Politiciens et amateurs de lecture... Bénédicte Linard

Vous le croirez ou pas, mais politique et passion de la lecture font souvent bon ménage ! Exemple :  Bénédicte Linard. Née à Ottignies, elle vit aujourd’hui dans la jolie petite ville d’Enghien, en province de Hainaut. Elue députée en 2013 au Parlement Wallon, depuis septembre 2019, elle est Vice-Présidente de la Fédération Wallonie-Bruxelles mais aussi – et surtout - ministre de l’Enfance, de la Santé, de la Culture, des Médias et des Droits des Femmes.

Au-delà de sa carrière politique, cette professeure de français est aussi amateure de lecture, voici donc les coups de cœurs de Madame la ministre de la Culture, avec son "petit mot au sujet de chacun" !

« Moi qui n’ai pas connu les hommes » de Jacqueline HARPMAN, Stock, 1995

Grande qualité littéraire sur fond de féminisme à la belge…

Elles sont quarante, enfermées dans une cave, sous la surveillance d’impassibles gardiens qui les nourrissent. La plus jeune ? la narratrice ? n’a jamais vécu ailleurs. Les autres, si aucune ne se rappelle les circonstances qui les ont menées là, lui transmettent le souvenir d’une vie où il y avait des maris, des enfants, des villes.

Mystérieusement libérées de leur geôle, elles entreprennent sur une terre déserte une longue errance à la recherche d’autres humains ? ou d’une explication. Elles ne découvrent que d’autres caves analogues, peuplées de cadavres. On a pu parler de Kafka, de Paul Auster ou du Désert des Tartares au sujet de cette œuvre à la fois cauchemardesque et sereine, impassible et bouleversante.

« Le nom de la rose » d'Umberto ECO, Grasset, 1983

Une intrigue prenante qui pose la question de la place de l’érudition, de la science et du plaisir dans une société médiévale sous le joug de l’Inquisition…

C’est d’abord un roman policier, un vrai, un grand polar, qui sort à jets savamment cadencés d'une plume que se disputent Conan Doyle et saint Thomas d'Aquin : une "série noire" pour amateur de crimes en série et de criminels hors pair qui ne se découvrent qu'à l'ultime rebondissement d'une enquête allant, en humour et en cruauté, malice et séductions érotiques, train d'enfer dans un lieu voué au silence, à la chasteté, à la prière. Car oyez, oyez, bonnes gens : c'est le moine qu'on assassine. Tout advient en l'espace de sept jours (une mort violente par jour) dans la très sainte enceinte d'une abbaye bénédictine située entre Provence et Ligurie, en l'an de grâce et de disgrâce 1327.

« L’Innommable » de Samuel BECKETT, Editions de Minuit, 1953

La quintessence de la langue française dans toute sa puissance…

Samuel Beckett situe chacun des protagonistes de sa trilogie, MolloyMalone meurt et L'Innommable, dans un cercle bien distinct, afin qu'ils atteignent, peut-être, le néant auquel ils aspirent. D'un roman à l'autre, ce cercle est de plus en plus réduit. Le cercle imparti à l'Innommable se réduit à un point, c'est le trou noir au centre d'une galaxie, là où l'espace-temps se déforme, où tout est happé et s'engouffre sans pour autant disparaître. L'être qui réside en ce point est nécessairement sans nom puisqu'il s'agit de " je ”, ce “ moi ” à jamais non identifiable.

Figé, le corps de l'Innommable est incapable du moindre mouvement. Cependant il a à parler. Ses précédents personnages, Molloy, Malone et les autres passent et repassent, tournant autour de lui. Ils semblent avoir ourdi un complot pour le contraindre à continuer d'être, le forcer donc à continuer de dire. Alors l'Innommable va créer d'autres mondes, donner voix à d'autres lui-même. Les personnages qu'il devra essayer d'être - avec lucidité, mais sans jamais se départir de son humour –, seront tour à tour Mahood, homme-tronc fiché dans une jarre, puis Worm, visage indistinct qui n'est qu'oreille tressaillante et terrible inquiétude d'un unique œil aux aguets.

« Blacksad. L’Enfer, le silence » de GUARNIDO et Díaz CANALES, Dargaud, 2010

B.D. sous forme de polar animalier extrêmement juste dans son humanitude…

Années 1950, La Nouvelle-Orléans, où la fête de Mardi gras bat son plein. Grâce à Weekly, un producteur de Jazz dénommé Faust fait la connaissance de Blacksad. Faust demande à ce dernier de s'occuper d'une affaire : un de ses musiciens, le pianiste Sebastian, a disparu. Il n'a pas donné signe de vie depuis des mois, mettant en péril le label musical privé d'une star.

Faust craint que Sebastian ait, une fois de trop, sombré dans la drogue. Sa requête est d'autant plus pressante que Faust se sait atteint d'un cancer. Blacksad accepte la mission et découvre peu à peu que Faust ne lui a pas tout dit. Il s'aperçoit qu'il est lui-même manipulé, mais décide tout de même de retrouver Sebastian pour comprendre les raisons de sa disparition. Il ne sait pas encore qu'il va connaître son enquête la plus éprouvante, à plus d'un égard.

« Les yeux rouges » de Myriam LEROY, Seuil, 2019

Parce qu’il y a des sujets de société dont il faut parler…

Dans ce roman âpre, où la narratrice ne se dessine qu’au travers d’agressions accumulées, de messages insistants, où l’atmosphère étouffante s’accentue à mesure que la dépossession se transforme en accusation, Myriam Leroy traduit avec justesse et brio l’ère paradoxale du tout écrit, de la violence sourde des commentaires et des partages, de l’humiliation et de l’isolement, du sexisme et du racisme dressés en meute sur le réseau.

« La Sorcière » de Camilla LÄCKBERG, Actes Sud, 2017

Plaisir de vacances, avec piscine et transat…

Une petite fille de quatre ans est retrouvée assassinée dans la forêt, sous un tronc d’arbre. Fait troublant : la fillette gisait à l’endroit où, trente ans plus tôt, avait été découvert le corps sans vie de Stella, une enfant du même âge qui habitait la même ferme que la défunte. À l’époque, deux adolescentes, Marie et Helen, avaient été condamnées pour le meurtre. Désormais mariée à un militaire autoritaire et psychopathe, Helen mène une vie recluse, non loin de la ferme, dans l’ombre des crimes passés. La belle Marie, quant à elle, est devenue une star du cinéma à Hollywood ; pour la première fois depuis la tragédie, elle revient à Fjällbacka pour un tournage. Cette coïncidence et les similitudes entre les deux affaires sont trop importantes pour que Patrik Hedström et son équipe puissent les ignorer… De son côté, Erica Falck écrit un livre sur l’affaire Stella. Une découverte la trouble : juste avant son suicide, le policier responsable de l’enquête à l’époque s’était mis à douter de la culpabilité des deux adolescentes. Pourquoi ?

« Tout est calme » d'Yvan POMMAUX, L’Ecole des loisirs, 1999

Moment privilégié répété avec mes enfants…

Tout est calme. Un chat guette une souris. Un pêcheur pêche. Un garçon se promène, une grand-mère aussi. Deux lions de pierre font semblant de dormir. Mais soudain passe une jolie patineuse... et c'est le coup de foudre. Alors le monde devient fou. Oui, quand des amoureux se rencontrent, il peut arriver qu'un lion de pierre bondisse de son socle pour les dévorer et qu'une vieille dame donne des coups de parapluie pour les défendre !

« Monster » de Naoki URASAWA, Kana, 2004

Entrée dans le monde du manga et dans l’antre du monstre…

L’histoire d’un jeune neurochirurgien japonais, Kenzô Tenma qui, fiancé à la fille du directeur de son hôpital de Düsseldorf, va opérer un garçon blessé d’une balle dans la tête avant de soigner le maire de la ville… La sœur jumelle du jeune garçon est également hospitalisée, chiquée : leurs parents adoptifs ont été assassinés… Le garçon s’en sort, le maire décède… Tenma est donc rétrogradé tandis que sa fiancée le quitte ! A la suite du mystérieux meurtre de trois hauts responsables de la clinique, le garçon et sa sœur disparaissent… Tenma découvrira bien plus tard que l’auteur des meurtres n’est autre que le garçon qu’il avait sauvé : Johann est devenu un monstre… Le premier épisode d’une très longue série manga !

« Kivu » de Jean VAN HAMME et Christophe SIMON, Le Lombard, 2018

L’envers du miroir de notre société technologique sur fond d’héritage colonial sombre…

Ingénieur fraîchement diplômé, François travaille pour un puissant consortium industriel. Il se voit confier la négociation d'un important contrat au Congo. Sur place il découvre le règne du cynisme et de la corruption, dans des proportions qu'il n'aurait jamais pu imaginer. Son destin bascule définitivement quand sa route croise celle de Violette, une enfant congolaise traquée par un puissant chef rebelle.

« Sangre Azul » (« Sang bleu ») de Zoe VALDES, Actes Sud, 1994

Saveurs cubaines d’une écrivaine en exil…

À Cuba et à Paris, Attys, la jeune fille, poursuit l'ombre de Gnossis, le peintre qui lui a donné puis retiré son amour. Imprévisible, exigeant, il l'a initiée au secret de sa quête : un bleu absolu, caché au-delà des apparences, et qui parfois affleure au plus intime des corps. Mais ce qu'Attys a vécu, le prisme de sa mémoire le lui renvoie de manière kaléidoscopique, comme si l'emblème des événements prenait sans cesse le pas sur leur réalité. Envoûtant, onirique, douloureusement sensuel et, à sa manière, surréaliste, ce récit d'une fin d'adolescence caraïbe frappe par l'audace de ses images, et par tout ce que Zoé Valdés y laisse deviner d'une jeunesse cubaine dans l'indépendance, dans l'effervescence de ses rêves.

 

Bonne découverte et agréable lecture !

Newsletter TV

Recevez chaque jeudi toute l'actualité de vos personnalités et émissions préférées.

OK