Portrait de libraire - Olivier Verschueren et son équipe, Livre aux trésors

À Liège, il est une librairie qui, bien qu’ayant pignon sur rue, à un côté discret tout en étant très proche. Cette librairie, c’est Livre aux trésors, Olivier Verschueren et sa chaleureuse équipe, Julie Fraiture, Raphaël Le Toux Lungo, Sophie Suttor, Eric Swennen et Manon Baldi.

La première librairie Livre aux trésors est née à la fin de 2002. C’était l’idée un peu folle de Philippe Marczewski, un chercheur en neuropsychologie cognitive qui exerça ce métier six ans durant. Sa maison aux trésors livresques, il la lance sans expérience. Elle était alors plutôt axée vers la jeunesse et la littérature de l’imaginaire. Dès 2003, Olivier Verschueren, historien sorti de l’ULg, y est engagé après avoir travaillé à la librairie PAX pendant 7 ans. Du collaborateur à l’associé, le pas sera vite franchi ! Et puis, la librairie va grandir, s’ouvrir à la littérature en général. Jusqu’à ce que les lieux, rue Sébastien Laruelle, derrière l’opéra royal de Wallonie, deviennent trop exigus.

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Livre aux trésors dans sa précédente implantation © Tous droits réservés

En 2011, c’est à deux de là que la librairie déménage, place Xavier-Neujean. Si les lieux sont alors en fort mauvais état, l’équipe a été séduite par ce vaste espace surmonté d’une impressionnante verrière. Un cabinet d’architecture est passé par-là et, désormais, Livre aux trésors est un lieu accueillant, ouvert à nombre de littératures, tout en n’étant visible, depuis l’espace public, que par l’entremise d’une grande double porte !

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Livre aux trésors dans son implantation actuelle © Tous droits réservés

Tout allait bien quand est a débarqué la Covid-19, ses interrogations, ses craintes, ses peurs devant l’inconnu… Olivier et son équipe ont été sidérés par ce qui arrivait ! Sidérés face à une crise sanitaire que des femmes et des hommes de leur génération n’avaient jamais connu chez eux ; sidérés par des mesures de confinement ignorées jusqu’alors ; sidérés par la fermeture des commerces et son train de bruits et de rumeurs évoquant les possibles faillites en cascade des petits commerces indépendants. Olivier avoue pourtant que les deux premiers jours de fermeture, il s’est senti " heureux que tout s’arrête parce-que, comme nombre de commerçants, le boulot de libraire est dense, fatiguant… ". C’est ensuite que vont poindre les inquiétudes : comme beaucoup de Belges, il s’est mis à écouter bulletin d’informations sur bulletin d’informations, il a senti l’inquiétude monter face à la réalité de l’importance du risque sanitaire…

Finalement, la fermeture a été l’occasion pour toute l’équipe de réfléchir à ce que serait la réouverture. L’équipe s’est posée pour déterminer les choses qui n’allaient pas, pour lesquelles ils n’étaient pas satisfaits et d’ainsi imaginer les façons d’y remédier. Aussi bizarrement que cela puisse paraître, le point principal qui a émergé, c’est… l’accueil, un point important pour les libraires indépendants.

Pour ses clients, l’équipe de Livre aux trésors a décidé de se faire plus disponible encore qu’ils ne l’étaient avant le confinement. Pendant leur réflexion, il est également apparu qu’Olivier et ses collègues souhaitaient se rapprocher de l’un de éléments-clés de la chaine du livre : l’éditeur. Ils ont donc tenté de déterminer quels étaient leurs désiderata, mais aussi ceux de leur clientèle et des habitants de la ville où ils travaillent afin d’ausculter les très nombreuses maisons d’édition qui leurs étaient jusqu’ici proposées par les diffuseurs. Il en ressort progressivement une liste d’éditeurs qui rencontrent leurs souhaits littéraires, des éditeurs qu’ils sont prêts à défendre plus encore, car pertinents avec leurs objectifs en matière de lecture.

Livre aux trésors a rouvert ses portes le 11 mai à midi… Pas un client ! Mais ce n’était qu’une simple réaction de badauds voulant éviter une ruée ! Après quelques dizaines de minutes, la librairie s’emplissait et redémarrait sur les chapeaux de roue. Elle accueille aussi des nouveaux clients qui redécouvrent la proximité et le contact direct, des lecteurs qui se réapproprient un rapport au Temps : si le livre souhaité n’est pas disponible, le libraire se fera une joie de le lui fournir dans un délai raisonnable ; le flux tendu que l’on croit aujourd’hui chose normale  - on pense que l’on peut tout obtenir, et tout de suite ! - n’est pas bon pour les libraires, tout comme il est néfaste à l’écologie de notre planète, entrainant une ribambelle de transports bruyants et polluants.

En résumé, Olivier et son équipe de Livre aux trésors repartent joyeusement, gardant tout ce qui plaisait déjà à leur clientèle – animations, rencontres d’auteurs (pas avant l’automne) - et ajoutant de nouvelles façons de rencontrer les acteurs du livre… dont les lecteurs sont un élément primordial !

Pour terminer, voici le coup de cœur et son petit mot d’accompagnement de la part de chaque membre de l’équipe de Livre aux trésors :

Manon Baldi vous propose « Les miracles du bazar Namiya », de Keigo Higashino, aux éditions Actes Sud, 2020

Un roman choral fantastique poignant que l’on voudrait pouvoir oublier afin de le redécouvrir encore et encore…

Julie Fraiture vous propose « Ordesa », de Manuel Vilas, aux Editions du Sous-sol, 2018

Un texte d'une richesse rare, où la petite histoire côtoie la grande. Un récit de deuil fragmenté comme un puzzle : vibrant et déroutant.

Raphaël Le Toux Lungo vous propose « Hildegarde », de Leo Henry, aux éditions de La Volte, 2018

Un foisonnant roman médiéval qui enchevêtre les histoires autant réalistes que merveilleuses, et où brille la figure d’Hildegarde Von Bingen, musicienne mystique, sainte et écrivaine.

Sophie Suttor vous propose « Les dames de Kimoto », de Sawako Ariyoshi, chez Gallimard, coll. Folio, 2020

Récit subtil des passions intimes et des drames vécus par trois générations de femmes dans le Japon moderne. Délicat et fascinant ! 

Eric Swennen vous propose « L’amitié est un cadeau à se faire », de William Boyle, chez Gallmeister, 2020

Un road trip, des mafieux pas contents mais surtout quatre femmes et un butin : le cocktail hyper vitaminé pour cet été !

Olivier Verschueren vous propose « 19 manières de regarder Wang Wei », de Eliot Weinberger, chez Ypsilon, 2020

Une manière très réjouissante d’aborder la poésie à partir des traductions ­– fidèles ou infidèles – d’un poème chinois du VIIIème siècle. Un petit bijou d’intelligence.

Bonne lecture !

LIBRAIRIE LIVRE AUX TRÉSORS, Place Xavier-Neujean 27a – 4000 Liège

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