Plongez dans les tréfonds de l'âme humaine avec notre sélection littéraire de la semaine

Pour ce septième chapitre, Sous Couverture accueillait David Van Reybrouck et Frank Andriat dans sa bibliothèque. Au programme ? De la poésie, du bling bling, du football et une mystérieuse maison hantée… entre autres !

David Van Reybrouck pour “Odes”, éd. Actes Sud, 2021

La partition sensible d’un écrivain qui pose sur le monde un regard humaniste et progressiste

Dans une langue magnifique et superbement traduite en français, l’auteur de Congo, Une histoire, Prix Médicis de l’Essai en 2012, partage ses enthousiasmes et ses émerveillements. Tout est prétexte à ces odes qui explorent le beau et le sensible : la musique, l’art moderne, les rencontres, les amis disparus, la marche, les voyages. On pense picorer quelques textes et y revenir plus tard : on referme la dernière page du livre et on se rend compte qu’on l’a lu d’une traite ! Van Reybrouck n’est pas seulement un essayiste passionnant et un citoyen engagé, c’est aussi l’une des plus belles plumes du Nord du pays.

Frank Andriat, pour “Lorsque la vie déraille”, éd. Quadrature, 2021

Chacun peut se reconnaître dans ces nouvelles saisies dans le train

Frank Andriat n’arrête pas d’écrire et de publier. Souvent, ses livres célèbrent la beauté de la vie. Ce recueil de nouvelles offre une face un peu plus sombre comme le laisse présager son titre. Toutes les nouvelles du livre se passent à bord des trains ou dans les gares. Même les passages à niveau ont leur importance, parfois. Dans la plupart d’entre elles, ces déplacements et ces lieux de passage sont l’occasion d’observer de près le petit théâtre des vies qui se croisent, se font et se défont. Les personnages d’Andriat sont attachants jusque dans leur incapacité à poser les actes héroïques dont ils rêvent.

La " Supercherie " d’Anne-Sophie Delcour : “J’ai séquestré Kim Kardashian”, de Yunice Abbas et Thierry Niemen, Éditions de l’Archipel, 2021

Entre apologie du crime et récit de vie, confession d’un papy braqueur

Avec gouaille et panache, sans esbroufe ni remords, Yunice Abbas, 67 ans, livre nombre de révélations et d’anecdotes inédites sur ce que l’on a appelé " le casse du siècle ". L’occasion, aussi, de corriger les récits rocambolesques colportés sur une affaire qui n’a pas révélé tous ses mystères. Le 3 octobre 2016, à Paris, Kim Kardashian, bâillonnée et ligotée, se fait dérober pour 9 millions d’euros de bijoux. Ses agresseurs-voleurs, vêtus de K-ways et de casquettes de police, exécutent leur méfait sans violence ni agressivité. Abbas fait partie de ces " papys braqueurs " et raconte avec exactitude le déroulement de ce hold-up à pied et à vélo. Il raconte aussi le fiasco final d’une opération presque parfaite.

La chronique de Marie Vancutsem : “Les billes du Pachinko”, d’Élisa Shua Dusapin, éd. Folio, 2020

Un roman sur les liens familiaux, sur l’amour et les malentendus : délicat et compliqué.

À vingt-neuf ans, Claire décide d’aller passer l’été auprès de ses grands-parents. Ils ont quitté leur Corée natale pendant la guerre, lors de la scission du pays. À Tokyo, ils ont ouvert un établissement de pachinko. Le pachinko, c’est l’étrange croisement entre la machine à sous et le flipper : il fait gagner des billes qui s’échangent contre des cadeaux, plus ou moins importants selon le nombre. Claire décide d’offrir à ses grands-parents le voyage jusqu’en Corée où ils ne sont jamais retournés. Mais le souhaitent-ils véritablement ?

De plus, tandis qu’elle enseigne le français à la petite Mieko, la jeune femme peine à se souvenir de la langue de ses aïeux. Dès lors, comment pourra-t-elle les convaincre d’entreprendre ce voyage ? Confrontée au silence et à l’oubli, Claire tente de renouer des liens si longtemps abîmés par l’histoire. Les billes du Pachinko, c’est un troublant roman de filiation  Élisa Shua Dusapin excelle à décrire l’ambiguïté des relations familiales, les cruels malentendus qui vont de pair avec un attachement profond. Un roman où les cinq sens sont mis à contribution, un roman qui offre une évasion tellement utile en ce moment.

La chronique de Lucile Poulain présente le Prix 1ère 2021 : “Le Démon de la Colline aux Loups”, de Dimitri Rouchon-Borie, éd. Le Tripode, 2021

L’âme humaine peut être profondément, durablement, désespérément noire. 

Le Démon de la Colline aux Loups, c’est le journal d’un homme perdu. À jamais. Perdu parce que les démons, trop souvent, triomphent de l’amour. Un homme qui n’a appris son prénom, c’est-à-dire comment il s’appelle, que très tard, après son sauvetage par les services sociaux. Duke a découvert les mots en prison, la puissance du langage, sa vertu libératrice. Emprisonné pour très longtemps, Duke a écrit son journal, dans une telle urgence, comme un bolide lancé à une telle vitesse que rien ne pourra l’arrêter. Il doit parler, raconter ce qui, pour la plupart d’entre nous, reste l’impensable. Et pourtant, on sait que cela arrive. 

L’enfance bousillée par des adultes monstrueux que l’on souhaiterait innommables, mais qu’il faut appeler des parents violeurs, pédophiles, incestueux. L’enfant tué s’est mué en un adulte empli de douleur, de rage et de violence et aussi capable d’aimer. Pourtant, le chemin, malgré les mains tendues, inexorablement, l’a ramené en enfer

Le démon de la colline aux Loups est le premier roman de ce quadragénaire français qu’est Dimitri Rouchon-Borie, un journaliste spécialisé dans la chronique judiciaire et le fait divers. Il a arpenté les tribunaux et rencontré ces êtres que la société, le système, la meilleure volonté, ne semblent pouvoir sauver. Ils s’enfoncent alors dans une nuit dont Dimitri Rouchon-Borie décrit, avec intelligence, les ombres sauvages. L’auteur est l’une des grandes révélations de la rentrée d’hiver, son roman est somptueux tout autant que glaçant.

 La chronique de Gorian Delpâture : “Les héritages”, de Gabrielle Witkopp, éd Christian Bourgeois, 2020

Un roman inédit, au vocabulaire recherché, moderne, maniant humour et macabre

En 1895, Célestin Mercier fait construire sa maison, la villa Séléné, en bord de Marne, se nommait Célestin Mercier et fut retrouvé pendu dans l’attique de sa demeure… Depuis lors, bien des propriétaires et locataires ont défilé. Félix Méry-Candeau, bibliophile et amateur de roulette russe, Constance Azaïs une belle dévote, torturée par le doute ; Claire Pons, elle peint ses visions… Puis, il y a eu ce couple sordide, les Vandelieu. N’oublions pas l’inspecteur corse Mausoléo et son épouse Andrée qui " tue ce qu’elle aime "… 

Il y a aussi eu les immigrés juifs cachés dans les caves, Hugo, le déserteur allemand avec sa compagne, Antoinette. Passons sur Mauricette, la Martiniquaise ou les sœurs moine, féministes se régalant de duels d’araignées ! Ah, il y a aussi Joseph, le pharmacien exhibitionniste, l’égyptologue James Marshall Wilton et Cédric, malade du Sida dont le seul ami est le rat, Astérix ! Devenue insalubre, la maison sera rasée en 1995. Un siècle, deux guerres, des mœurs, des destinées tragicomiques qui font la vie d’une maison… en compagnie du fantôme de son premier propriétaire !

La chronique de Michel Dufranne : “Le corps et l’âme”, de John Harvey, éd. Rivages/Noir, 2021

Entre présent et passé, un polar dont les protagonistes ne peuvent que provoquer de l’empathie…

L’ultime aventure du personnage de Frank Elder, inspecteur de police à la retraite. Retiré à l’extrémité des Cornouailles, Frank s’est lié une relation avec Vicky, mais il ne faudrait pas qu’elle prenne trop d’importance… Lorsque Frank découvre sa fille, Katherine, devant sa porte, épuisée et des bandages autour des poignets, c’est évident : il y a un problème. Katherine a rompu avec l’artiste-peintre pour qui elle était modèle… pas facile pour elle.

Le problème prend une tout autre tournure lorsqu’on retrouve le peintre en question, assassiné dans son atelier, devant les tableaux pornographiques pour lesquels Katherine posait : la jeune femme devient le suspect numéro un ! Frank va devoir enquêter pour prouver l’innocence de Katherine, et pour cela, père et fille vont devoir remonter le passé et le drame intime vécu quelques années auparavant par Katherine. L’occasion pour Frank de faire son introspection : quelles sont les erreurs qu’il a commises avec son ex-femme, Joanne, sa fille, au boulot même ? Quel est le sens de sa vie ? Un polar captivant et envoûtant, sur fond de blues.

La chronique surprise : Himad Messoudi, avec “Ma vie en rouge et blanc”, d’Arsène Wenger, éd. JC Lattès, 2020

L’autobiographie d’un des entraîneurs les plus fascinants, mystérieux et respectés

Arsène Wenger se raconte pour la première fois. Par son approche du jeu, sa rigueur, ses idées novatrices, celui que l’on a souvent surnommé " Le Professeur ", a marqué le monde du football et a transformé le métier de l’entraîneur en art. Comment l’enfant de Duttlenheim, en Alsace, a-t-il réussi à devenir l’un des entraîneurs les plus admirés ? Comment a-t-il bâti la fabuleuse équipe des Invincibles à Arsenal ? Comment a-t-il orchestré la transformation de ce club ancien et traditionnel qui est passé de 70 à 700 salariés et a célébré tant de titres ?

Arsène Wenger évoque chaque rencontre décisive, chaque club qu’il a entraîné, les joueurs qu’il a pu recruter et accompagner à leur meilleur niveau. Il partage les moments les plus importants, les victoires fameuses et les défaites terribles, ses valeurs face à un monde du foot qui a connu des années noires et tant de démesure. Il nous offre une vie de passion et de précieuses leçons. Un livre incontournable pour les passionnés de football et en particulier les fans d’Arsenal, mais aussi pour tous ceux qui cherchent une leçon de vie, de management, un parcours inspirant.

​​​​​​​Le coup de cœur de Claire GOHAUX, librairie " Pax " à Liège : "Underland”, de Robert MacFarlane, éd. Les Arènes, 2020

Entre littérature, science et récit, une réflexion puissante sur le temps

"Underland", c’est le monde d’en bas, les lieux où hommes et femmes enfouissent leurs secrets honteux ou merveilleux. Pendant plus de sept ans, l’écrivain Robert Macfarlane a visité des sites souterrains : un laboratoire caché dans une mine de sel sous la mer, des grottes norvégiennes abritant des peintures rupestres mystérieuses, les profondeurs de glaciers d’où surgissent des icebergs monstrueux. Tout ce que nous entreposons, cachons, jetons, laissera une empreinte dans la terre. Quel sera notre legs géologique aux générations futures ? En se faisant écrivain reporter, Robert Macfarlane explore notre rapport au sous-sol, il nous transmet un savoir riche, poétique et précieux. Un voyage captivant !

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