Musée juif: "Encore plus inquiétant si ce sont des loups solitaires"

Musée juif: "Encore plus inquiétant si ce sont des loups solitaires"
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Musée juif: "Encore plus inquiétant si ce sont des loups solitaires" - © Tous droits réservés

Au fil des heures, les hommes politiques réagissent à l'annonce de l'arrestation d'un individu à Marseille. C'est le cas du président français François Hollande qui a affirmé dimanche que le suspect de la fusillade au Musée juif de Bruxelles avait été arrêté "dès qu'il a mis le premier pied en France". Sur les ondes de France Inter, le Grand rabbin de Bruxelles, Albert Guigui, a, lui, déclaré à propos de la tuerie de Bruxelles: "Si ce sont des loups solitaires, c’est encore plus inquiétant".

"Nous les combattrons, nous les combattrons, nous les combattrons", a dit le chef de l'Etat français, en marge d'un déplacement à Trévières dans le Calvados, au sujet des jihadistes qui rentrent en Europe après avoir combattu en Syrie."Tout le gouvernement est mobilisé pour suivre les jihadistes et éviter qu'ils puissent nuire", "notamment lorsqu'ils reviennent en France ou en Europe", a-t-il affirmé, "c'est une lutte de tous les instants". Selon François Hollande, "c'est le sens" du plan d'action gouvernemental présenté en avril pour lutter contre ces filières jihadistes, qui va "être amplifié dans les prochains mois".

Elio Di Rupo appelle "à un renforcement des dispositifs de suivi, de contrôle et de sanction des mouvements radicaux violents"

"Le Premier Ministre Elio Di Rupo se réjouit de l’avancée dans l’enquête sur la fusillade du Musée Juif de Belgique", ont fait savoir les services du Premier ministre par voie de communiqué.

"Elio Di Rupo s’est entretenu avec le Président français François Hollande. Il a souligné l’excellente collaboration entre les Justices et polices belges et françaises", explique encore le communiqué, publié en ligne.

"Afin d’éviter que de telles tragédies se reproduisent, le Premier Ministre appelle à un renforcement des dispositifs de suivi, de contrôle et de sanction des mouvements radicaux violents, en Belgique mais également sur l’ensemble du territoire européen. Il demande par ailleurs une intensification de la collaboration entre les différents Etats Membres concernant les personnes qui partent combattre en Syrie et retournent ensuite dans leur pays", lit-on sur le site du 16 rue de la Loi.

"Ces Européens qui se rendent en Syrie et reviennent sont tous des terroristes potentiels"

Albert Guigui, Grand Rabbin de Bruxelles, s’est dit, au micro de France Info, inquiet du profil du suspect qui serait un djihadiste isolé selon les premiers éléments communiqués par le parquet. "Tout le monde est conscient que tous ces Français, ces Belges, ces Européens qui se rendent en Syrie et qui reviennent sont tous des terroristes potentiels", a-t-il réagi. "Et si ce sont des loups solitaires c’est encore plus inquiétant parce qu’ils peuvent surgir de n’importe où et n’importe quand", a-t-il poursuivi.

Maurice Sosnowski met en garde: "La liberté d'expression n'est pas la liberté de haïr"

Pour le président du Comité de coordination des Organisations juives de Belgique, Maurice Sosnowski, la société a néanmoins pris conscience du danger que constitue encore aujourd'hui l'antisémitisme.

"Je crois qu’il y a enfin une véritable conscience sur le fait qu’il faut agir, parce que l’antisémitisme ne s’est pas arrêté en 1945, a-t-il déclaré. Aujourd’hui, l’antisémitisme est présent et ce, dans différentes franges. Il y a notamment l’extrême droite : nous sommes tous éberlués par le succès des partis de droite aux dernières élections. Il y a des partis qui se disent ouvertement antisémites, que ce soit en Grèce, en Hongrie, etc. Tout cela existe évidemment."

"Et l’antisémitisme est banalisé. C’est le problème aujourd’hui. Aujourd'hui, avec Internet, on banalise les mots. Et, entre les mots et les actes, la distance est très faible. Prenons ce qui s’est passé au Rwanda : vous savez bien que l’appel des Mille Collines a été suivi par un génocide. C’est exactement la même chose. Il y a des mots. Puis il y a des actes. Et nous devons faire attention aux mots. Comme je le dis toujours, la liberté d’expression, ce n’est pas la liberté de haïr. Pourtant, quand on voit ce qu’il se passe sur la Toile, que ce soit au sujet des homosexuels, des Roms, des noirs, des Juifs... – et les Juifs sont malheureusement en tête de liste – on observe une liberté de haïr et, je le répète, ce n’est pas cela la liberté d’expression."

Le précédent Mohamed Merah

Le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), Roger Cukierman a, lui aussi, dit son "immense soulagement" et sa reconnaissance aux autorités "qui ont agi avec diligence et efficacité". Comme de nombreuses personnalités françaises, Roger Cukierman a cité avec inquiétude le précédent Mohamed Merah, qui avait tué sept personnes à Toulouse et à Montauban en 2012. "Ces jeunes qui s’engagent en Syrie au djihad reviennent vers nous en France et deviennent des bombes à retardement" a-t-il encore déclaré sur les ondes françaises.

Annemie Turtelboom remercie et félicite les services de sécurité belges

La ministre de la Justice Annemie Turtelboom a remercié et félicité dimanche l'ensemble des services de police et de sécurité pour leur action dans l'affaire de la fusillade au Musée juif à Bruxelles. "Une semaine après les événements dramatiques, nous pouvons probablement parler d'une importante percée dans l'enquête devant mener au coupable de la fusillade au Musée juif à Bruxelles", a indiqué la ministre sortante dans un communiqué.

Mme Turtelboom a évoqué dimanche le travail d'enquête intensif accompli depuis une semaine par une centaine d'agents de police en collaboration avec l'Organe de coordination pour l'analyse de la menace (OCAM) et la Sûreté de l'Etat. Les services policiers étrangers ont également été impliqués avec le résultat que l'on connaît.

Annemie Turtelboom a par ailleurs annoncé que la problématique des combattants syriens serait à nouveau abordée jeudi lors du conseil des ministres européens de l'Intérieur et de la Justice.

Y. Mayeur déplore le manque de communication du ministre de la Justice

Le bourgmestre de la Ville de Bruxelles Yvan Mayeur a déploré dimanche le flou qui entoure, l'encadrement des "retours de Syrie" de jeunes gens partis combattre aux côtés de jihadistes. Les bourgmestres, en particulier les Bruxellois, "ne sont pas informés de grand-chose" après le screening auquel on procède au moment du retour de ces jeunes gens dans les quartiers notamment de la capitale, alors que "des gens savent sans doute à un certain niveau".

Yvan Mayeur n'a pas masqué son inquiétude selon lui alimentée par le constat que le chef de sa zone de police locale n'est pas plus informé que lui. "Nous avons déjà eu deux réunions chez la ministre de l'Intérieur (ndlr: Joëlle Milquet) à propos de ce dossier. Mais on ne sait toujours rien, sauf que des jeunes gens de nos quartiers sont partis et quand certains d'entre eux reviennent. On nous assure qu'il y a un suivi après le 'screening', dans les cas où il y a déjà un dossier judiciaire, ce qui veut dire a contrario qu'il n'y en a pas, dans les autres cas", a expliqué Yvan Mayeur, interrogé par l'agence Belga. Pour le bourgmestre de la Ville de Bruxelles, il faut au minimum un accompagnement psychologique et social lors du retour de zones du globe telles que la Syrie. Il faut en tout cas un lieu de discussion pour répondre à une série de vraies questions sur ce qui est réellement fait et sur ce qu'il faut faire, a-t-il encore dit en substance.

JCV avec agences

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