Timothée Chalamet, The Mandalorian, Depeche Mode : la vie de confinée de Tatiana de Rosnay

Une conversation avec Tatiana de Rosnay est aussi surprenante que revigorante. Oui, même par téléphone. Même confinée. Quand elle raconte son quotidien, enfermée dans son appartement parisien, l’auteure de Elle s’appelait Sarah (11 millions d’exemplaires vendus partout dans le monde) met des images dans ses mots. Après tout, c’est son métier.

Tous les jours, elle danse sur les remix de Depeche Mode envoyés par son fils. Silver Disco Queen, comme on la surnomme, enchaîne les mooves à la John Travolta pour le plus grand plaisir de ses voisins et de son mari, qui la supporte no matter what. Cette franco-britannique voue un amour passionné à l’acteur Timothée Chalamet et s’amuse du fait qu’on la questionne sur ses cheveux blancs à l’heure où plus aucun coiffeur n’est sur le pont. D’entrée de jeu elle nous assène le coup fatal "tous les médias me demandent quels sont mes conseils lecture et si je lis beaucoup pendant le confinement". Alors on oublie un peu les questions qu’on a préparées et on improvise. Et c’est peut-être ce qui rend la conversation encore plus charmante.

Racontez-nous cette passion pour Timothée Chalamet (Little Women, Call me by your name, etc.) ?

Tatiana de Rosnay : "J’ai un petit faible pour Timothée Chalamet. Mais en même temps qui n’en n’a pas ? Tout le monde l’aime ! Il y a quelques semaines, j’ai trouvé une vidéo sympa de lui et je l’ai partagée sur mon compte Twitter. Le lendemain, mes followers en redemandaient. Depuis, je poste une courte vidéo de lui tous les jours. On a tous besoin de petites bouffées d’oxygène en ce moment. J’ai choisi de tweeter uniquement de bonnes nouvelles que je glane auprès des personnes qui me suivent. Des cerisiers en fleurs, des animaux, une dent de lait perdue : je resserre les liens avec ma communauté."

Vous avez tenu une sorte de journal de bord pour le quotidien Le Parisien au début du confinement. Comment avez-vous vécu cet exercice ?

T.d.R : "C’était une expérience extraordinaire. Le Parisien m’en a fait la demande au tout début du confinement. Ça m’a permis de rythmer mes journées. Toute la promotion de mon dernier roman (Les fleurs de l’ombre aux éditions Robert Laffont, sorti le 12 mars) a été annulée et je me suis retrouvée avec un grand vide autour de moi. Ces petites chroniques m’ont aidé à structurer mon emploi du temps et m’ont redonné l’envie d’écrire. Je suis repartie plus tôt que prévu dans une nouvelle histoire, un nouveau roman."

Lire un extrait de Les fleurs de l’ombre

J'ai l'impression d'avoir 15 ans.

Si vous ne lisez pas beaucoup, que faites-vous durant le confinement ?

T.d.R : "C’est vrai que je n’y arrive pas du tout à lire, mais je suis déjà contente d’avoir retrouvé le chemin de l’écriture. On ne peut pas tout faire. Sinon, j’ai été sauvée par la saison quatre de la Casa de Papel. J’ai aussi regardé The English game et je m’apprête à commencer Unorthodox. Mon fils m’a aussi conseillé de regarder The Mandalorian, la série inspirée de l’univers de Star Wars. J’ai l’impression d’avoir 15 ans."

Dans votre dernier roman, la protagoniste vit reclue dans un appartement parisien. Cette période de confinement vous inspire-t-elle des idées de romans ?

T.d.R : "Je pense que beaucoup de cinéastes et de scénaristes vont s’emparer de cette histoire de pandémie et qu’un tas de récits incroyables vont émerger. J’ai hâte de voir ce qui va sortir de cette période de confinement. Le roman que je suis en train d’écrire est un huis-clos qui n’a cependant rien à voir avec le coronavirus. L’écrivain est libre et peut tordre la temporalité. Ce qui m’inspire, c’est l’après. Maintenant que nous sommes à cheval sur les gestes barrière et que tout le monde s’évite, comment allons-nous nous comporter les uns vis-à-vis des autres ? Cela me fascine, mais je ne sais pas ce que je vais en faire. Plein d’images et d’émotions me viennent et j’ai envie de les explorer."

Pensez-vous que le coronavirus va entrainer des changements dans l’industrie du livre ?

T.d.R : "Une catastrophe économique nous pend au nez à tous : horeca, acteurs, artistes. Personne ne va émerger sans y laisser des plumes. On est tous dans le même bateau. En France, la situation est tendue. Notre ministre de la Culture a expliqué qu’il fallait absolument aider le secteur et qu’il échangeait avec les organisations syndicales. On se pose beaucoup de questions. Comment accompagner tous les artistes ? Pour le moment, je ne vois pas grand-chose se mettre en place. Je fais partie d’un mouvement qui s’appelle La Ligue des auteurs professionnels. Les dispositifs pour aider les auteurs sont complexes. Je n’ai pas compris comment le Fonds de solidarité nationale allait aider les écrivains. En Allemagne, tous les auteurs ont reçu 5000 euros. Déjà avant la pandémie, il y avait des gros soucis. Je ne vous cache pas mon inquiétude et je n’ai pas l’impression qu’on ait été écouté."

Quelle activité du quotidien vous manque le plus ?

T.d.R : "Voir mes amis, mes éditeurs, ma famille. Cela me manque terriblement de ne plus aller en terrasse. De ne plus retrouver quelqu’un pour un verre ou un café. Je continue à aller me promener quand je peux. Mais un truc auquel je ne renoncerai jamais : c’est danser. Au désespoir de mon mari et de mes voisins, je danse une demi-heure tous les jours. J’ai à nouveau vingt ans. Mes voisins étaient hilares au début, maintenant ils trouvent ça pas mal et on le fait tous ensemble. Je vous envoie un morceau que j’adore à la fin de notre conversation. Allez-y, dansez."

Newsletter TV

Recevez chaque jeudi toute l'actualité de vos personnalités et émissions préférées.

OK