De Wever: "La N-VA reste disponible pour former un gouvernement"

Bart De Wever déchargé de sa mission d'informateur à sa demande
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Bart De Wever déchargé de sa mission d'informateur à sa demande - © Tous droits réservés

Le président de la N-VA Bart De Wever a affiché mercredi son amertume après que sa note d'informateur a été rejetée par le cdH, entraînant sa démission acceptée par le roi, mais il entend cependant rester disponible pour former un gouvernement fédéral.

"Tout n'est pas terminé. La N-VA est le premier parti du pays. Cela va de pair avec une grande responsabilité", a-t-il indiqué au Parlement, dans une courte déclaration lue en néerlandais et en français.

"La N-VA continuera donc de faire le nécessaire, à savoir former le plus rapidement possible un gouvernement qui assainisse les dépenses, réduise les prélèvements publics, diminue les charges sur le travail, rétablisse la base de notre sécurité sociale, mette sur pied un système judiciaire plus efficace et
mène une politique migratoire juste
", a-t-il ajouté face à la presse, convaincu que son projet "serait largement approuvé s'il était soumis au vote du Parlement".

L'ex-informateur a travaillé durant un mois sur un projet de centre-droit auquel il entendait associer la N-VA, le CD&V, le MR et le cdH. A la lecture de la note balisant le fruit de ses réflexions, le cdH a indiqué mardi que le manque de confiance entre les futurs partenaire l'empêchait d'avancer dans ce projet qualifié de belgosceptique. "La politique est une mauvaise pièce de théâtre, mais qui est heureusement interprétée avec brio (...) C'était le cas hier", a ironisé Bart De Wever, se refusant pour le reste à tout commentaire.

Le président du cdH Benoît Lutgen avec choisi mardi les studios des journaux télévisés pour faire connaître le refus de son parti de s'engager sur la base proposée par l'informateur. "Les événements de 2010 nous ont appris que ce n'est certainement pas en faisant des déclarations à tort et à travers que l'on peut former un gouvernement. Je ne répondrai donc pas aux diverses réactions ni aux analyses journalistiques. C'est pourquoi je ne donnerai pas d'interviews et ne me rendrai pas dans les studios de télévision", a commenté le président des nationalistes flamands.

Le "non" du cdH

Mardi soir, le président de la N-VA pensait pourtant avoir réussi son pari d'un gouvernement de centre-droit avec l'accord donné par le CD&V et le MR sur sa note. Mais le cdH est venu lui dire "non", de quoi compliquer solidement la suite des opérations.

Or, à les entendre sur les plateaux de télévision hier soir, les présidents du MR et du cdH n'avaient pas lu la même note. Charles Michel désignant le texte reçu de "base acceptable", avec de larges parts du programme du MR concernant la fiscalité, le pouvoir d'achat, du socio-économique et rien de communautaire. Benoît Lutgen dénonçait quant à lui entre autres les doutes non levés, le manque de confiance, les menaces sur la sécurité sociale, l'indexation des salaires, les soins de santé, ou le modèle fédéral.

Résultat: le MR accusait le cdH de compliquer la suite des discussions, le cdH accusant le MR d'appuyer des nationalistes "eurosceptiques et belgosceptiques". Au-delà du rejet de la note de Bart De Wever, c'est l'idée même de gouverner avec la N-VA que Benoît Lutgen avait rejetée hier.

Et ce mercredi matin sur Matin Première, le président du cdH était plus catégorique encore: son parti ne montera pas dans la coalition de centre-droit telle qu'elle est envisagée à l'heure actuelle, la confiance avec les partenaires, y compris avec le MR, semble rompue.

Des concessions insuffisantes ?

Pourtant l'informateur n'avait pas été avare de concessions. Sur le communautaire, mais aussi dans le domaine socio-économique où il se disait prêt à renoncer à quelques éléments-phares de son programme, par exemple en matière d'indexation automatique des salaires ou de limitation dans le temps des allocations de chômage.

Sans doute sa note était-elle d'ailleurs plus difficile à faire digérer à son propre parti qu'à ses partenaires potentiels. Ce n'est cependant pas là qu'il a échoué, mais bien sur la confiance minimale qu'il aurait dû créer pour lancer des négociations.

Une toute petite porte de sortie était encore évoquée : une coalition avec le seul MR du côté francophone et qui embarquerait l'Open VLD. Un scénario que certains qualifient de kamikaze pour les libéraux francophones et auquel ne croirait guère la N-VA elle-même, ni le CD&V, puisque tous deux ont jusqu'ici écarté l'hypothèse de s'ouvrir aux libéraux flamands.

Déchargé de sa mission

Mais ce mercredi en début d'après-midi, c'est bien l'abandon de sa mission d'informateur qu'a demandé Bart De Wever au roi Philippe, un mois après les élections. Cette décharge a été acceptée par le souverain, qui entamera de nouvelles consultations ce mercredi après-midi, à partir de 14h30.

"Le roi a reçu en audience ce matin au Palais de Bruxelles M. Bart De Wever, informateur, qui lui a remis son rapport final, et l'a déchargé de sa mission", a indiqué le Palais royal.

Geert Bourgeois (N-VA) se sent trompé par le cdH

Le chef de file de la N-VA Geert Bourgeois a dit mercredi se sentir trompé par le cdH qui a rejeté la veille la note de l'informateur royal et président de son parti, Bart De Wever.

"Tenir quelqu'un en suspens pendant trois semaines pour finir par le qualifier de loup déguisé en agneau...", a commenté Geert Bourgeois dans les couloirs du parlement flamand.

"Quand on a un problème aussi fondamental avec un parti, on le dit tout de suite, au lieu de tenir les gens en suspens pendant trois, quatre semaines. Venant de quelqu'un qui se dit humaniste! ", a-t-il ajouté.

Geert Bourgeois refuse de spéculer sur l'avenir, renvoyant au "souverain".

L'échec de Bart De Wever au fédéral dans une formule associant son parti au CD&V, au MR et au cdH ne devrait pas avoir de conséquence sur la formation du gouvernement flamand, où la N-VA négocie avec le CD&V. Ces négociations se poursuivent essentiellement en groupes de travail thématiques, avant un retour à la table centrale de négociation la semaine prochaine, selon Geert Bourgeois.

Echaudé par l'ambiguïté de l'informateur, le cdH exclut tout revirement

Le cdH exclut toute possibilité d'intégrer une coalition fédérale avec la N-VA, le CD&V et le MR, ressort-il des informations glanées auprès de chefs de file de la formation centriste, après la déclaration de Bart De Wever.

En ce qui concerne le cdH, l'ambiguïté avec laquelle l'informateur a distillé sa note au compte-goutte mardi a annihilé toute confiance. "Il n'y aura pas de revirement, c'est clair à 100%, c'est irréversible", a répété un cacique.

A la rue des deux Eglises, on est particulièrement remonté contre la façon dont l'informateur Bart De Wever a communiqué mardi, donnant le sentiment que la note serait suffisamment vague pour pouvoir être acceptée par les partenaires. "Bart De Wever savait ce qu'il faisait, lui qui est habituellement très clair et très direct dans sa communication", fait observer un élu.

Pas assez de garanties

Au contraire de ce qui a été communiqué, le document est plus fouillé qu'annoncé et le cdH n'y a pas retrouvé bon nombre de garanties exigées pour poursuivre la discussion. Il y a également découvert nombre d'éléments imbuvables. "Commencer une négociation dans un tel climat, avec des fuites, sans confiance, est impossible", souligne un ténor du parti.

Au cdH, on répète que la note De Wever annonce l'ambition d'avancer vers le "confédéralisme larvé". Sur le plan socio-économique, elle touche, et pas un peu, au pouvoir d'achat des travailleurs, dénonce-t-on.

Modération salariale, indexation, ...

Dans la note, il est prévu de s'attaquer au plus vite durant la législature aux 4% de "handicap salarial" encourus depuis 1996, via les mesures déjà prises dans le pacte de compétitivité mais également via d'autres comme "par exemple" la "modération salariale". Mais en plus de cela, la note appelle à une réforme du mécanisme d'indexation, "par exemple via des mesures qui s'inscrivent dans la logique des réformes réalisées ces dernières années". Par ailleurs, la note rappelle les recommandations européennes appelant à réviser la formation des salaires, en ce compris l'indexation automatique, au profit de négociations paritaires par secteur et/ou entreprises. La note appelle d'ailleurs à revoir la loi de 1996 sur la formation des salaires. Au cdH, on estime que fort de ce qui est annoncé, l'effort sur le pouvoir d'achat atteindrait au total 8%.

En ce qui concerne la Sécurité sociale, les spécialistes du parti centriste observent que la note prévoit de lier la croissance des dépenses en soins de santé au taux de croissance économique. "Actuellement, la croissance réelle des soins de santé gravite autour des 3%. On passerait à 0,5%, il faudrait débrancher quelques lits dans les hôpitaux", s'inquiète un responsable.

Parmi les garanties que le cdH avait demandées dans la note, celle visant à ne pas toucher à l'âge de la pension n'a pas été retenue. Faisant écho aux recommandations européennes, la note mentionne au contraire une adaptation de l'âge légal de la pension. La garantie de ne pas oeuvrer à une limitation dans le temps des allocations de chômage n'a pas non plus été retenue.

Le volet institutionnel inquiète le cdH

Enfin, "last but not least", le passage institutionnel de la note a également inquiété les centristes. On y présente l'autorité fédérale comme étant "au service du citoyen et des entités fédérées", ce qui chez les démocrates-humanistes s'interprète comme la volonté d'avancer vers le confédéralisme.

La rue des deux Eglises ne retrouve pas non plus son exigence de voir la loyauté fédérale s'exprimer pleinement. La note prévoit que "la recherche d'une coalition gouvernementale pouvant bénéficier d'une majorité parlementaire spéciale en vue de réaliser des réformes institutionnelles n'est pas à l'ordre du jour". Mais, "était-il tellement compliqué d'inscrire qu'il n'y aurait ni réforme institutionnelle ni débat communautaire pendant les cinq prochaines années de législatures", réagit-on. "De la même façon, on ne trouve pas de trace de l'exécution de la réforme de l'Etat, notamment la mise en place de communauté métropolitaine, l'affectation des magistrats complémentaires à Bruxelles..."

Donc ce sera "non", insiste-t-on. "Studio télé ou pas, la réponse était claire dans le communiqué de mardi", précise-t-on après la communication de Bart De Wever qui a ironisé sur le grand théâtre politique et les réactions dans les médias qui nuisent au travail de formation des gouvernements.

D'autres formules de coalition devront donc être examinées. Le Roi recevra en audience, à partir de jeudi, les présidents de parti, y compris ceux (PS, sp.a, Open Vld) qui n'étaient pas concernés par la coalition testée par Bart De Wever. Les consultations se poursuivront vendredi.

RTBF avec Belga

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