Une sélection littéraire pleine de mystères

Pour ce 13ème et avant-dernier chapitre de l'année 2020, Sous Couverture accueille Michel Claise et le duo bruxellois formé par Arnaud Hoedt et Jérôme Piron. Au programme de l'émission ? Des gangsters, des oiseaux précieux, une disparition jamais résolue et la ménopause... Entre autres !

Michel CLAISE pour "Les années d’or", Genèse Éditions, 2020

L’impression d’avoir atteint une société idéale serait-elle un leurre ?

Michel Claise n’est pas seulement l’un des juges d’instruction les plus médiatisés de Belgique, spécialisé dans la criminalité en col blanc et pourfendant volontiers les faibles moyens de la Justice. C’est aussi un romancier qui se plaît à jouer avec la fiction à partir des éléments de son monde. En marge de ses polars, et depuis son tout premier roman, il construit une fresque littéraire qui fait le grand écart entre le Bruxelles populaire de son enfance et l’Histoire de Belgique avec un grand H. Après Les Années Guerre (nouveau nom de Salle des pas perdus réédité en poche chez Genèse) et Les Années Paix, voici Les Années d’Or. On y retrouve les mêmes personnages - et quelques nouveaux -, imbriqués dans tous les événements qui ont marqué les années soixante. Comme si nos manuels d’Histoire s’étaient mis à parler… 

Arnaud HOEDT et Jérôme PIRON avec "Le français (N’)existe (pas)", éd. Le Robert, 2020

Des chroniques jubilatoires, instructives, cocasses et parfois troublantes de deux amoureux de la langue française

Arnaud Hoedt et Jérôme Piron aiment la langue française. Ils l’aiment même beaucoup, au point de la pousser dans ses retranchements. Dans un livre aussi jouissif qu’érudit, ils amplifient les chroniques radiophoniques qui les ont fait connaître en France. Les deux professeurs bruxellois partent en guerre contre le purisme excessif et brocardent l’Académie française. Mais quand ils proposent de faire des exceptions aux sacro-saintes règles orthographiques et syntaxiques, ce n’est jamais par paresse ! Chacun de leurs combats est étayé et s’appuie sur de multiples sources. 

La "Supercherie" d’Anne-Sophie : "La ménopause. Début d’une nouvelle vie", de Charlotte ATTRY, Brigitte CARRÈRE et PRINCESSE H éd. Bamboo, 2020

Un guide sur la ménopause, complice et avec une pointe d’humour !

Quelle drôle d’idée ! Pourquoi aurait-on besoin d’être aidée pour vivre cette étape incontournable du parcours d’une femme ? Simplement parce que dans une société́ où la jeunesse est reine, c’est une transition parfois mal vécue. La ménopause rappelle cette réalité́ qui ne plaît pas toujours : le temps passe. Elle rejoint alors le clan des sujets tabous, de ceux qui génèrent un certain malaise.

Et comme tout sujet tabou, celui-ci s’avère peu décrit et véhicule clichés et idées reçues. Non, les bouffées de chaleur ne sont pas obligatoires et oui, il est possible d’éviter les kilos en plus ! Riche en informations et conseils astucieux (traités avec une pointe d’humour), ce guide complice permet à chaque femme concernée d’appréhender les modifications physiques et psychiques qu’engendrent la périménopause et la ménopause.

La chronique de Marie VANCUTSEM : "La très mirifique et déchirante histoire de l’homme qui inventa le livre de poche", de Rolf POTTS, éd Inculte, 2020

À la découverte d’un homme victime de l’époque où il vécut…

Emanuel Haldeman-Julius se noie dans la piscine de son jardin le 31 juillet 1951. Accusé de communisme par la presse américaine, il a été mis sous surveillance par le FBI de J. Edgar Hoover. Compte tenu de l’atmosphère qui règne en ces temps de guerre froide, on soupçonne qu’Haldeman-Julius a été assassiné car il était un espion soviétique ; d’autres, tablent sur un suicide – quoique le seul mot qu’il eût laissé fût une mauvaise blague à l’attention de sa femme.

Une fin étrange pour un homme qui, en seulement trente ans, était devenu l’un des éditeurs les plus prolifiques de l’histoire des États-Unis. Il a diffusé 300 millions d’exemplaires de ses "Petits livres bleus" aux lecteurs américains de la classe ouvrière, vendus au prix modique de 5 cents et conçus pour tenir dans une poche de pantalon…

Rolf Potts raconte la vie et la mort de cet éditeur qui voulait offrir une "Université sur papier" grâce à ses formats réduits qui traitaient de tout : littérature, politique, musique, architecture, philosophie, techniques, peinture…  et même sexualité !

La chronique de Gorian DEPÂTURE : "Little Caesar", de William R. BURNETT, éd. Gallimard, série Noire, 2020

Amateurs de romans de gangsters, à vos gâchettes !

Little Caesar est le premier roman de William R. Burnett, paru en 1929. Il constitue l’acte de naissance du "roman de gangsters", d’autant plus original que l’auteur place son point de vue du côté des "méchants"… Cesare Bandelli, dit "Rico", n'aime que trois choses au monde : "lui-même, ses cheveux et son revolver". C’est un petit truand violent, narcissique et buveur de lait qui a pris la place de Sam Vettori, puissant chef d’un gang italien de Chicago.

Bientôt, le fils d’immigré, ivre de pouvoir et de reconnaissance, agrandit son territoire en faisant main basse sur la contrebande d’alcool, le jeu et la prostitution dans tous les secteurs de la ville. Rien ne lui résiste, sauf un policier irlandais décidé à lui faire payer la mort d’un de ses collègues à l’occasion d’un hold-up qui a mal tourné…

Little Caesar, court roman ou nouvelle – 288 pages, tout de même ! – est d’un criant réalisme social. Burnett y décrit le fonctionnement d’un gang et les problèmes qu’il rencontre avec la loi. Le cinéma s’emparera rapidement de ce classique, sortant, dès 1931, le film Little Caesar, avec Edward G. Robinson et Douglas Fairbanks Jr., juste avant que le livre ne soit édité en français, chez Parima, à Paris, en 1933.

La chronique de Lucile POULAIN : "Demain n’existe pas encore", de Thierry WERTS, Éditions La Trace, 2019

Une bonne dose de positivisme, pleine d’émotions

Thierry Werts est belge et magistrat spécialisé dans la protection de la jeunesse, les homicides et le droit humanitaire. Dans Demain n’existe pas encore, il évoque la vie d’une jeune fille de 12 ans, Aurore, dont l’enfance s’est conjuguée avec maltraitance familiale. Comment va-t-elle réagir ? Comment va-t-elle également encaisser les sarcasmes, les humiliations, les réflexions des autres ? Comment se reconstruire sans famille, sa maman étant décédée et son papa emprisonné ?

Mais, s’il y a un avant, il doit aussi y avoir un après. L’enfance volée d’Aurore devra faire place à la lumière, à une renaissance probablement… Dans sa préface, voici ce que dit l’auteur français Alain Cadéo, de ce court roman : "Il est toujours surprenant de constater qu'en peu de pages, on sait donner aux personnages le poids total en charge de leurs âmes blessées. C'est trois fois rien et il y a tout". Autant dire que Demain n’existe pas encore est dense, fort, beau et plein d’humanité.

La chronique de Michel DUFRANNE : "Les lumières de l’aube", de Jax MILLER, éd Plon, 2020

Une histoire vraie sous forme de roman qui vous tiendra en haleine !

30 décembre 1999, Welsh, Oklahoma. Lauria Bible et sa meilleure amie Ashley Freeman, 16 ans, passent la soirée ensemble chez les Freeman. Le lendemain matin, le mobile-home familial est en feu et les deux jeunes filles ont disparu. Les corps des parents d’Ashley sont découverts dans les décombres, deux balles dans la tête… L’affaire n'a jamais été résolue et les jeunes filles, jamais retrouvées.

Que s’est-il réellement passé cette nuit-là ? Entre règlement de comptes sur fond de trafic de drogue, vengeance, corruption et négligence policière, Jax Miller nous plonge dans les villes oubliées de l’Amérique profonde, loin des lois, là où les plus sombres secrets peuvent s’épanouir. Dans Les Lumières de l’aube, Jax Miller mène l’enquête sur une histoire vraie qui dépasse la fiction : addictif, dans la lignée de De sang-froid, de Truman Capote.

La chronique surprise de Patrick WEBER : "La dernière rose de l’été", de Lucas HARARI, éd Sarbacane, 2020

Un thriller captivant dans une ambiance irréelle

C’est l’été. Léo, jeune rêveur parisien caressant l’espoir de devenir écrivain, bosse dans un lavomatique en attendant de trouver l’inspiration pour son grand œuvre. Un soir, il croise par hasard un cousin qui lui propose de garder sa maison de vacances au bord de la mer. Coup de pouce du destin, le timide Léo se retrouve, quelques jours plus tard, voisin de riches plaisanciers aux voitures de collection et villas d’architecte.

Cependant, malgré l’atmosphère légère et surréaliste, quelque chose ne tourne pas rond. De jeunes hommes disparaissent aux alentours ; la tension monte… C’est dans ce cadre étrange, et tandis que l’inspecteur Beloeil mène l’enquête, que Léo rencontre sa jeune voisine, adolescente capricieuse et sauvage : la belle Rose… Ce roman graphique est un véritable roman policier intimiste hitchcockien d’inspiration Nouvelle Vague. Avec une grâce épurée, une esthétique léchée, des couleurs hypnotiques et un don singulier pour établir des atmosphères mystérieuses, Lucas Harari, avec La dernière rose de l’été́, revisite le récit d’ambiance.

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Le coup de cœur de Maxime DAUBY, librairie "UOPC" à Auderghem : "Le voleur de plumes", de Kirk Wallace JOHNSON, éd Marchialy, 2020

Seriez-vous prêt à risquer votre carrière pour quelques plumes ? 

Edwin Rist est né à New York avant de déménager avec sa famille dans la vallée de l’Hudson. Un jour, il est tombé en extase devant la télévision où l’on expliquait un nouage de mouche de pêcheur… Lors d’un salon de montage de mouche, il a été émerveillé par un stand de mouches à saumon, d’une beauté incroyable, constituée de nombreuses plumes d’oiseaux exotiques… Devenu un flûtiste virtuose, le soir du 23 juin 2009, Edwin donne un concert à Londres, puis, il prend le train jusqu’à Tring où il s’introduit dans le National History Museum.

Là, il s’empare de 299 oiseaux qui y sont entreposés depuis des décennies, pour une valeur d’un million de dollars. Mais il ne s’empare pas des fleurons de la collection recueillis par Darwin, mais plutôt des paradisiers et autres spécimens rares aux couleurs éclatantes rapportés en Europe par un naturaliste méconnu du XIXe siècle… C’est lors d’une partie de pêche à la mouche que Kirk Wallace Johnson entend parler de cette histoire pour la première fois. Fasciné par l’affaire, il se lance dans une enquête passionnante, à la recherche de ces plumes disparues. Dans Le voleur de plumes, il questionne notre obsession pour la beauté et notre désir de la posséder, à n’importe quel prix.

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