Grèves tournantes: l'action a été suivie, les perturbations restent importantes sur le rail

A une des entrées de Mons, à la chaussée de Maubeuge en face du magasin Aldi, un barrage filtrait les sorties.
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A une des entrées de Mons, à la chaussée de Maubeuge en face du magasin Aldi, un barrage filtrait les sorties. - © Bernard De Wee

Lundi fut la première journée du mouvement de grève tournante. Illustration de la grogne syndicale après les mesures prises par le gouvernement Michel, notamment concernant les pensions. Perturbation dans les transports et piquets de grève devant les entreprises: les syndicats se disent satisfaits de la mobilisation. L'industrie technologique souffrait lundi d'une perte de production importantes, a fait pour sa part savoir la fédération sectorielle Agoria, par voie de communiqué. La circulation des trains reste fortement perturbée lundi après-midi en raison des grèves tournantes.

Après une journée d'actions syndicales, les perturbations restent importantes sur le rail, surtout en Hainaut: aucun train ne circule sur la ligne Bruxelles-Tournai et sur la ligne Bruxelles-Charleroi, à l'exception de quelques-uns qui ne vont pas plus loin que Braine-L'Alleud. Seul un tiers des trains circulent par ailleurs entre Mons et Bruxelles.

L’objectif des actions syndicales est de faire reculer le gouvernement sur les principaux points de l'accord qui fâchent les représentants des travailleurs. Un constat pour toutes: de nombreuses mesures ne passent pas la rampe chez les affiliés. En ligne de mire: le saut d'index, le gel des salaires ou encore la réforme des pensions. La liste n'est pas exhaustive...

Les 3 syndicats, de commun accord, ont donc décidé de démarrer avec une première manifestation nationale le jeudi 6 novembre.Ce sont les grèves tournantes qui succèdent à partir de ce lundi au grand mouvement de novembre. Par provinces (Liège – Luxembourg – Anvers - Limbourg le 24 novembre ; Hainaut – Namur et les deux Flandres le 1er décembre; Bruxelles et les deux Brabant le 8 décembre), elles devraient préfigurer l'apogée de la mobilisation: une journée de grève nationale (qui touchera aussi la SNCB) pour le 15 décembre.

Satisfaction

Pour le front commun syndical FGTB-CSC-CGSLB, le mouvement a été parfaitement suivi dans la région de Charleroi.

Même son de cloche à la CSC bâtiment - industrie & énergie qui qualifie de "réussite" la première action de lundi dans les quatre provinces. Le syndicat chrétien appelle à une "véritable" concertation sociale. Le secteur des transports était largement touché en matinée mais le chaos sur les routes a toutefois été limité aux heures de pointe du matin.

Quatre provinces sont concernées ce lundi par la première journée de grèves tournantes: Anvers, le Limbourg, le Luxembourg et le Hainaut.

Pour le Hainaut, il s'agissait d'une importante journée de grève. Toute la province est à l'arrêt. Aucun transport en commun ne circule et plusieurs centaines de syndicalistes ceinturent l'aéroport carolo.

Plus précisément, aucun train ne circule, aucun bus n'est sorti des dépôts. Les syndicats ont pris le contrôle de la cabine chargée de tout le trafic des trains en Hainaut. Conséquence : aucun train ne circule en Hainaut. Aucun bus n'a pris le départ non plus. Sauf peut-être quelque-uns dans le Tournaisis où ce sont des privés qui sous-traitent pour les TEC. Mais inutile de dire qu'ils seront stoppés au premier barrage.

Dans la province du Luxembourg, 30% du service n'était pas assuré, a précisé Nor Sli du TEC Namur-Luxembourg.

D'autres perturbations en Hainaut, les accès l'aéroport à l'aéroport à nouveau ouverts

200 grévistes ont bloqué les accès de l'aéroport de Charleroi. Les passagers devaient atteindre le hall d'embarquement à pied. Jean-Jacques Cloquet, l'administrateur délégué du BSCA, estimait les perturbations dans les vols entre dix minutes et une demi-heure, en matinée. Les formalités d'enregistrement ont été allégées. Les accès routiers à l'aéroport de Charleroi, qui faisaient l'objet de barrages depuis très tôt ce lundi matin, ont été dégagés vers 15h.

A Tournai, le zoning commercial des Bastions est bloqué. Celui de Froyennes également.

Ne sortez pas vos poubelles aujourd'hui. L'intercommunale Hygea qui gère la collecte des déchets sur Mons, le Borinage et le Centre signale que les collectes en porte-à-porte sont annulées et que les Ecoparcs sont fermés. Dans la région de Charleroi, l'ICDI (Collecte et traitement des immondices) ne travaille pas aujourd'hui et les collectes sont reportées au samedi 29 novembre. Sur la zone Ipalle dans le tournaisis, là, certains parcs à conteneurs seront accessibles.

Pas de courrier non plus. Le centre de tri de Fleurus est bloqué. Il dessert toute la province.

Les administrations sont en grève, les hôpitaux en service minimum. Pour les écoles, c'est au cas par cas. En général, elles ont communiqué avant le week-end aux parents.

Pagaille aux entrées des villes : en cause les barrages filtrants

Les barrages sont, la plupart du temps, aux entrées des grandes villes. A Mons, on ne passe plus nulle part, ni à la chaussée de Maubeuge, ni à Imagix, ni à la porte du parc, ni au carrefour de la violette. St Ghislain est bloquée aussi. On ne rentre plus en ville. Les grévistes bloquent, aussi, certains accès aux autoroutes. Comme l’accès à l’autoroute à partir du R5 à Cuesmes. Tournai n'est pas bloqué. Là, on circule normalement et l'accès à l'autoroute est libre. Il faut préciser aussi que le centre de crise provincial a pour mission de veiller à ce que le trafic reste fluide sur les autoroutes.

A Charleroi, mobilisation sur de nombreux sites. L'accès des centres commerciaux est difficile, Ville2, City Nord, Châtelineau sont bloqués. Les commerces du centre-ville sont, pour la plupart, fermés. On parle d'un taux de 70% de fermeture. Des perturbations également au CPAS, Palais de justice, RTBF, les ronds-points d'accès aux grandes surfaces.

Même situation dans le Centre (Le Roeulx - Binche). A Charleroi, à partir de 7h, la plupart des parkings du centre-ville ont été bloqués par des piquets mais ces derniers ont été levés vers 11h. Des piquets de grève ont également été mis en place devant plusieurs hôtels de ville comme ceux de Charleroi, Gilly, Marcinelle et Monceau-sur-Sambre. Un piquet filtrant se trouve devant l'entrée de l'hôpital civil Marie Curie, à Lodelinsart, sans empêcher le passage, mais pour informer les visiteurs, précise la CGSP. Le site de l'Université du travail est également à l'arrêt.

Gros embarras de circulation également à hauteur du Roeulx. Il faut actuellement patienter plus de deux heures pour accéder à l'E19, de nombreux automobilistes étant actuellement bloqués au rond-point du pont-canal du Roeulx par un barrage filtrant :

Pour les syndicats, la grève est une réussite

Le front commun syndical FGTB-CSC-CGSLB a fait le point en fin de matinée lundi sur la grève dans la région de Charleroi. Pour les trois syndicats, le mouvement a été parfaitement suivi, sans incident. Ils évaluent à 3000 le nombre de participants à ces piquets.

A l'appel de la Centrale générale des services publics (CGSP) du Hainaut occidental, entre 600 et 650 militants et délégués du syndicat, selon la police, ont manifesté lundi en fin de matinée à Tournai. Cela s'est passé dans une ambiance "bon enfant", a précisé le commissaire Jean-Marie Orlandi. A l'issue de la manifestation, le cortège s'est disloqué sur la Grand-Place où une prise de parole était prévue.

Deux incidents en Hainaut, un blessé à Marche

Un automobiliste au volant d'une voiture immatriculée au Luxembourg a foncé dans le piquet de grève établi aux abords de l'aéroport de Charleroi à Heppignies. Le geste du conducteur a causé la blessure d'un manifestant bruxellois touché au tibia et qui a été hospitalisé. L'automobiliste a été arrêté et la voiture a été saisie par la police qui était présente sur place.

Un incident est aussi à déplorer à l'entreprise Semoulin située à Thulin et active dans le secteur de la transformation du papier. Le directeur de l'entreprise a forcé le barrage filtrant et a heurté, au passage, la petite fille d'un militant. Militants et travailleurs sont encore sous le choc.

Un conducteur a également tenté de forcer le barrage dressé par un groupe de syndicalistes FGTB issus des sections de Namur, Liège et Luxembourg à Marche. Un gréviste a été légèrement blessé

La Province de Luxembourg également au ralenti

Le service de transport TEC en province de Luxembourg se partage en 30% public et 70% privé. Comme annoncé par les syndicats en front commun, les 30% publisc des TEC sont totalement paralysés. Par contre, le mouvement a pris nettement plus d'ampleur que prévu du côté du privé. Les syndicats ont bloqué les principaux dépôts des sociétés privées roulant pour le TEC. Le syndicaliste Jean-Luc Oury annonce le chiffre de 85 à 90% des gros dépôts bloqués. Par exemple, à Latour (Virton), 30 véhicules ne sont pas sortis. Le dépôt de Saint-Vincent et, de manière générale, tous les dépôts sur la zone Arlon-Bouillon-Libramont sont aussi bloqués.

D'après Olivier Dulon, secrétaire régional intersectoriel de la CGSP, il y a aussi des perturbations à deux ronds-points, ceux de Marche et Libramont. Des distributions de tracts y sont prévues.

Dès ce matin, les actions touchent tous les secteurs, plusieurs entrées d'entreprises, sont bloquées. En front commun, la CSC Luxembourg et la FGTB Luxembourg ont appelé à une grève large au sein des entreprises, administrations et de l’enseignement de la province. Ce lundi matin, vous n'aurez pas de courrier dans votre boîte-aux-lettres, les camions transportant le courrier ne circulent pas.

Beaucoup d'usines et de zoning sont bloquées par des piquets de grève depuis tôt ce matin, d'autres vont l'être en cours de matinée. Citons, entre autres, Ferrero à Arlon, Burgo à virton, Magolux et Ampacet à Messancy, eurolocks à Bastogne. Les travailleurs débrayeront également dans les grandes chaînes de magasin : Cora , Carrefour , Aldi , Colruydt, Delhaize aux quatre coins de la province. Piquets de grève aussi dans les trois prisons Arlon, Marche et Saint-Hubert.


Les enseignants devraient être nombreux aujourd’hui à ne pas rejoindre leur classe, deux rassemblements de profs sont prévus : l'un à Virton, l'autre à Bastogne.

Ce midi, les travailleurs, les demandeurs d'emploi citoyens et associations sont attendus place Léopold à Arlon pour un grand rassemblement. Les syndicats annoncent un festin populaire qui sera servi aux participants et un bûcher expiatoire sera allumé.

Du côté de la SNCB, ça roule.L'action de grève aura lieu en décembre avec Liège et Namur.

Répercussions à Namur et en Brabant wallon, peu de conséquences en région liégeoise

Ces deux régions ne sont pas concernées directement par la grève mais en cascade oui. Vu que le blocage est complet en gare de Mons et Charleroi, plusieurs trains en provenance de ces 2 gares sont supprimés, tant en direction de Namur que vers Bruxelles. Sur la dorsale wallonne le train qui devait quitter Namur à 6H33 en direction de Liège a été supprimé. Impact direct aussi pour les navetteurs de Nivelles et de Braine l'Alleud sur la ligne Charleroi-Bruxelles. Comme sur les lignes Charleroi-Ottignies et Charleroi-Couvin. Par contre pour les trains qui relie Namur et Bruxelles, via Gemboux et Ottignies, en principe, pas de problème aujourd'hui.

La plupart des bus roulent, mais pas tous. La grève ne touche que les lignes qui relient la province de Namur et la province de Luxembourg. Perturbations annoncées donc sur les trajets Namur-Bastogne, Rochefort-Marche, Beauraing-Wellin et Beauraing-Alle.

En région liégeoise, la SNCB signale que deux accompagnateurs de trains du dépôt de Welkenraedt se sont déclarés en grève ce matin. Elle s'attend à la suppression d'une dizaine de trains dans la région.

Gares de Bruxelles esseulées, les navetteurs ont anticipé leur départ vers Bruxelles

Cette situation se vérifie à Bruxelles où selon la porte-parole d’Infrabel, les trains vers Bruxelles venant du Hainaut, d’Anvers et du Limbourg sont fortement perturbés, voire supprimés pour un bon nombre d’entre eux.

Les premières files importantes ont été remarquées un quart d'heure plus tôt qu'un lundi normal, a indiqué le Centre flamand du trafic. Au nord du pays, Anvers et le Limbourg sont concernés par les grèves lundi alors que le Hainaut et le Luxembourg le sont au sud.

Vers 8 heures, Touring Mobilis recensait environ 270 kilomètres de files sur le réseau routier avec quelques passages difficiles sur le ring ouest entre Lillois et Waterloo en direction de Bruxelles ainsi que sur l'E19 entre Braine-le-Château et Beersel. L'échangeur de Hal était également embouteillé.

Des files étaient aussi observées en Flandre, notamment en raison d'un poids lourd en détresse vers 6h00 sur le ring d'Anvers en direction de Gand. La cargaison de palettes du camion a pris feu ce qui a nécessité la fermeture temporaire de trois bandes de circulation.

Les centres de trafic prévoyaient moins d'encombrements sur les routes pour la fin de journée.

Limbourg et Anvers sur le front de grève

En Flandre, ce sont les provinces d'Anvers et du Limbourg qui font partie de la tournante. Là aussi les grèves risquent de paralyser une bonne partie de l'activité. Les regards se portent notamment sur Anvers.

Dimanche déjà la province avait un goût de grève. Le trafic fluvial s'est mis totalement à l'arrêt. Les pilotes maritimes et côtiers ont cessé le travail dès 17 heures, à Anvers, mais aussi à Gand et Zeebrugge, deux villes théoriquement pas concernées par la grève de ce jour.

A Anvers, le port sera complètement à l'arrêt et plusieurs piquets de grève en bloqueront les accès. Il faut ajouter à cela des piquets intersydincaux. Les autorités craignent des incidents avec les dockers mais rappelons qu'aucune manifestation n'est prévue. Plusieurs zonings commerciaux comme celui de Wommelgem devraient aussi être bloqués.

Dans le Limbourg, le mouvement de grève devrait perturber les transports, mais aussi les écoles, les magasins, les hôpitaux, les maisons de repos et les prisons. Dans la matinée, les syndicats conduiront à Hasselt un cortège funèbre qui se dirigera vers les bureaux régionaux des trois partis flamands au pouvoir, N-VA, CD&V et Open VLD.

Agoria inquiet

Dans le Hainaut, les grandes et moyennes entreprises technologiques sont pratiquement à l'arrêt. Les blocages dans la plupart des zonings industriels font que de nombreuses PME souffrent elles aussi d'une perte de leur production. En province de Luxembourg, seules les grandes entreprises sont impactées.

Dans la province d'Anvers, plusieurs grandes entreprises technologiques sont également à l'arrêt. L'impact s'étend jusqu'à la Linkeroever en Flandre orientale. Dans le Limbourg, à quelques exceptions près, on ne travaille nulle part. Tant à Anvers qu'en Limbourg, les petites entreprises ne semblent pas ou très peu touchées par ces actions, selon Agoria.

Ce sont surtout les grandes entreprises de production orientées vers l'exportation et en concurrence avec l'international qui paient le plus lourd tribut. Après la manifestation du 6 novembre, de nombreuses entreprises vont, pour la deuxième fois, perdre 100% de leur production, avertit Agoria. "Celui qui qualifie cette grève de succès fait preuve d'un certain cynisme", estime son CEO, Marc Lambotte. La fédération rappelle qu'à ses yeux, travailleurs et employeurs "ont besoin les uns des autres pour aborder ensemble le problème de la compétitivité, convaincre de nouveaux clients et créer de nouveaux emplois."


RTBF et Belga

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