Serge Kubla entendu plusieurs heures, Duferco nie toute corruption

L'entreprise sidérurgique Duferco indique mercredi soir dans un communiqué avoir "pris connaissance avec stupéfaction" des informations parues dans les presse ces deux derniers jours et "conteste tout implication" dans des faits de corruption en République Démocratique du Congo. Le groupe ajoute qu'il condamne "avec la plus grande fermeté" tout acte de corruption et précise qu'il dispose "d'une gouvernance très stricte à ce sujet". Un contact a été pris avec le juge d'instruction en charge de l'affaire, conclut l'entreprise sidérurgique, qui ne souhaite pas faire d'autres commentaires.

L’enquête est pourtant ouverte autour des activités en République démocratique du Congo du groupe Duferco. La route de ce groupe a croisé celle de Serge Kubla en 1999, lorsqu’il était devenu ministre wallon de l’Économie.

Il semble évident que Serge Kubla n'est qu'un acteur parmi d’autres dans cette affaire de corruption, pour laquelle il risque jusqu'à deux ans de prison et jusqu'à 600 000 euros d'amende. D'autres inculpations dans le cadre de ce dossier pourraient prochainement intervenir. Le mandat d’arrêt délivré a d’ailleurs été justifié par le risque de collusion entre les intervenants au dossier : la justice veut éviter qu’ils puissent communiquer entre eux. Serge Kubla a été interrogé en-dehors de la présence de son avocat.

Roland Forestini, l’avocat de Serge Kubla, avait expliqué mardi à la RTBF que ce dernier reconnaissait avoir remis, dans un hôtel bruxellois, une somme de 20 000 euros à l’épouse de l'ancien Premier ministre congolais Adolphe Muzito. Mais il agissait uniquement comme "intermédiaire" pour Duferco, et cette somme était destinée "en partie au règlement d’une facture".

Quant à l'avocat de l'épouse d'Adolphe Muzito, il est catégorique : "Elle n'a jamais rencontré Serge Kubla" a-t-il déclaré à la RTBF.

R. Forestini espère une libération ce jeudi

"J'ai brièvement rencontré mon client vers midi et il collabore parfaitement avec les enquêteurs", a indiqué Roland Forestini, qui a également eu un contact avec le responsable de l'enquête.

"J'espère que sa libération pourra intervenir demain", a-t-il déclaré. En effet, Serge Kubla a été reconduit à la prison de Saint-Gilles en fin d'après-midi. "Les enquêtes ne sont peut-être pas tout à fait terminées. J'en saurai plus vers 23h00", a précisé son avocat.

Serge Kubla sera entendu ce jeudi par le juge d'instruction Michel Claise. Si le bourgmestre de Waterloo n'est pas libéré jeudi, la chambre du conseil devra décider vendredi de son maintien en détention.

"Des haricots pour les enfants"

L'enquête aurait démarré à la mi-2014 à la suite de la disparition d'un comptable belge faisant office d'intermédiaire entre Duferco et les autorités congolaises. C'est durant l'enquête que des transferts de fonds suspects ont été mis au jour. Il est reproché à l'ancien vice-ministre-président wallon d'avoir joué un rôle d'intermédiaire entre les autorités congolaises et l'entreprise sidérurgique Duferco. En 2011, une délégation conduite par Serge Kubla s'était rendue en RDC où elle a rencontré le Premier ministre Adolphe Muzito. Celui-ci aurait exigé "des haricots pour les enfants", selon la presse congolaise. Une jolie formule pour désigner une commission indispensable à la signature d'un accord de cession des parts.

Duferco est soupçonné d'avoir "favorisé l'évolution d'investissements importants dans le secteur du jeu et des loteries" par la corruption d'agents publics congolais, selon le parquet. L'entreprise aurait été invitée à refinancer la Sonal (Société nationale de loterie) afin de faire avancer ses intérêts au sein du secteur sidérurgique congolais.

C'est dans ce cadre que serait intervenue la remise de la fameuse somme de 20 000 euros en liquide à l'épouse de l'ex-Premier ministre Adolphe Muzito à Bruxelles entre la fin 2011 et le début 2012. Cette somme n'aurait constitué que l'acompte d'un montant d'environ 500 000 euros destiné à graisser la patte de l'ancien chef de l'exécutif congolais.

En 2012, la Sonal quitte le giron du Premier ministre pour passer sous la tutelle de la ministre du Portefeuille (l'équivalent du ministre du Budget). Les arrangements passés avec l'ancien chef de gouvernement deviennent caducs et les parts de la société para-étatique font l'objet d'un appel d'offres international.

Les ministres MR stupéfaits

Les ministres MR du gouvernement fédéral ont confié leur stupéfaction à la suite de l'arrestation de Serge Kubla. Nul ne disait être au courant des activités que semblait exercer l'ex-ministre wallon pour le compte de Duferco.

"Je suis stupéfait et cet étonnement est partagé par un grand nombre de mes collègues. Nul ne connaissait cette situation présumée", a expliqué le ministre des Indépendants, des PME et de l'Agriculture, Willy Borsus.

Willy Borsus a côtoyé Serge Kubla pendant dix ans au parlement wallon et lui a succédé en 2009 au poste de chef de groupe. Jamais l'ancien ministre ne lui avait fait part de ses activités parallèles. "Nous devons laisser les devoirs judiciaires s'exercer et nous demandons que toute la clarté puisse être faite", a ajouté Willy Borsus.

"Comme dans tout dossier judiciaire, nous devons garder à l'esprit la présomption d'innocence. On ne peut pas condamner un homme avant qu'il soit jugé", a fait remarquer pour sa part la ministre de l’Énergie, Marie-Christine Marghem.

La ministre, par ailleurs avocate, attend de voir l'évolution de l'enquête avant de se prononcer plus avant sur le rôle joué par Serge Kubla dans le dossier qui a mené à son arrestation. "C'est toute une constellation et il est possible que, dans cette constellation, sa notoriété porte un fard un peu grossi", a-t-elle fait remarquer.

Les deux ministres se rangent derrière la communication du président du parti qui a demandé mardi à Serge Kubla de "remettre son mandat de bourgmestre à la disposition du MR" afin de préparer sereinement sa défense. "C'est une décision que l'homme doit prendre en son âme et conscience", a souligné Marie-Christine Marghem.

Marcourt : trop facile de jeter l'opprobre

Le vice-président socialiste du gouvernement wallon Jean-Claude Marcourt, successeur de Serge Kubla il y a onze ans au ministère régional de l’Économie, a souligné la présomption d'innocence dont doit bénéficier l'inculpé.

Peu avant l'ouverture de la séance plénière du parlement wallon, Jean-Claude Marcourt a affirmé qu'il pensait avant tout à Serge Kubla et à sa famille.

Tout en rappelant la présomption d'innocence, il a estimé que quoi qu'il en soit, une action illégitime ne devait pas "jeter l'opprobre sur toute une vie" et a souligné la "carrière estimable" de son prédécesseur.

Pierre-Yves Jeholet "abasourdi"

Le chef de groupe MR au parlement wallon, Pierre-Yves Jeholet, s'est quant à lui inscrit dans la réaction officielle de son parti, se disant "abasourdi". Il a salué le courage d'un parti qui a rapidement demandé à Serge Kubla de "faire un pas de côté".

"Il y a un besoin d'éthique, il faut donc être très clair. Il doit pouvoir se défendre sereinement, le dossier va prendre un certain temps, c'est à lui de savoir" que faire, a-t-il ajouté.

Le président du parlement wallon, André Antoine (cdH), a pour sa part souligné la longue carrière de député wallon de Serge Kubla, "un brillant ministre de l’Économie à côté des entreprises". Il a défendu le droit des politiques de jouer un rôle d'intermédiaire ou de facilitateur pour des entreprises en difficultés. Mais "ici, on semble être dans un tout autre cas de figure, la justice devait avoir des indices sérieux" pour procéder de la sorte, a-t-il ajouté.

Il a également rappelé que chaque mandataire exécutif local et chaque ministre devait, lorsqu'il prend son mandat, rentrer une déclaration de patrimoine sous enveloppe fermée à la Cour des comptes afin que la justice, le cas échéant, puisse vérifier qu'il n'y a pas eu d'enrichissement indu.

RTBF

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