Le Belge Herman Van Rompuy premier président de l'UE

Catherine AshtonL'Union européenne a désigné jeudi le Belge Herman Van Rompuy pour devenir son premier président, et la Britannique pour diriger sa diplomatie, un tandem peu connu qui n'aura pas la tâche facile pour faire mieux entendre la voix de l'Europe dans le monde.

Annoncé comme difficile en raison de divisions apparues ces derniers jours entre pays européens, le choix a été finalement plus facile que prévu.

M. Van Rompuy, qui partait favori grâce au soutien de la France et de l'Allemagne, a suscité rapidement un consensus des chefs de gouvernement de l'UE réunis à Bruxelles.

"Il fera un excellent président", a assuré le Premier ministre suédois Fredrik Reinfeldt.

"J'ai toujours pensé qu'il fallait un président fort", a pour sa part déclaré le président français Nicolas Sarkozy, soulignant que "d'autres solutions" avaient été envisagées, "notamment celle de Tony Blair".

"Mais je suis persuadé que Herman Van Rompuy pourra négocier, portera fièrement le drapeau de l'Europe", a-t-il ajouté, "ce n'est pas du tout un choix par défaut".

L'objectif initial du traité de Lisbonne, qui créé la fonction de président du Conseil européen, était via ce poste de permettre à l'Europe de mieux faire entendre sa voir sur la scène internationale, face aux Etats-Unis et aux puissances émergentes.

Mais en choisissant deux personnalités peu connues, y compris en Europe même, les dirigeants européens semblent avoir clairement revu en baisse leurs ambitions.

M. Van Rompuy, 62 ans, avec sa présidence stable pour un mandat de deux ans et demi renouvelable une fois, va remplacer le système actuel de présidence tournante tous les six mois, qui donnait le tournis à tout le monde.

Ce chrétien-démocrate flamand, dirige le gouvernement belge depuis un peu plus d'un an. Il s'est fait une réputation dans son pays par sa capacité à nouer des compromis entre les différentes communautés linguistiques.

Mais ses opinions sur les questions européennes sont encore peu connues.

Dans sa première déclaration jeudi soir, il a certes affirmé que l'Europe devait jouer "un rôle important" dans le monde, mais a dressé un profil de sa fonction très modeste. Il a indiqué vouloir rester "discret", et se concentrer sur un rôle de facilitateur de compromis entre pays.

M. Van Rompuy passe pour être plutôt un fédéraliste européen. Il a évoqué la semaine dernière l'idée d'un impôt vert européen, pour alimenter le budget de l'UE, s'attirant immédiatement les foudres de la presse eurosceptique britannique.

Le choix de Catherine Ashton a en revanche surpris car elle est une novice en diplomatie. A 53 ans, elle occupe aujourd'hui le poste de commissaire européenne britannique, chargée des dossiers commerciaux.

La délégation italienne ne cachait pas en privé sa déception, son candidat, l'ancien Premier ministre Massimo D'Alema, ayant été finalement recalé.

Mme Ashton semble avoir bénéficié de deux facteurs: la volonté de nommer un sujet de sa Majesté britannique, pour envoyer un "signal" positif au Royaume-Uni alors qu'un retour au pouvoir des conservateurs britanniques eurosceptiques se profile au printemps 2010.

Elle a aussi été portée par la volonté de nombreux pays de nommer une femme.

Le choix de ces deux responsables n'a toutefois pas été du goût de tous. "Les Britanniques voulaient tuer le poste (de Haut représentant) ils ont réussi" en y faisant désigner une personnalité sans grande expérience, a critiqué un diplomate d'un grand pays européen.

"On va perdre cinq ans" pour mettre en place une diplomatie européenne ambitieuse, a-t-il ajouté.

Plusieurs diplomates estimaient que les grands pays de l'UE, France, Allemagne, Grande-Bretagne en particulier, allaient ainsi garder largement le contrôle des affaires de l'Europe.


AFP

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