Portrait de libraire – Laurence Merveille, Antigone

Laurence Merveille est née à Namur, mais c’est à Gembloux qu’elle a réalisé son rêve : avoir sa librairie. Son enseigne, c’est "Antigone", fille d’Œdipe et Jocaste dans la mythologie grecque. C’est l’Antigone de Sophocle, d’Anouilh ou encore des belges Henry Bauchau ou François Ost, certes cette dernière plus tardive au regard de la création de la librairie gembloutoise !

Une libraire aime les livres. Le papa de Laurence lisait beaucoup, sa passion lui vient un peu de ce côté, mais aussi de celui d’une professeure de français qui donnait des listes avec tant de beaux livres… Tout naturellement, Laurence a décroché un diplôme en philologie romane, mais, en dehors de ses stages d’agrégation, elle n’a jamais enseigné ! Ne trouvant pas de poste, elle effectuera une formation intensive en néerlandais et sera engagée dans une entreprise de matériel de protection incendie où elle apprendra ce qu’est la gestion, ce qui est loin d’être inutile quand on est libraire… Après une formation complémentaire en "édition, librairie et bibliothèque" à l’UCL, ce que l’on nomme aujourd’hui "Sciences et métiers du livre", Laurence est engagée, fin 2001, chez Antigone, à Gembloux, une librairie créée en 1994.

Laurence vient de fêter le 15e anniversaire de la reprise de cette librairie générale et familiale… Hélas, c’était pendant le confinement. Foutu Covid-19 qui, pour notre amoureuse des livres, a eu ses aspects négatifs mais aussi positifs !

Lorsque le 13 mars dernier, Laurence sait que son mari et ses enfants ne retourneront ni au travail ni à l’école la semaine suivante, elle comprend qu’elle aussi va devoir fermer ses portes, pour se protéger avec sa famille, mais aussi protéger Nadège, sa collaboratrice, et ses clients qui sont aussi des amis ! Le lundi et le mardi, la librairie restera ouverte, beaucoup de clients viendront s’y constituer des réserves de lecture, mais les deux libraires comprennent qu’elles ne sont plus en sécurité.

Fermeture. Confinement. Angoisses… Que va devenir la librairie, l’ADN de Laurence ? Eh bien, ce sera d’abord l’occasion de renourrir un élément qu’elle avait un peu perdu de vue à cause de la surcharge de travail administratif : Tableau noir de la librairie Antigone, le blog de la librairie, un tableau qui existe réellement derrière le comptoir ! Et puis, elle va répondre aux nombreux courriels des clients qui passent commande : Laurence préparera les étiquettes, de son côté, Nadège qui habite Gembloux, préparera les colis avant de les déposer à la poste ou même de les livrer chez les clients ! Mais mi-avril, Laurence ne résistera plus : Antigone lui manque, c’est sa vie, elle doit y retourner. Ce sera deux jours par semaine, continuant le train-train des livraisons et du blog…

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Pendant le confinement, Laurence a donc gardé le contact avec ses amis, traduisez, les clients. Elle s’est aussi rendu compte, comme tant d’entre nous, que le monde, les gens, allaient trop vite, qu’il était temps de lâcher du lest, de retrouver un rapport naturel au Temps. Pour preuve, des nouveaux clients ont pointé le bout de leur nez, des lecteurs qui ont décidé d’abandonner l’achat en ligne : les livraisons chez Antigone, c’est deux fois par semaine, alors, les clients attendent, après tout, rien ne presse, il suffit de vivre.

Le confinement a aussi permis à Laurence de rattraper son retard côté lectures ! Elle avait laissé pas mal de bouquins en souffrance, tel La langue de ma mère, paru en 2011 et prêté depuis deux ans par un ami client ! Un ouvrage de Tom Lanoye… Tiens, un Belge ! Les auteurs belges, une part importante de ce qu’aime et promeut Laurence chez Antigone. Car, si la librairie est généraliste, la part belle est faite aux auteurs de chez nous, un des facteurs qui lui vaut le label de "Librairie de qualité".

On y trouve des auteurs tels Eva Kavian, Armel Job, Bernard Tirtiaux, Jérôme Colin, Kroll ou encore le gembloutois Michel Torrekens… Laurence organise aussi régulièrement des rencontres avec eux. D’ailleurs, son plus chouette souvenir, c’est Caroline De Mulder et Ego Tango, paru en 2010 chez Champs Vallon ; Laurence l’a dévoré et a reçu l’auteure chez Antigone… la veille d’être couronnée par le Prix Rossel 2011 ! Depuis lors, l’auteure est déjà revenue souvent à Gembloux !

Ces rencontres, ce sont des moments intenses par lesquels Laurence s’intègre au substrat socioculturel de Gembloux, sa ville d’adoption, travaillant avec les bibliothèques et collaborant à la Fureur de Lire. Signe des liens intenses entre Laurence et sa clientèle régionale, les Gembloutoi (se) s et les Sombreffoi (se) s peuvent régler leurs achats chez Antigone avec la monnaie locale, l’Orno, en référence à l’Orneau, la rivière qui arrose la petite cité. Comme le dit notre libraire "une libraire doit lire et conseiller, mais elle doit aussi écouter ses clients par qui elle apprend beaucoup !"

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L’un des auteurs belges favoris de Laurence, pour ne pas dire son chouchou, c’est Paul Colize ; elle le suit depuis ses débuts et l’a défendu à l’occasion de sa participation au jury du prix Victor Rossel en 2013, pour Un long moment de silence. Alors, son coup de cœur pour vos lectures de l’été, c’est évidemment…

« Toute la violence des hommes », de Paul Colize, éditions Hervé Chopin, 2020.

Une jeune femme est retrouvée dans son appartement bruxellois, tuée de plusieurs coups de couteau. Tout accuse Nikola Stankovic, artiste marginal, dernière personne que la victime a appelée avant sa mort. Il apparaît sur les caméras de surveillance juste après le meurtre, la police retrouve ses vêtements maculés de sang et découvre des croquis de la scène de crime dans son atelier. Sous ses airs d’enfant perdu, Niko est un graffeur de génie que la presse a surnommé le Funambule après l’apparition d’une série de fresques anonymes ultra-violentes dans les rues de la capitale. Muré dans le silence, sous surveillance psychiatrique, le jeune homme nie tout en bloc. Pour seule ligne de défense, il ne répète qu’une phrase : "c’est pas moi".

Mais Laurence tient absolument à vous conseiller d’autres livres, pour les grands et les moins grands : "Les fantômes d’Issa" (Estelle-Sarah Bulle, L’école des loisirs, 2020), "Une vie en Milonga" (Fanny Chartres, L’école des loisirs, 2020), "L’homme qui dépeuplait les collines" (Alain Lallemand, JC. Lattès, 2020), "Les hommes ont aussi la chair de poule" (Karine Lambert, Storylab Editions, 2020), "Loup et les hommes" (Emmanuelle Pirotte, Le Cherche-Midi, 2018).

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Un bel été en perspective !

LIBRAIRIE ANTIGONE, Place de l’Orneau 17 – 5030 Gembloux

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