RTBFPasser au contenu

Black out? "Il y a un risque de passer à des coupures programmées"

"Il faut manipuler le mot 'black out' avec précautions", précise Yvan Hella. Le "black out", c'est l'arrêt total de la livraison d'énergie. "Ce scénario-catastrophe a été étudié par le Bureau du Plan et cela coûterait 150 millions d'euros à l’heure".

"Deux tiers du parc nucléaire vont être à l’arrêt, ce qui équivaut à 36% de notre production d'énergie", rappelle cependant Yvan Hella. "Et dès qu’on sait qu’il y a des problèmes, il faut programmer des actions pour en tenir compte; c'est-à-dire mettre en ordre le réseau, optimiser les capacités d’importation. A la louche, on a 6000 megawatts, on en perd 4000, on voit donc qu’on est en train de 'rentrer dans l’os'".

"Il peut y avoir des scénarii où on sera amené à programmer des délestages. On arrive effectivement a cette situation", précise-t-il.  Il y a donc un risque de passer à des coupures programmées, mais il faut être organisé, et pourvoir quantifier le risque de manière plus précise qu’aujourd’hui.

Manque de vision et de préparation

Yvan Hella rappelle que ce risque a toujours été latent. Mais les autorités se distinguent par leur manque de préparation, estime-t-il.

"On se rend compte des limites du marché", ajoute le spécialiste. "Electrabel détient des informations sensibles, et par ailleurs elle en va pas communiquer toutes ces infos à ses concurrents (...) Il y a une contradiction entre les besoins de la population et la confidentialité commerciale". Yvan Hella les divers produits énergétiques - nucléaire, éolien, vapeur-gaz - devraient être regardés différemment sur les marchés.

De plus, aujourd'hui, les prix n'incitent pas spécialement à investir, dit-il. A-t-on mal utilisé la rente nucléaire? Si le spécialiste ne va pas jusqu'à l'affirmer, il affirme cependant: "Il n’y a pas de vision énergétique en Belgique et en Europe. On a un problème de vieillissement de parcs avec des 'accidents' entre guillemets, on sait qu’une centrale vieillit, mais on pense qu’on peut la rénover".

Une augmentation certaine

En ce qui concerne les prix, doit-on s'attendre à une augmentation dans les mois qui viennent? Écoutez la réponse d'Yvan Hella interrogé par Arnaud Ruyssen:

Indépendance des experts

Selon lui il faut objectiver: les microfissures constatées dans certaines centrales rendent-elles inutile une rénovation? Ou doit-on faire un changement de cuve? Cela coûte-t-il trop cher? "Il faut qu'à un certain moment les intérêts économiques et de sécurité se rejoignent".

"Il ne faut pas décider qu’on va prolonger le nucléaire si on ne sait pas ce qu’on fait", ajoute-t-il. Et il souligne: "Les gens qui ont l’expertise viennent du secteur et donc ils ne sont pas complètement indépendants. Vous avez une culture qui vous amène à tenir compte de certains éléments, c'est humain".

"Il serait bon d'avoir des regards extérieurs et indépendants qui peuvent être plus critiques", conclut-il.

W. Fayoumi

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK