Trois questions à Eric-Emmanuel Schmitt, rock star de la littérature francophone

Eric-Emmanuel Schmitt avant la remise du Prix Victor.
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Eric-Emmanuel Schmitt avant la remise du Prix Victor. - © Audrey Vanbrabant

Samedi, la Foire du Livre accueille des pointures de la littérature contemporaine. Depuis plusieurs heures déjà, des dizaines de visiteurs se pressent devant les différents stands dans l’attente de leur écrivain.e fétiche. Parmi les artistes des plus attendus, il y a évidemment Eric-Emmanuel Schmitt, parrain de l’émission Sous Couverture (et parrain de la Foire du Livre il y a deux ans). Il n’aura pas fallu cinq minutes pour que sa déambulation dans les allées de la Foire ne se fasse remarquer. Eric-Emmanuel Schmitt impressionne par sa simplicité et sa disponibilité. Il répond à nos questions entre deux interventions sur la Foire.

Cette édition de la Foire du Livre est marquée par la panique liée au coronavirus. L’épidémie pourrait-elle vous inspirer une fiction ?

Eric-Emmanuel Schmitt : "Bien sûr. Mais en ayant toujours en tête que, dans un roman et en littérature de manière générale, quand on parle de maladie, elle doit toujours être la métaphore de toutes les autres. Même de celles qui sont métaphysiques comme l’inquiétude, le sens de l’absurde ou la précarité humaine. Albert Camus en est le grand exemple. Quand il parle de la peste, il parle de toutes les grandes infections de l’époque. Ce livre est d’actualité finalement. Si on ne le traite pas sous cet angle-là, ça devient un article d’information. Nous écrivons toujours des histoires qui doivent faire rebondir l’esprit. Si j’écrivais sur le coronavirus, j’écrirais sur la peur qui est encore plus contagieuse que le virus. Je pense que cette épidémie va remettre en question la façon dont nous pensons la mondialisation et il y aura des conséquences sur plusieurs années."

Le livre que vous présentez aujourd’hui, Journal d’un amour perdu, est très personnel. A-t-il été plus compliqué à écrire ?

"Je n’ai dit que trois fois "je" en 46 livres. Dans Ma vie avec Mozart où j’expliquais comment il m’a sauvé, dans La nuit de feu et dans le livre que je présente aujourd’hui qui est peut-être encore plus personnel que les autres. C’est un livre sur une femme, ma mère. Je raconte le bonheur de l’avoir eu et le malheur de l’avoir perdue. Lorsqu’elle est partie, j’ai eu beaucoup besoin d’écrire pour moi. Cela s’est transformé en une sorte de journal intime qui n’était pas destiné à être lu. Quand je me suis rendu compte, au bout de deux ans, que ce journal retraçait un schéma de guérison où la tristesse n’était plus le sentiment prédominant, je me suis dit que je voulais le partager avec le public. Mon histoire est singulière, mais le deuil est universel."

Vous étiez l’un des auteurs les plus attendus de la Foire, comme à chaque fois que vous venez, on s’habitue à cette notoriété ?

"C’est toujours une surprise. Dans ma tête, je suis resté anonyme. Je ne joue pas l’étonnement, je n’ai juste pas intégré cet élément-là. Quand on me dit " je vous ai vu dans le train, l’avion, la rue ", je suis toujours étonné. Je n’ai pas d’attentes à ce niveau-là. Je suis en train d’écrire mon 47e livre et j’ai l’impression de débuter. Je suis juste peut-être un peu moins stressé quand j’écris."

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