Sous Couverture vous livre ses grands crus de la semaine

Jean-Philippe Toussaint et Daniel Charneux étaient les invités d'Anne-Sophie et Thierry pour ce quatrième chapitre de Sous Couverture. Au programme : intelligence artificielle, rock'n'roll et révolutions en tout genre...

"Les émotions", de Jean-Philippe Toussaint, éd. De Minuit, 2020

De la différence entre avenir "public" et avenir "privé"

Toussaint peut nous parler de prospective, de Brexit, de crise de l’aéronautique ou explorer les allées du Berlaymont : il réussit toujours à rester lui-même. Cet auteur inclassable né d’un roman qui ne l’était pas moins – La Salle de bain, 1985 -, est un ciseleur de phrases et d’ambiances. Après le cycle de Marie, il propose ici un deuxième livre narrant le monde intérieur et les errances sociales de Jean Detrez, haut fonctionnaire à la Commission Européenne. Un défi que de proposer un personnage de technocrate, de le plonger dans le quotidien très peu glamour de la prospective et de nous rendre vibrantes et uniques les rencontres qu’il fait ou rate avec des femmes toujours mystérieuses. Car Jean-Philippe Toussaint écrit comme personne la chimie de l’amour et de ses prémisses.

"À propos de Pre", de Daniel Charneux, éd. M.E.O., 2020

Journal intime de l’ami d’une légende américaine

Daniel Charneux court depuis longtemps. Cela lui a donné l’envie d’écrire sur la course. Mais pas n’importe laquelle. Il a choisi l’un des athlètes les plus flamboyants de l’histoire : Steve Prefontaine, surnommé Pre. Un coureur qui ne supportait pas le calcul et se donnait à fond sur chaque épreuve. Pour raconter Pre, Charneux invente Pete, joggeur approchant la septantaine dans l’Amérique d’aujourd’hui. Le livre oscille entre les souvenirs que Pete a gardés de son ami Pre et les anecdotes de sa propre trajectoire de coureur vieillissant. Grâce à ce jeu entre passé et présent, entre vérité et fiction, Daniel Charneux s’éloigne de la bio classique et cisèle un très beau roman sur les affres de la course – blessures, souffrance, dépassement de soi – et sur l’Amérique des années 50 à 70.

La « Supercherie » d’Anne-Sophie Delcour : "Carbone & Silicium", de Mathieu Bablet, Ankama Editions (Label 619), 2020

Ceci est un ouvrage qui soulève bien des questions à notre Humanité

Carbone… et Silicium… Deux intelligences artificielles dont les yeux artificiels scrutent l’histoire d’une humanité à bout de souffle. D’autant que nos deux "robots" – mais pas que… – sont dotés d’émotions, le vieux fantasme de l’Homme de réussir à doter l’intelligence artificielle de sentiments… Bref, Carbone & Silicium, c’est un regard acide mais, ô combien concret sur nos problèmes actuels que sont crises économiques, migratoires et écologiques, à travers le prisme d’une BD de science-fiction toute droit sortie de l’esprit fertile – et exclusivement humain cette fois – de Mathieu Bablet, l’auteur du non moins extraordinaire Shangri-La.

Le choix de Gorian Delpâture : "Étés anglais", d’Elizabeth Jane Howard, éd. Quai Voltaire, 2020

À l’horizon d’une nouvelle guerre, les aventures d’une grande famille anglaise et de ses domestiques.

Étés anglais, la saga des Cazalet, le premier tome d’une fresque qui porte bien ses titre et sous-titre : tellement britannique, tellement humain et familial. Nous sommes en juillet 1937. Une galerie de portraits, tous plus attachants les uns que les autres se met en place, des parents aux enfants, des grands-parents aux domestiques. C’est l’heure des vacances et toute la tribu va se retrouver en bord de mer, dans le Sussex. Des préoccupations légères, des tracas conjugaux, des rêves et des secrets, des tempêtes, des mesquineries, des craintes aussi. Dans ce premier tome d’une série de cinq Étés anglais, la belle saison regorge d’incertitudes mais, sans l’ombre d’un doute, une nouvelle guerre approche : entre pique-niques sur la plage et soirées auprès du gramophone, il faudra inventorier lits de camp et masques à gaz. Publiée en anglais dès 1990, sa traduction française permet enfin de savourer cette saga pleine d’humour et aux accents de Downtown Abbey.

Le choix de Michel Dufranne : "La valse des tulipes", de Ibon Martin, éd. Actes Noirs/Actes Sud, 2020.

À l’ombre du passé, ode au Pays basque espagnol…

Ce page-turner s’appuie sur une histoire terriblement addictive et une foule de personnages merveilleusement incarnés. Mais il captive tout autant par son atmosphère : villages austères, maisons de granit, processions fiévreuses, écho lancinant de la pluie, relents de salpêtre, ballets de goélands dans le sillage des chalutiers qui rentrent au port… Tout autour, les ténèbres franquistes, telle une plaie toujours à vif, baignent cette nature sauvage peuplée d’hommes rudes et de multiples secrets… Nous sommes au Pays basque espagnol, dans l’estuaire d’Urdaibai, pas très loin de Guernica. Ce paradis, qui vit au rythme des marées, voit soudain sa tranquillité mise à mal par le meurtre de plusieurs femmes, toutes âgées d’une cinquantaine d’années. Ane, une jeune inspectrice de Bilbao, férue de rock, de surf et de mythologie celte, est aux commandes d’une nouvelle unité d’élite chargée de résoudre l’affaire avant que la presse ne fasse souffler un vent de panique sur toute la région. L’enquête ne tarde pas à révéler que les victimes ont en commun une tulipe rouge sur le corps et une année blanche dans leur CV. En 1979, quittant alors l’adolescence, elles seraient toutes allées passer une année à Lourdes, “missionnées” par un couvent de Guernica. Dans quel but ? Un roman dont la tension monte crescendo, tellement passionnant qu’il est impossible de quitter ses 480 pages sans en connaître le dénouement !

Le choix de Lucile Poulain : "La Fièvre", d’Aude Lancelin, éd. Les Liens qui Libèrent, 2020

Une belle amitié au cœur d’un combat historique.

Premier roman d’Aude Lancelin, journaliste française qui s’est trouvée dans les coulisses du mouvement des Gilets jaunes, fin 2018. Elle a décidé de relater ce qu’elle a vécu dans ce roman basé donc sur des faits réels et récents, à travers l’histoire et la destinée de deux hommes. L’un est journaliste, dans la mouvance de certains personnels politiques, fréquentant l’univers un peu bourgeois des rédactions. L’autre est électricien, il vit dans la ferme de ses parents, sa vie est sans véritable relief. La crise sociale et politique des Gilets jaunes va leur permettre de faire connaissance et une véritable amitié va naître entre ces êtres que tout opposait, issus de deux univers radicalement différents. Dans ce roman plein de sensibilité et de poésie, Aude Lancelin laisse deviner ce qu’aurait été l’avenir si le mouvement des Gilets jaunes n’avait pas échoué.

Le choix de Marie Vancutsem : "Une immense sensation de calme", de Laurine Roux, éd. Folio, 2020

Pouvoir des sens et puissance de l’inimaginable

C’est l’histoire d’une jeune fille qui vit dans une région, loin, à l’Est. Bien avant sa naissance, son pays a été ravagé par la guerre, ceux qui ont survécu ont décidé du Grand-Oubli et, seules les aïeules, ont le souvenir du passé. Avant de mourir, Baba, sa grand-mère, lui révèle l’existence des Invisibles, des créatures craintes… Dans la neige, la jeune fille rencontre Igor, un être aussi étrange que magnétique. Presque sans échanger un mot, elle va le suivre à travers une nature souveraine et hostile, portée par ce que la jeunesse a d’insolence. Mais plus elle semble proche de cet homme aux accents farouches, plus le mystère qui l’entoure s’épaissit. Qui est ce Tochko, un Invisible qui semble tellement proche d’Igor ? Jusqu’à ce qu’une tempête les précipite tous deux dans la tourmente, révélant les légendes et les souvenirs de ceux qu’illumine le côtoiement permanent de la mort et de l’amour. Pour ce premier roman, Laurine Roux offre une ode au silence, à la grandeur et à la sauvagerie de la nature, mais aussi au désir des sens et des corps… tout en poésie.

La proposition de Marie-Amélie Mastin : "Guns N' Roses", de Mick Wall, éd. Hachette Heroes, 2020

Une célébration des Guns N’Roses et d’Axl Rose, son leader charismatique

De nombreuses choses ont été dites et écrites sur Guns N' Roses. Mais aucune ne s’approche réellement de la vérité. Ils ont été ce que tous les groupes de rock ont rêvé d’être – et ont échoué à être : les Guns ont toujours été un groupe hors du temps, les derniers géants. Live like a suicide, voici la philosophie des membres originaux du groupe lorsqu’ils vivaient ensemble à Hell House, leur mythique maison de Los Angeles. C’est à cette époque que Mick Wall les rencontre et intègre leur cercle, avant d’être pris à partie des années plus tard par Axl Rose dans les paroles de Get in the Ring. Mais ce livre n’est pas un règlement de comptes. Écrit avec 25 années de recul, redécouvrez l’histoire de ce groupe mythique !

Le coup de cœur de Régis Delcourt, librairie Point Virgule à Namur : "Broadway", de Fabrice Caro, éd. Gallimard, 2020

La vie n’est pas une comédie musicale : une excellente comédie à lire par l'auteur de Zaï zaï zaï zaï

Une femme et deux enfants, un emploi, une maison dans un lotissement où s’organisent des barbecues sympas comme tout et des amis qui vous emmènent faire du paddle à Biarritz… Axel pourrait être heureux, mais fait le constat, à 46 ans, que rien ne ressemble jamais à ce qu’on avait espéré. Quand il reçoit un courrier suspect de l’Assurance maladie, le désenchantement tourne à l’angoisse. Et s’il était temps pour lui de tout quitter ? De vivre enfin dans une comédie musicale de Broadway ?
Après Le Discours, Fabrice Caro confirme, à travers des scènes désopilantes, son talent unique de prince de l’humour absurde et mélancolique. A lire absolument en ces temps troublés que nous vivons !

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