Ukraine: nos reportages au cœur des affrontements sur la place Maïdan

Les leaders de l'opposition l'ont signé mais les manifestants réunis au centre de Kiev ne l'approuvent pas : l'accord signé hier paraît très fragile. Il prévoit une élection présidentielle anticipée au plus tard en décembre, la formation d'un gouvernement de coalition et un retour à la constitution de 2004. Le parlement ukrainien a aussi voté une loi qui permet, théoriquement, la libération de l'ex-première ministre Ioulia Timochenko en prison depuis 30 mois.

Malgré ces gestes, les 40 000 opposants réunis place de l'indépendence restent sceptiques. Nos envoyés spéciaux Julien Bader et Daniel Fontaine ont rencontré à "Maïdan" un militant de 22 ans, Jenia. il porte un grand pansement sur l'œil, la séquelle d'une bataille avec la police anti-émeute, et il n'est pas prêt à renoncer à son combat. Ecoutez-le ci-dessous.

Un monastère pour hôpital de campagne

Malgré l'accord, la mobilisation des contestataires reste intacte. Ils ont mis sur pied une organisation étonnante, et bénéficient d'un large mouvement de solidarité. Nos envoyés spéciaux se sont rendus dans un monastère transformé en hôpital de campagne. Des tables d'opérations sont installées sous les icones. Le Dr Taras Samoustchak nous explique pourquoi il s'est installé ici :

 

Des tirs près de l’hôtel Ukraïna

Jeudi matin alors que les affrontements sont les plus violents, des opposants réussissent à chasser les policiers d’une partie de la place occupée la veille. Mais les forces de l’ordre répliquent à balles réelles et l’on craint les snipers. Chacun peut entendre les tirs et le hall de l’hôtel Ukraïna, où se trouvent plusieurs journalistes. L'endroit se transforme très vite en hôpital, puis en morgue. Un chaos qui se poursuivra toute la journée de jeudi.

Une maman sur les barricades

Pendant que des négociations marathon se poursuivent à Kiev, après une journée très meurtrière, les opposants ont repris le contrôle complet de la place de l'Indépendance et se préparent à toute éventualité. Chacun contribue comme il le peut. Tandis que certains soignent les blessés, d'autres construisent des barricades. Et certaines apportent de la nourriture.

Comme cette maman qui présentait quelques tartines sur un plateau. Daniel Fontaine l’a interrogée lors des combats particulièrement sanglants de jeudi. Une femme qui dit comprendre que son fils participe également aux affrontements : "Il est impossible de rester chez soi quand on voit tout cela. J’étais là durant la nuit la plus sanglante, j’ai vu des personnes mourir en face de moi"

Et quand est venu le soir, jeudi sur la Place de l'indépendance, l'heure était au recueillement. Les manifestants ont organisé une veillée pour rendre hommage à leurs camarades tués

Au lendemain de la journée la plus violente

Ce vendredi matin, l’organisation des opposants est impressionnante. Quelques heures après avoir chèrement reconquis toute la place de l'Indépendance, ils avaient reconstruit des barricades plus grandes et plus solides. Cet accès à Maïdan est un endroit extrêmement sensible comme l'explique un militant occupé à arracher des pavés: "Oui je pense que cette barricade est un objet stratégique. Derrière cette première barricade, il y en a une autre et après encore une autre. Nos gens sont notre arme principale. On espère qu'ils resteront en vie et en bonne santé."

Des pneus contre les snipers

Et derrière le mur de pavés, des centaines de vieux pneus empilés. "Les pneus, un ustensile précieux pour les manifestants. Un pneu brûle pendant 1/2h à peu près. C'est très pratique dans les conditions d'affrontements dans la ville parce que ça brûle longtemps, ça donne beaucoup de fumée, de la fumée noire qui nous permet de se cacher derrière pour se défendre contre les policiers qui ne sont pas gentils avec nous. "

Les nombreux morts tombés hier n'ont pas affecté la volonté des opposants qui veulent plus que jamais du changement à la tête de l'Ukraine

Et sur la place, toujours des milliers de personnes. Des discours, et une minute de silence en mémoire des personnes qui sont mortes jeudi. Les plus combatifs des opposants sont sur la barricade reconstituée jeudi dans le haut de la place. La nuit a été ponctuée de quelques tirs, sans doute préventifs. Les opposants au régime ont aussi allumé une véritable barrière de pneus qui provoque un écran de fumée noire et c'est une façon pour eux de se protéger d'éventuels snipers.

 

Renforcement des barricades

Les opposants veulent aussi protéger une rue stratégique en pente donnant droit sur la place de l’indépendance. Cette place qui est leur bastion depuis trois mois. Une position qu’ils ont reprise jeudi matin au prix de nombreux morts. Un élu local explique qu’ils ont repoussé l’attaque policière est reconstruit la barricade. Il évoque le problème des snipers. Pour lui, la barricade est quelque chose de symbolique car il est conscient du rapport de force, mais il se dit décidé à tenir coûte que coûte.

Et sur la place de l'indépendance ce vendredi matin, c'est le scepticisme qui domine face à l’annonce de la présidence ukrainienne. Les manifestants n'entendent pas bouger. Ils restent mobilisés. Pour eux, après le bain de sang d'hier, le président Ianoukovitch ne peut plus être un interlocuteur.

 

RTBF

 

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