Tortures intérieures et lâchetés…

Tortures intérieures et lâchetés…
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Tortures intérieures et lâchetés… - © Tous droits réservés

Isabelle Monnart vous fait replonger dans la Seconde Guerre mondiale grâce à deux auteurs reconnus.

Le Ghetto intérieur, de Santiago H. AMIGORENA, aux éditions P.O.L.

Le scénariste, réalisateur, producteur et écrivain Santiago Amigorena a décidé de retranscrire tout un pan de l’histoire de sa famille à travers son nouveau roman, Le Ghetto intérieur. Dans les années 20, une partie de sa famille, juive, fuit l’Europe. Vincente Rosenberg part en Argentine et y épouse Rosita, ils vont avoir trois enfants. La guerre éclate et, quand Vincente découvre ce qui se passe de l’autre côté de l’océan, il craint pour sa mère demeurée à Varsovie. De fait, elle s’y retrouve enfermée dans le ghetto. Pour Vincente, il est trop tard, il ne peut rentrer en Pologne, il ne pourra sauver sa mère. A partir de ce moment, Vincente va construire " son " ghetto intérieur. Il va se refermer sur lui-même, ne plus parler à sa femme, à ses enfants. Vincente était le grand-père de Santiago Amigorena qui, après des décennies, souffre encore de ce qu’a enduré Vincente vis-à-vis de sa mère. Un roman qui est un jeu de transmission et dont l’épilogue est impressionnant. Ce roman, il y a 25 ans que Santiago a commencé à l’écrire, pour combattre le silence qui l’étouffe depuis sa naissance.

La Débâcle, de Romain SLOCOMBE, aux éditions Robert Laffont

L’action se déroule entre le 10 et le 17 juin 1940, ces huit jours qui ont défait la France. Romain Slocombe propose avec La Débâcle, une sorte de gigantesque chorégraphie avec des hommes, des femmes, des enfants, des animaux jetés sur les routes de France, fuyant vers le sud face à l’avancée allemande. On suit une famille bourgeoise, les parents, leur fille, la bonne et le chien. Ils sont coincés dans leur voiture, il fait chaud, il y a les Stukas qui, inlassablement, bombardent les colonnes de réfugiés. Il y a aussi ce soldat français qui a quitté le front parce que c’est la débandade. Il a décidé d’aller retrouver sa fiancée à Paris… Mais, de son côté, n’est-elle pas partie en train ? Et puis, il y a cet avocat parisien, sûr de lui car il sait qu’il n’y a rien à craindre, il est fasciste. Mais voilà, sur l’insistance de son épouse, il a bien été obligé de partir. Cet homme est le portrait même de l’abjection, mais comme Slocombe s’intéresse aux petites lâchetés, cet avocat va devenir l’un des personnages les plus intéressants de cette semaine de folie, de ce tourbillon de mort, de ce moment de chaos et de triste réalité qu’a été la débâcle de 1940 pour la France. Une fresque vitriolée, tout à fait digne de Romain Slocombe.

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