"Zoomania", le coup de cœur de Gorian Delpâture

Abby Geni est une jeune autrice américaine basée à Chicago. "Zoomania", "The Wildlands" en VO est son deuxième roman. Il est paru en 2018 aux USA et il est récemment sorti en français.

Abby Geni s’intéresse beaucoup aux rapports entre les hommes et les animaux. Son premier roman paru en 2016, "Farallon Islands", était un huis clos oppressant sur des îles sauvages au large de San Francisco où l’héroïne, la photographe Miranda, se retrouvait avec six scientifiques venus observer les animaux. Des scientifiques pas forcément sympathiques. Elle a publié également un recueil de nouvelles en 2013 : "The Last Animal". On pouvait y lire des histoires de liens entre les hommes et les animaux qui servaient de métaphores aux problèmes dans la vie de tous les jours des personnages. Ce recueil n’est pas encore traduit, malheureusement.

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Mais vous aurez compris l’idée générale : Abby Geni aime parler des animaux et des liens entre l’homme et la nature. C’est évidemment encore le cas avec "Zoomania". Bon, je reviendrai plus loin sur le titre français et sur la couverture du livre où on voit une girafe au milieu d’une file de taxi. Il y a des choses à dire.

Le roman se déroule dans la petite ville de Mercy en Oklahoma où l’air est sec comme de l’os. La narratrice est une petite fille de 6 ans, Cora McCloud, qui vit dans une maison remplie d’animaux – chevaux, vaches, chèvre - avec son père, ses deux sœurs et son frère. Le prologue du roman est une scène de cauchemar. Le ciel est devenu vert, les sirènes d’alerte viennent de retentir : c’est une alerte aux tornades. Mercy est sur le passage de l’allée des tornades au cœur des Etats-Unis. Toute la famille se réfugie dans l’abri anti-tornade au sous-sol. Sauf le père qui est sorti s’occuper des animaux. C’est le drame. La tornade est une tornade de Type 5 avec des rafales de vent qui atteignent les 510 km/h. Elle ravage tout sur son passage et fait 12 morts dans la petite ville de Mercy. Dont le père de Cora dont on ne retrouvera jamais le corps. C’est le premier souvenir de la petite Cora. Ce jour de tornade meurtrier.

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On retrouve Cora et ses deux sœurs trois ans plus tard. Elles vivent dans une caravane au numéro 43 du parc à caravanes "Shady Acres", les "Arpents ombragés". Une caravane de moins de 30m2. C’est tout ce qu’elles ont pu s’offrir après la mort de leur père et la destruction de leur maison par la tornade. Depuis, on les considère comme "la famille la plus triste de Mercy". Darlene, la grande sœur, devait aller à l’université avant la catastrophe. Elle a dû renoncer à ses études pour travailler et s’occuper de ses sœurs et de son frère. Mais son frère a quitté la famille après la catastrophe suite à une dispute avec Darlene. Il n’a plus donné de signe de vie depuis longtemps. Mais, trois ans après la tornade, presque jour pour jour, un attentat éco-terroriste a lieu dans l’usine de cosmétique de Mercy. Quelqu’un a fait exploser une bombe artisanale et a libéré tous les animaux utilisés dans les laboratoires de l’usine pour tester les maquillages.

Cet attentat va entraîner la disparition de la petite Cora qu’on va suivre une moitié du roman, un chapitre sur deux. L’autre moitié, c’est l’histoire de la grande sœur Darlene, qui essaie de retrouver sa petite sœur.

Et c’est parti pour un roman époustouflant, un grand huit littéraire qui tient à la fois du roman social – comment une famille peut s’en sortir dans un pays où les assurances et la sécurité sociale sont aussi rares que les tweets intelligents de Donald Trump – un roman de voyage – on traverse les Etats-Unis de l’Oklahoma à la Californie dans des décors fabuleux – et aussi un roman policier puisqu’on suit l’enquête sur la disparition de Cora.

Vous allez me dire, ça manque d’animaux tout ça, alors que j’écrivais au début de ce texte que tous les livres d’Abby Geni jusqu’ici parlent des liens entre les hommes et la nature. Eh bien, la nature est au cœur de ce roman. Il y a les animaux de la maison familiale de Cora, ceux qui sont libérés dans la nature après l’attentat dans l’usine cosmétique de Mercy. Et puis, on s’intéresse beaucoup à l’éco-terrorisme. Ces gens qui sont prêts à tout pour libérer les animaux, quitte à verser le sang des hommes. C’est une vision passionnante que nous propose Abby, sans être moralisatrice pour un sou. L’homme a transformé la nature, il a domestiqué les animaux, les a soumis à l’esclavage mais l’homme lui-même est un événement naturel, comme une tornade. Que peut-on faire ? Si on est un adulte ? Et si on est un enfant ? Abby Geni pose plein de questions passionnantes en nous proposant aussi un superbe roman d’aventures.

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Là où moi je me pose des questions, c’est sur le titre français " Zoomania ", loin des " Terres sauvages " du titre original. On parle bien de zoochose dans le roman, la "psychose" des animaux enfermés dans les zoos mais pas de "zoomania".

Mais le pire, c’est la photo de couverture où on voit une girafe au milieu de la circulation. Bon, il y a bien une scène dans le roman qui évoque cette photo mais on voit clairement que ce cliché montre une scène asiatique. Taxis asiatiques, piétons asiatiques, pancartes asiatiques alors que le roman ne quitte pas le sol américain. C’est curieux. Je suis allé vérifier, ce n’est pas du tout la couverture originale qui montrait, elle, un dessin de fourrure de girafe.

Bon, mauvais points pour le titre français et pour la photo de couverture mais très bons points pour le deuxième roman de l’américaine Abby Geni. " Zoomania ", traduit par Céline Leroy, c’est chez Actes Sud.

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