Une bande dessinée pleine de crocodiles pour parler de harcèlement

"Je pense que j’ai déjà pu être lourd en soirée", Thomas Mathieu le concède avec honnêteté. Présent à la Foire du livre de Bruxelles début mars, l’illustrateur présentait le deuxième tome de Les crocodiles (aux éditions Casterman, écrit avec Juliette Boutant). Il y met en scène des témoignages de femmes victimes de harcèlement. Une bande dessinée revendicatrice qui s’inscrit dans une prise de conscience plus large. Depuis cinq ans, Thomas Mathieu met en lumière le sexisme ordinaire, les violences gynécologiques, le harcèlement au travail, etc. Un travail de visibilisation qui n’est pas prêt de s’arrêter tant les violences faites aux femmes sont présentes dans toutes les sphères de notre société. Rencontre.

Pour découvrir des extraits de la bande dessinée

Comment votre bande dessinée a-t-elle été accueillie par le public ?

Thomas Mathieu : "Très positivement. Beaucoup de lectrices et de lecteurs nous ont remercié d’avoir imaginé ce bouquin. Et certain.e.s se retrouvent dans les différents témoignages que j’ai illustré. Je ne me base que sur des histoires véritables qui me sont envoyées par des femmes. Beaucoup de personnes soutiennent la bande dessinée et la recommande à leurs proches. Et puis il y a ceux qui se sentent visés et qui pensent qu’on ne devrait pas parler de ce sujet. Mais ils sont une minorité."

Vous avez choisi de donner des traits de crocodiles aux harceleurs. Pourquoi cet animal ?

T.M. : "Je voulais que la bande dessinée puisse avoir quelque chose de graphique pour représenter ces témoignages de harcèlement. En lisant les différentes histoires, on revenait souvent à l’idée de prédateur dégoutant, visqueux, repoussant. Je pense que c’est ce qu’on ressent un peu vis-à-vis des crocodiles."

Pourquoi c’était important pour vous de traiter ce sujet ?

T.M. : "C’est important de parler de harcèlement et de ne pas se voiler la face. Ce n’est qu’en constatant la situation actuelle qu’on pourra ouvrir le débat et commencer à réfléchir à des solutions et à faire pression sur les personnes. Pour changer la société dans laquelle nous vivions, il faut commencer par la regarder telle qu’elle est."

Un troisième tome est-il prévu ?

T.M. : "Je pense que pour le troisième tome nous allons attendre un peu parce que Les crocodiles nous prennent beaucoup d’énergie. Dans le premier volet, il était question de harcèlement de rue. Dans le second, on étendait au rôle de la police, au harcèlement au travail ou encore au parcours de combattante pour porter plainte. Mais il y a encore beaucoup de matière à travailler et pas mal de choses à dire."

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