'USE (Union syndicale étudiante) et le BEA (Bureau des étudiants administrateurs) organise une journée de réflexion sur la politique sociale du gouvernement avec des rencontres prévues, notamment avec le mouvement Tout autre chose.

En revanche, la journée de grève nationale ne touchera pas la Flèche wallonne, dont le départ est prévu ce mercredi matin à Waremme. "Le secteur public, les administrations communales de Waremme et de Huy ont beaucoup travaillé pour cette course cycliste", précise Philippe Lizin. "On ne souhaite pas gâcher leur travail. Une délégation de la CGSP sera donc présente au départ de la course à Waremme, avec des calicots et la distribution de tracts. Sur le Mur de Huy, on a négocié avec la société organisatrice pour avoir une visibilité avec une banderole." Des équipes de militants vont sillonner le Mur de Huy, mercredi après-midi.

9 images
Photo prise ce matin devant la VUB. © THIERRY ROGE - BELGA

Pas de grande manifestation... mais un rassemblement

Ce rassemblement était prévu à 10h30 au carrefour formé par la rue de la Loi et la rue Ducale, à deux pas du cabinet du Premier Ministre. Une délégation de policiers et une de pompiers s'y rendront. La police mènera par ailleurs une action séparée vendredi.

Avant ce rassemblement, de nombreux piquets de grève et barrages auront été formés dans la capitale. Un piquet de grève sera ainsi installé devant le siège de la SNCB (rue de France), et un autre devant le siège de la Communauté française, place Sainctelette.

Des grévistes perturberont également l'entrée de la Tour des Finances, des tours Belgacom et même du Théâtre de la Monnaie. Des piquets ont été installés devant l'hôpital Brugmann à Laeken, ou encore devant l'administration communale de Forest.

A noter qu’un rassemblement a eu lieu ce mercredi matin devant l’hôtel de ville de Wavre, fief du Premier Ministre Charles Michel.

Enfin, des piquets de grève étaient en place vers 07h30 devant l'Hôtel de ville de Charleroi, et se dirigeaient vers les maisons communales annexes de Gilly, Marcinelle et Marchienne-au-Pont. Toujours à Charleroi, des piquets de grève ont également pris place devant les bâtiments de l'Onem, du Forem et du ministère des Finances ainsi que devant les institutions provinciales, et au siège de l'AWIPH à Montignies-sur-Sambre, indique-t-on à la CGSP.

RTBF avec Belga

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK