Une sélection littéraire pour bien démarrer l’année !

Pour cette première émission de 2021, Sous Couverture accueille sur son fauteuil Emilie de Turckheim et Xavier Deutsch. Un nouveau chapitre plein de recommandations de lecture soigneusement sélectionnées, comme toujours !

Emilie de TURCKHEIM pour "Lunch-box", éd. Gallimard, 2021

Dans son dernier roman, Emilie de Turckheim convoque un souvenir vieux de 33 ans et le transforme en fiction : l’accident qui a valu à une petite fille de son école d’être mortellement écrasée. Le livre installe d’abord les personnages dont ce dramatique accident va changer la vie à jamais. Français expatriés dans une banlieue imaginaire de Long Island, les protagonistes sont liés par leurs enfants, qui fréquentent tous le même établissement scolaire. Chacun sera impacté différemment. Avec beaucoup d’empathie et sans les juger, Emilie de Turckheim s’intéresse aussi bien aux parents de la petite victime qu’à la responsable de l’accident, une modeste professeure de piano. En passant, la romancière égrène tous les "et si" qui se posent inévitablement dans ce genre d’événement.

Xavier DEUTSCH, avec "La déclaration du juste", éd. Sablon, 2021

Une fable visionnaire et optimiste, un livre indispensable !

Et si le monde de demain ne devait pas être aussi noir que nous le proposent les oracles de tout bord ? Dans un roman d’anticipation optimiste et intimiste, Xavier Deutsch imagine le monde d’après. Après les guerres, les divisions, l’hégémonie des marques et des multinationales. On y suit sur les routes escarpées d’Espagne un homme d’âge mûr chargé de convoyer un adolescent jusqu’à un monastère éloigné. Road-trip philosophique plein d’humour et de poésie, le livre s’achève avec une très belle réflexion sur les secrets qu’il vaut mieux taire à jamais. Assurément l’un des plus beaux romans de cet écrivain belge prolifique.

La chronique de Gorian DELPÂTURE : "La boîte en os", d’Antoinette PESKÉ – Ed. Libretto, 2013

Un roman étonnant, une sidérante histoire d’amour fou

En écrivant ses premiers poèmes à l’âge de 8 ans, Antoinette Peské (1902-1985) sera remarquée par Guillaume Apollinaire, un ami de son père. La Boîte en os a été édité en 1941. À sa lecture, Jean Cocteau dira que c’est "Un livre qui ne ressemble à aucun autre", considérant ce bref roman, inclassable, comme l’une des productions les plus inouïes du XXe siècle.

L’intrigue de La Boîte en os se déroule au XIXe siècle, en Écosse, propice à une atmosphère surnaturelle, aux revenants, aux bois ensorcelés où se dresse Morton Castle. Là, après avoir été interné, John Mac Corjeag est rejoint pas son ami Norbert. Il va lui raconter ses mésaventures et les raisons pour lesquelles il a sombré, passagèrement, dans la folie… Son amour pour Margaret O’Don n’y est pas innocent. Poétique tout autant que sombre, La Boîte en os est une pure merveille.

La chronique de Marie VANCUTSEM : "Une chambre à soi", de Virginia WOOLF, éd. Poche, 2020.

Un texte féministe intemporel et nécessaire

En 1928, à l’université de Cambridge, Virginia Woolf donna une série de conférences ayant pour thème la fiction et les femmes. C’est de ces causeries qu’est tiré cet essai magistral, édité en 1929, A Room of One’s Own, Une chambre à soi.

"Une femme, pour être en mesure d’écrire, doit avoir de l’argent et une chambre à elle ; et cela, comme vous allez le voir, ne résout en rien le grand problème de ce qu’est la vraie nature de la femme et la vraie nature de la littérature."

L’ouvrage interroge toutes les constructions historiques, économiques et sociales qui, au fil des siècles, ont empêché les femmes d’écrire, de penser et de créer avec la même liberté que les hommes. Des hommes qui, certainement, préféraient garder les femmes dans des tâches subalternes afin d’éviter de se mettre en danger dans leurs certitudes ? Une chambre à soi est un intemporel chef-d’œuvre de la littérature féministe. Virginia Woolf y a un regard volontairement impertinent et résolument moderne, menant une réflexion remarquable sur "les femmes et la littérature".

La chronique de Lucile POULAIN : "Indisciplinés", d’Enora SELVAIS, éd Le Lys Bleu, 2020

Après avoir lu Indisciplinés, vous le serez très certainement aussi !

Regina est une enfant, avec ses problèmes d’enfant, jusqu’au jour où des problèmes d’adultes vont poindre tout naturellement dans sa vie. De son côté, Thomas est étudiant, un universitaire qui comprend et encourage une loi, la loi Lelieux, inscrite dans la Constitution belge depuis six ans. Quant à Clémentine et son mari, ils viennent tout juste d’obtenir l’Aptitude parentale, liée à ladite loi… Hélas, des problèmes d’adultes vont poindre dans la vie de Regina, l’époux de Clémentine va la quitter pour une autre femme, la sœur de Thomas va se suicider…

Tous ces chamboulements, additionnés à la loi Lelieux, vont engendrer des remises en question pour nos trois héros. Car la loi oblige ceux et celles qui veulent faire un enfant à passer des tests psychologiques, sociaux et médicaux, sans oublier une enquête financière. Cette loi institue un monde où certains n’ont pas droit à des traitements médicaux en raison de leur âge. Le texte prive donc les citoyens de leurs droits fondamentaux ! Indisciplinés ouvre sur une réflexion autour de l’éthique, des droits humains, de la surconsommation, un livre incontournable.

‡ La chronique de Michel DUFRANNE : "L’Heure des spécialistes", de Barbara ZOEKE, éd. Belfond, 2020

Quand l’abominable n’était que banalité… simplement glaçant !

Allemagne, 1940. A l’université de Leipzig, le professeur Max Koenig est l’un des grands spécialistes de l’Antiquité. Il se retrouve au sanatorium de Witteneau où lui est diagnostiquée la maladie de Huntington, une maladie neurodégénérative… À Witteneau, il y a aussi le mutique Carl… Il y a la douce Elfie qui vient d’avoir 18 ans, mais elle "entend" des voix… Quant au petit Oscar, il est trisomique. On lui avait bien dit à Koenig de quitter l’Allemagne avant que l’irrémédiable ne se produise !

Hitler a signé la mise en action du programme Aktion T4, un programme d’hygiène raciale qui organise l’euthanasie non volontaire des malades incurables, des personnes handicapées, des trisomiques, bref, les rebuts inacceptables de la population allemande car il faut purifier et améliorer la "race" aryenne ! Koenig va tout faire pour sauver son exubérante épouse, Felicitas, tendrement surnommée Fée, et sa fille chérie, Angelica, dite Poupette… L’heure des spécialistes, c’est une plongée au cœur des heures sombres de l’Allemagne nazie, un roman terrible et poignant, ou comment la fiction donne souffle à des êtres fragiles, cabossés par l’existence et broyés par l’Histoire. L’holocauste avant l’holocauste.

La chronique surprise : Michel LECOMTE, avec "Paris, mille vies", de Laurent GAUDÉ, éd. Actes Sud, 2020

À la gloire de la Ville Lumière !

Un soir de juillet, sur l’esplanade de la gare Montparnasse, le narrateur est apostrophé par un homme agité qui répète plusieurs fois sa question : Qui es-tu, toi ? Guidé par cette ombre errante, il part à la rencontre des ombres du passé, dans une ville étrangement vide. Les époques vont se bousculer. La ville va se dévoiler, ce qu’elle fut, de ce qu’elle est. Villon, Rimbaud, Hugo… La Commune, l’occupation… L’eau parle, la pierre aussi… Tant de présences ont précédé le narrateur dans cette ville qui l’a vu naître, et ce sont autant de fantômes qu’il faut dire, apaiser, écrire, avant de revenir au grand appétit de la vie, avec le jour qui se lève et la normalité qui revient.

Entre art poétique et récit fantastique, l’auteur célèbre sa ville et se souvient, à la fois sincère et discret, heureux d’être parmi les hommes et de chanter, le temps d’une nuit, ces mille vies qui nous devancent, nous accompagnent, nous prolongeront.

Le coup de cœur de Charlotte BOUZENDORFF, librairie "Croisy" à Bastogne : "Les Mystères de Larispem" (3 tomes), de Lucie PIERRAT-PAJOT, éd Gallimard/Jeunesse, 2020

Une saga uchronique, fantastique et steampunk !

1899. Paris est devenu une cité état indépendante. Les bouchers constituent la caste forte d’un régime populiste. Les destins de trois adolescents s’y croisent : Liberté, la mécanicienne hors pair, Carmine, l’apprentie bouchère et Nathanaël, un orphelin au passé mystérieux… L’ombre de la société secrète des Frères de Sang rode sur la cité tandis que l’on s’apprête à fêter l’an neuf… Vont-ils mettre leur terrible vengeance à exécution ? Ça, c’est pour Le sang jamais n’oublie, le premier tome des Mystères de Larispem paru en 2016…

L’année suivante, le deuxième tome, intitulé Les jeux du siècle, évoque les jeux de Larispem dans lesquels les trois héros forment une équipe d’un jeu de l’oie à taille humaine ! Hélas, la comtesse Vérité tente de s’emparer de la cité état. Les héros sauront-ils l’en empêcher ? D’un arrondissement à l’autre, les épreuves se succèdent et le danger grandit… Enfin, voici l’ultime volume : L’Élixir ultime. La comtesse Vérité a trouvé la formule qui permet de contrôler les foules par la pensée, même s’il faut déclencher une guerre, elle est prête à tout pour créer son empire… Mais que va-t-il se produire tandis que Liberté est emprisonnée et que Nathanaël est parti retrouver son père ?

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