Immigration: les dix propositions d'actions de la Commission européenne

Parmi les dix points de ce plan d'urgence, la Commission européenne a opté pour un renforcement des opérations de recherche et de secours, selon ce qu'a annoncé le ministre allemand de l'Intérieur, Thomas de Maiziere.

Il a par ailleurs été décidé le doublement du budget et du nombre de navires alloués à Triton, l'opération européenne de surveillance maritime en mer Méditerranée.

Ces dix points seront discutés lors du sommet extraordinaire des dirigeants de l'Union européenne prévu jeudi à Bruxelles. Bruxelles doit en outre présenter une "stratégie" pour les migrations et l'asile le 13 mai, a précisé le commissaire aux Affaires intérieures, Dimitris Avramopoulos.

Voici les détails du plan d'urgence:

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  • Renforcement des opérations de contrôle et de sauvetage Triton et Poséidon mises en oeuvre par Frontex, l'agence européenne de contrôle des frontières, en augmentant leurs moyens financiers et matériels. Leur champ d'action, actuellement limité aux eaux territoriales des pays de l'UE, doit être élargi, éventuellement aux eaux territoriales des pays de transit, comme la Libye.
  • Confiscation et destruction des embarcations utilisées pour transporter les migrants, à l'image de l'opération Atalanta de lutte contre la piraterie somalienne au large de la Corne de l'Afrique.
  • Coopération accrue entre les organisations EUROPOL, Frontex, EASO et EUROJUST pour réunir des informations sur les modes opératoires des trafiquants.
  • Déploiement d'équipes du Bureau européen de soutien à l'asile (EASO) en Italie et en Grèce pour aider à la gestion des demandes d'asile et à leur harmonisation.
  • Prise systématique des empreintes digitales de tous les migrants à leur arrivée sur le territoire des Etats membres.
  • Examen des options pour une répartition plus équitable des réfugiés entre les Etats membres de l'UE.
  • Programme de réinstallation dans les pays de l'UE de personnes ayant obtenu le statut de réfugié auprès du Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR). Les Etats membres sont invités à participer à ce programme sur une base volontaire. Aucun chiffre n'est cité dans la proposition. Mais selon la Commission, il devrait bénéficier à 5.000 personnes initialement.
  • Programme pour les renvois rapides des candidats à l'immigration non autorisés à rester dans l'UE. Il sera coordonné par Frontex, avec les Etats membres en première ligne pour les arrivées en Méditerranée.
  • Action avec les pays voisins de la Libye pour bloquer les routes utilisées par les migrants. Le Niger est un des pays de passage et la présence européenne devra y être renforcée.
  • Envoi d'officiers de liaisons pour l'immigration au sein des délégations de l'UE dans un certain nombre de pays tiers. Ils seront chargés de collecter des informations sur les flux migratoires.

 

"Afficher son soutien aux victimes"

Ces dix mesures ont été présentées ce lundi aux ministres européens des Affaires étrangères et de l'Intérieur réunis à Luxembourg, dont le ministre de l'Intérieur belge Jan Jambon qui a préconisé à cette occasion de s'attaquer aux causes de l'immigration, tout en reconnaissant que ce n'était pas chose facile.

"Le plus important est de veiller à ce que ces personnes ne puissent plus monter à bord de ces bateaux de trafiquants d'êtres humains", a confié le ministre N-VA. Comment compte-t-il y parvenir? "Il y a beaucoup d'idées sur ce sujet, mais il faut en discuter (entre partenaires européens)".

Pour Jan Jambon, cette réunion européenne lundi à Luxembourg était nécessaire. "Nous devons afficher notre soutien aux victimes et prendre des mesures après la mort de 1500 personnes au total la semaine dernière."

Pour lui, il est toujours préférable d'éviter pareils drames, mais cela ne signifie pas qu'il ne faille pas réagir lorsque ceux-ci se produisent, défend-il. Le ministre de l'Intérieur ne s'attendait toutefois pas à de grandes décisions.

"Nous pouvons faire des suggestions pour l'aide. Mais il faut un consensus sur les mesures à prendre, c'est pourquoi il est bon d'en parler tous ensemble autour d'une table".

"La responsabilité de l'Europe est de donner une impulsion politique"

"Nous n'avons plus d'alibi. L'Union européenne n'a plus d'alibi, les Etats membres n'ont plus d'alibi", avait martelé plus tôt Federica Mogherini en arrivant à cette réunion à Luxembourg. "Les tragédies de ces derniers jours, de ces derniers mois, de ces dernières années, c'en est trop".

"On a besoin de mesures immédiates de la part de l'UE et des Etats membres", a-t-elle ajouté, citant le renforcement de l'opération européenne de surveillance maritime Triton, mais aussi une meilleure répartition de l'accueil des migrants au sein de l'Union.

Une grande partie de ces sujets sont de la compétence exclusive des Etats membres, très réticents à accueillir plus d'immigrés, alors que l'Italie, qui a récupéré 11 000 personnes en mer en une semaine, la Grèce et l'Espagne doivent porter la quasi-totalité du fardeau.

Mais "la responsabilité de Bruxelles est de donner une impulsion politique", a assuré Federica Mogherini, avant une réunion conjointe des ministres des Affaires étrangères et de l'Intérieur de l'UE lundi après-midi.

"C'est notre intérêt, notre crédibilité"

Elle a toutefois reconnu qu'il "n'y a pas de solution facile, de solution magique". "Mais nous avons la responsabilité d'agir ensemble, de façon cohérente", a-t-elle dit, évoquant "une obligation morale".

"C'est notre intérêt, notre crédibilité", a-t-elle affirmé, rappelant que "l'Union européenne a été construite autour de valeurs comme la protection des droits de l'Homme".

La réunion conjointe avait démarré à 15 heures. Elle a été convoquée après un nouveau drame dans lequel près de 700 personnes sont mortes lorsque le chalutier qui les transportait à chaviré dans la nuit de samedi à dimanche.

Un sommet extraordinaire se tiendra jeudi, a annoncé via Twitter Donald Tusk, le président du Conseil européen.

"Il n'y a pas de solutions rapides"

"J'ai décidé de convoquer un sommet européen extraordinaire ce jeudi au sujet de la situation en Méditerranée", a annoncé Donald Tusk sur son compte Twitter. Une telle réunion avait été demandée dimanche par le chef du gouvernement italien, Matteo Renzi, et soutenue par plusieurs de ses homologues, dont Charles Michel.

"Nous ne pouvons pas continuer comme cela, nous ne pouvons accepter que des centaines de personnes meurent en essayant de traverser la mer pour venir en Europe", a souligné Tusk dans un message vidéo.

Il a listé "certains des sujets à aborder en urgence : comment arrêter les trafiquants d'êtres humains, comment augmenter nos efforts communs pour sauver les gens dans le besoin, comment mieux aider les Etats membres les plus touchés, et comment accroître notre coopération avec les pays d'origine et de transit".

La situation en Méditerranée "nous concerne tous, c'est pourquoi nous devons agir et agir ensemble maintenant", a-t-il ajouté.

Mais Donald Tusk a prévenu "ne pas attendre de solutions rapides aux causes profondes des migrations, parce qu'il n'y en a pas". "S'il y en avait, nous les aurions mises en oeuvre depuis longtemps", a-t-il insisté.

RTBF avec agences

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