Portrait de libraire : Géraldine Frognet, Ovni

Voici une proposition d’escapade pour les beaux jours qui s’installent en Belgique : Arlon, chef-lieu de la province de Luxembourg. Si vous passez par là et si vous êtes amateur de lieux et de personnalités atypiques, un conseil : allez jeter un coup d’œil à la libraire Ovni et à sa pétillante propriétaire ! Impossible de savoir si l’ovni est " la librairie " ou " la libraire "… En fait, c’est un tout !

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Géraldine est née à Arlon. Depuis sa plus tendre enfance, elle voue une passion immodérée à la lecture. Elle a toujours trainé dans les librairies, jamais dans les bibliothèques. À l’époque, dans cette petite ville du Luxembourg, la librairie Point Virgule était déjà une référence pour la jeune fille qu’était Géraldine : ses parents l’y déposait et, des heures durant, elle flânait, regardant les titres, auscultant les éditeurs, découvrant les auteurs, dévorant les 4e de couverture… et des passages intérieurs aussi ! En fait, Géraldine savait déjà ce qu’elle voulait faire plus tard… ouvrir un magasin, mais elle avait deux pistes : les chaussures ou les livres ! Il faut dire qu’elle est une inconditionnelle des souliers "en bonne femme que je suis (rires), je n’en ai pas beaucoup de paires, mais elles sont toutes très belles, de qualité, il y en a que j’ai depuis 20 ans !".

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Le processus est en marche. Elle opte finalement pour l’idée d’ouvrir une librairie… Ses nombreuses visites à la librairie Point Virgule mais aussi chez Antigone, à Gembloux, vont, en quelque sorte, "former" Géraldine, qui acquiert pendant plusieurs années un véritable savoir encyclopédique concernant le livre dans tous ses états.

Mais à 18 ans, chimérique de se lancer dans l’ouverture d’une librairie. Elle entreprend des études de Droit, et à la fin de la 4e année, elle décide d’arrêter ! Que vont en penser ses parents ? "Maman m’a dit qu’il était temps que je me décide, elle en avait assez de me voir malheureuse… Bon, papa a été fâché, arrêter si près du but ! Il a boudé pendant une semaine, mais il a compris que j’avais un projet de vie". C’est vrai, ouvrir une librairie à 22 ans, ça ne fait pas très sérieux, mais selon Géraldine, les études qu’elle avait entreprises étaient une sorte de légitimation, elles démontraient que c’était une fille sérieuse !

Avant que ne s’éteigne le 2e millénaire de notre Histoire, en 2000, Géraldine ouvre SA librairie, La Lettre écarlate, un lieu déjà bien typé, chaleureux et surtout, humain. Mais, elle l’avoue : d’un point de vue financier, ça n’a jamais été une réussite, mais peu importe, ce qui compte, ce sont les rencontres avec les clients. Très vite, elle participe régulièrement à La Librairie francophone, d’Emmanuel Khérad. À l’issue de quelques déboires et déconvenues, mais aussi d’une certaine lassitude, Géraldine décide de tout changer. Quelques jours de travaux et, le 26 mai 2017, elle ouvre sa nouvelle librairie. Adieu La Lettre écarlate, bienvenue à Ovni !

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Inauguration de la librairie Ovni © Tous droits réservés

"Ovni, c’est une librairie minimaliste, quelques boites accrochées aux murs, des livres dedans, c’est tout". Il n’y a donc pas des milliers de références disponibles chez Géraldine, elle a ainsi corrigé son ancien travers qui était d’accumuler et qui avait fait de sa première librairie, "un véritable bazar, avec des livres partout !". Ovni, c’est un lieu que l’on pourrait qualifier de zen ; lorsqu’il y a un livre vendu, cela crée un trou dans une boîte, il suffit de combler le trou ! L’une des caractéristiques de cette librairie, c’est qu’on y trouve… tout ce que Géraldine a envie d’y voir, ce qui ne l’empêche pas de répondre aux desiderata de tous ses clients, évidemment ! Cette non-accumulation est donc, pour notre libraire, un moyen de respecter sa promesse, son obsession : ne plus jamais avoir de problème d’argent !

Et le concept de Géraldine lui a particulièrement réussi durant la crise sanitaire de la Covid-19. D’abord, elle a décidé de fermer, en parfaite connaissance de sa situation : sans vente aucune, elle pouvait survivre pendant quelques mois… d’autant qu’elle a épousé un professeur de français, Fabien, dont le traitement continuait de rentrer, malgré le confinement, permettant de faire vivre le couple et ses quatre enfants… Géraldine a aussi décidé que dans ces conditions sanitaires, elle ne voulait mettre la vie de personne en danger, et certainement pas en proposant l’envoi postal, "hors de question de faire courir des risques à nos facteurs ! et pas plus en me mettant à livrer moi-même (rires)".

Il est vrai que le minimalisme d’Ovni veut dire stock réduit, donc pas de grands problèmes de trésorerie, d’autant que le magasin se situe au rez-de chaussée de l’habitation familiale, donc, pas de loyer, seulement des charges fixes, comme tout le monde. Et si la situation avait dû perdurer plusieurs mois encore ? "Peut-être qu’Ovni aurait fini par disparaître, mais la librairie aurait fini par renaître de ses cendres, je n’étais pas inquiète". Géraldine s’est aussi dit que ceux qui voulaient lire trouveraient de quoi se mettre sous la dent chez eux, quitte à redécouvrir des vieux bouquins… ou bien alors, demander au voisin ce qu’il avait chez lui !

 

Cette période de confinement et de fermeture a permis à Géraldine de comprendre à quel point le livre est un lien de vie, il est trait d’union entre elle et les lecteurs. Elle le savait, mais en est aujourd’hui plus certaine encore : ce qui compte, ce sont les relations humaines, elles sont indispensables, chez Ovni, on papote, on demeure des heures ; Géraldine est attachée à ses clients, et c’est réciproque, en fait, le livre est le medium par excellence pour les contacts. Pendant le confinement, Géraldine-la-Libraire a fêté ses 20 ans… Triste, non ? Pourtant, elle en a eu des surprises !

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Au-delà de cet aspect, pour elle, le livre est un objet sacré, c’est pourquoi vous ne trouverez pas de magasin Ovni en ligne, sans compter que Géraldine n’aime pas le livre numérique : il faut voir les gens en vrai, rire, pleurer, toucher les livres.

Bref, vous l’aurez compris, Ovni et Géraldine, c’est comme chou vert et vert chou, les deux se confondent, ils ne forment qu’une entité, ô combien attachante, extravagante… et tellement atypique ! Point de vue lecture, Géraldine l’avoue : " J’aime le livre, de façon compulsive, obsessionnelle… je regarde le nombre de page, je suis fascinée par les chiffres, 300 + 400 + 700 pages… ". Un livre chasse l’autre, donc, pas d’auteurs préférés chez elle… sauf un : Mathieu Riboulet, hélas décédé à 57 ans, en 2018. Géraldine a lu tout son œuvre – ce qu’elle ne fait jamais - un peu moins d’une vingtaine d’ouvrages : bluffant, intelligent, puissant… Géraldine a eu la chance de le rencontrer lors de la sortie de Entre les deux il n’y a rien (Verdier, 2015), c’était à Bruxelles, "j’ai failli tomber en pamoison ! Mathieu Riboulet, c’est une autre dimension, une Homme, avec un H majuscule !".

Bon, pour terminer, voici quelques propositions de lecture de la part de Géraldine…

« Géante », de Jean-Christophe Deveney et Nuria Tamarit, chez Delcourt, collection Hors Collection, 2020

Un gigantesque conte initiatique et féministe qui parle avec finesse de différence, d’amour, de liberté et de quête de l’idéal. À mettre entre toutes les mains !

« Les Magnolias », de Florent Oiseau, chez Allary, 2020

Il y a des gens, dans la vie, dont l’unique préoccupation semble d’imaginer des noms de poneys. Alain est de ceux-là. Sa carrière d’acteur au point mort, le quarantenaire disperse ses jours. Chez Rosie en matinée – voluptés de camionnette – et le dimanche aux Magnolias – où sa grand-mère s’éteint doucement. On partage une part de quatre-quarts, sans oublier les canards, et puis mamie chuchote : " J’aimerais que tu m’aides à mourir. " Autant dire à vivre… La seconde d’après, elle a déjà oublié. Pas Alain. Tant pis pour les poneys : il vient de trouver là, peut-être, un rôle à sa portée…

« Peau d’homme », d’Hubert et Zanzim, chez Glénat BD, 2020

Dans l’Italie de la Renaissance, Bianca, demoiselle de bonne famille, est en âge de se marier. Ses parents lui trouvent un fiancé à leur goût : Giovanni, un riche marchand, jeune et plaisant. Le mariage semble devoir se dérouler sous les meilleurs auspices même si Bianca ne peut cacher sa déception de devoir épouser un homme dont elle ignore tout. Mais c’était sans connaître le secret détenu et légué par les femmes de sa famille depuis des générations : une " peau d’homme "…

Les Simples », de Yannick Grannec, chez Anne Carrière

1584, en Provence. L’abbaye de Notre-Dame du Loup est un havre de paix pour la petite communauté de bénédictines qui l’occupe. Les religieuses doivent leur indépendance inhabituelle à la faveur d’un roi, et leur autonomie au don de leur doyenne, sœur Clémence, une herboriste dont certaines préparations de simples sont prisées jusqu’à la Cour. Mais le nouvel évêque de Vence, Jean de Solines, compte s’approprier cette manne financière en envoyant en inspection deux vicaires dévoués, dont le jeune et sensible Léon, à charge pour eux d’y trouver matière à scandale ou, à défaut… d’en provoquer un...

Bonne lecture !

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