Crise de confiance ou crise de régime

La Belgique est devenue un tel bric-à-brac institutionnel, une telle usine à gaz de services, d’administrations où plus personne n’exerce pleinement une compétence qu’il est parfois impossible de suivre un cheminement un peu cohérent.

Rien que pour savoir de combien dérapaient les budgets 2015, il a fallu compiler les avis du Comité de Monitoring, du Bureau du Plan, de la Banque Nationale, du Conseil Supérieur des Finances voire du SPF Finances quand ce n’est pas Eurostat ou la Commission Européenne qui s’en mêlent !

Là-aussi, la Belgique doit s’illustrer. Pourquoi faire simple quand c’est si politiquement nécessaire de faire compliqué ?

La vaine confiance

Ce " brol " ne peut que fonctionner que si on n’y met un peu de bonne volonté, un brin de concertation ou un minimum de confiance réciproque. De plus, le système belge est devenu un tel " monstre institutionnel " que même avec le bon mode d’emploi, on n’est pas sûr que l’on en comprenne le fonctionnement.

La dernière loi de financement est ainsi venue gonfler la complexité générale et il n’y a sans doute pas plus de dix experts (indigènes forcément) qui en saisissent tous les tenants et aboutissants.

Cette fois, le souci provient également du fait que les Régions " sous-traitent " en quelque sorte au fédéral la collecte de la part d’impôt qui leur revient. Quand ce n’était qu’une enveloppe fermée, cela ne posait guère de problèmes mais à présent, que c’est un pourcentage de l’argent effectivement récolté dans chaque région qui revient à celles-ci, chacun est en droit de savoir comment on arrive à la somme ristournée. Ce n’est pas le cas, d’où le soupçon aussi bien en Wallonie qu’en Flandre que le décompte final a un peu été obtenu au " doigt mouillé " ! Surtout s’il varie grandement en quelques jours…

Délitement

La dernière réforme de l’Etat était censée garantir une nouvelle pérennité à la " nouvelle Belgique ". Le fait que l’on ait entendu ce genre de remarque à chaque réforme de l’Etat aurait déjà dû mettre la puce à l’oreille des optimistes.

La N-VA a toujours répété le mal qu’elle pensait de cette réforme de l’Etat et de son corollaire financier. Conforté comme premier parti du Royaume et désormais force centrale des gouvernements flamand et fédéral, elle ne va pas s’empresser d’en démontrer l’excellence ou le bien-fondé. Elle peut même se permettre de laisser faire, presque de jouer le jeu. Les évènements risquent de finir par lui donner raison.

La nouvelle structure institutionnelle reposait sur un préalable : que les niveaux de pouvoir se fassent confiance et se concertent.

La confiance, c’est un peu comme l’emploi, cela ne se décrète pas.

Le fédéralisme de coopération a désormais laissé la place au fédéralisme de méfiance.

 

Philippe Walkowiak

@PhWalkowiak

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