Plongée littéraire dans des histoires de famille

Pour ce cinquième chapitre, Sous Couverture fait connaissance avant le comédien Jonathan Zaccaï et le duo belge formé par Sylvie Roge et Olivier Grenson. Au programme ? Des relations familiales compliquées, les immensités grandioses d’Amérique et une entremetteuse pas très douée… Entre autres !

Jonathan Zaccaï pour “Ma femme écrit”, éd. Grasset, 2021

Drolatique et poignant, un roman totalement original

Jonathan Zaccaï, le comédien du Bureau des Légendes est désormais écrivain. Dans son premier roman, il prend appui sur un épisode qui s’est réellement produit dans son couple pour tisser une autofiction délirante et pleine de dérision. Il imagine son double de papier aux prises avec une crise de paranoïa lorsqu’il découvre que sa femme veut écrire un livre sur sa mère, cette mère peintre qu’il a tant aimée et à propos de laquelle il projetait justement d’écrire un roman. L’occasion, pour Jonathan Zaccaï, de parler de sa mère, Sarah Kalinski, mais surtout de se moquer de sa propre paranoïa avec un humour délicieux. On y croise notamment une Catherine Deneuve parfaitement dans son rôle d’icône.

Sylvie Roge et Olivier Grenson, pour “La Fée assassine”, éd. Le Lombard 2021

Histoire d’un terrible secret de famille et d’une tragédie annoncée

Sylvie Roge et Olivier Grenson sont mariés depuis une trentaine d’années mais La Fée assassine est leur première collaboration. C’est aussi le premier scénario de Sylvie Roge. Tout démarre par un drame, le soir de Noël, suivi par la confession d’une jeune femme en garde à vue, face à son avocat. Peu à peu, le fil se déroule, l’enfance et l’adolescence de sœurs jumelles sous la coupe d’une mère cruelle, autocentrée, destructrice, va amener le lecteur à découvrir les réponses aux questions qu’il se pose. Le dessin, les couleurs et la mise en scène d’Olivier Grenson donnent à ce drame une belle épaisseur.

La " Supercherie " d’Anne-Sophie Delcour : “La vie rêvée d’Étienne D.”, de Gérald Arno, Éditions Marabout, 2021

Rêvez votre vie avec Etienne Dorsay

Étienne Dorsay, ce n’est pas seulement l’alias de Jean Rochefort dans Un éléphant ça trompe énormémentet Nous irons tous au paradis, c’est aussi un compte sur  Twitter, @E_Dorsay, apparu en octobre 2019. À la façon quelque peu placide du personnage incarné par l’inoubliable acteur et comédien qu’était Rochefort, l’auteur pose un regard acéré sur le monde actuel : les vicissitudes du lundi matin, il révèle la beauté cachée du quotidien et de belles bribes de sa vie sociale, que ce soit avec son patron ou sa collègue, Ghislaine.

En rafales de 280 signes toujours bien sentis, "À la façon de…", dans La vie rêvée d’Etienne D. Gérald Arno utilise un vocabulaire parfois suranné, mais ô combien délicieux, on y ressent aussi la langue de jeunes loups, ses "touits" constituent une délicieuse parodie d’une époque pas si lointaine, un recueil totalement addictif qui offre l’opportunité de porter un regard nouveau sur l’actualité.

​​​​​​​La chronique de Michel Dufranne : “Bluebird, bluebird”, de Attika, éd. Liana Levi, 2021

Un polar grisant et opportun sur la collision de la race et de la justice en Amérique

Coup sur coup, deux crimes marquent le quotidien presque tranquille de Lark, dans le Texas, où l’identité des 178 habitants s’arrête à leur couleur de peau. Alors, quand au bord du bayou Attoyac, c’est d’abord le corps d’un avocat noir de Chicago qui est retrouvé, victime semble-t-il d’un passage à tabac, puis, celui d’une fille blanche locale et que, pour enquêter, Darren Mathews, un Ranger noir, débarque, la tension monte immédiatement d’un cran.

D’autant que le shérif local, van Horn, estime que ces affaires sont de son ressort ! Darren est né au Texas, il s’en est éloigné parce qu’il savait toute la difficulté d’y grandir noir. Il ne connaît que trop bien ce coin de terre. Darren va devoir mener seul sa quête pour la vérité et la justice, entre des personnages hauts en couleurs comme Geneva, la patronne du bar, la jeune serveuse Faith, la jolie mais néanmoins veuve éplorée Randie et, évidemment, le potentat des lieux, Wally. Bluebird, bluebird, un suspense aux accents de blues, doublé d’une réflexion toute en nuances sur les racines, les tensions raciales et les discriminations au sein même des communautés.

La chronique de Gorian Delpâture : “En descendant la rivière”, d’Edward Abbey, éd. Gallmeister, 2021

Un plaidoyer écologique à travers les immensités grandioses des Etats-Unis

C’est l’été de ses 17 ans que le futur écrivain et essayiste américain Edward Abbey (1927-1989) a décidé de s’évader de la ferme familiale pour traverser les États-Unis en stop et découvrir l’Ouest américain. Militant écologiste, il n’aura de cesse de décrire son perpétuel coup de foudre pour la nature et les beautés de son pays. Dans En descendant la rivière, nous retrouvons avec Edward Abbey l’auteur, poète et provocateur, à son meilleur, au moment où nous avons le plus besoin de lui.

Ce recueil de nouvelles autour des rivières américaines compose une exploration de la beauté impérissable des derniers grands espaces sauvages américains. Dans ces paysages grandioses, le corps et l’esprit flottent librement. Les récits d’Abbey sont pleins d’humour mais aussi de sarcasmes, on y entend une condamnation passionnée des coups portés à notre patrimoine naturel au nom du progrès, du profit et de la sécurité. Rempli d’aubes enflammées, de rivières brillantes et de canyons radieux, ce recueil inédit est chargé d’une rage sincère et déchaînée contre la cupidité humaine.

La chronique de Lucie Poulain : "Les voies parallèles" d’Alexis Le Rossignol, éd. Plon (2021)

Pour Antonin, l’automne 2002 est bien plus qu’une découverte : c’est une émancipation

Saint-Savin, un petit village de la France rurale où presque toutes les usines ont fermé. Antonin y est le fils unique et quelque peu timide d’un couple qui ne lui marque ni tendresse, ni attentions particulières. Antonin est encore lycéen, il a 16 ans. À Saint-Savin, le jeune homme côtoie Gilles, le patron du Bar des Sports, admirateur de Nicolas Hulot qui aurait bien aimé être un peu connu, il y a Johan, un ancien espoir du basket français désormais accro au jeu. Il y a aussi Véronique, elle tient un vide-greniers et, malgré les accrocs de la vie elle reste belle et digne

Et puis, il y a Lisa, la fille des propriétaires de l’agence immobilière, sans problème d’argent eux. Pour elle, Antonin va oser car c’est de la découverte de l’amour dont il s’agit… Pour ce gars de 16 ans, Lisa va constituer une véritable émancipation, nécessaire, vitale même. Il doit forcer le destin, gagner ou pour perdre. Les voies parallèles, un roman puissant qui met en scène des rêveurs et des destins brisés, d’une manière à la fois dure et objective, avec en toile de fond la poésie douce-amère de l’adolescence, des inquiétudes surfaites et des errances de jeunesse. Tout en émotion et en justesse.

La chronique de Marie Vancutsem : "Love me tender" de Constance Debré, éd. J’ai lu (2021)

Un super livre qui percute, qui secoue, qui ne laisse pas indemne

Love me tender est la suite de Play Boy (éd. Stock, 2018). Évidemment, c’est bien de lire le premier, mais pas indispensable pour appréhender le deuxième ! Constance Debré raconte son histoire, celle d’une avocate qui a un fils avec son compagnon, Laurent. Mais un jour, elle a tout quitté pour se révéler à elle-même son homosexualité.

Cette transformation chamboule sa vie et surtout son ex, qui décide qu’elle est cinglée et qui lui interdira de voir leur fils. Dans Love me tender, elle raconte tout ce qu’elle fera pour revoir son garçon, tout en poursuivant sa mutation, tout en découvrant ses libertés…

Constance Debré est en quête du sens, celui de la vie juste, de la vie bonne. Elle se pose la question de l’autre et de l’amour sous toutes ses formes, de l’amour maternel aux variations amoureuses. Pour être libre, faut-il accueillir tout ce qui nous arrive ? Faut-il tout embrasser, jusqu’à nos propres défaites ? Peut-on renverser le chagrin ? Un livre extrêmement touchant.

La chronique surprise de Mariam Alard : "Emma”, de Jane Austen, éd. Hauteville, 2019

Un chef-d’œuvre littéraire doublé d’un chef-d’œuvre artistique

S’il y a bien UN classique du roman anglais, c’est Emma, de Jane Austen, paru anonymement en 1816. L’œuvre est novatrice et constitue l’un des romans les plus aboutis de l’auteure. Emma est d’une extrême précision, dans tous les sens du terme, et évidemment, l’humour n’en est pas absent, probablement parce que Jane Austen y décrit le petit monde provincial où elle a vécu toute sa vie…

Orpheline de mère, seule auprès d’un père en mauvaise santé, Emma Woodhouse, désormais la maîtresse de maison, a réussi à arranger le mariage de son ancienne gouvernante. Dès lors, elle va tenter d’unir tous les gens qui l’entourent, à commencer par Harriet Smith, une jeune fille qu’elle a recueillie chez elle. Ce faisant, elle s’est peut-être attribué un rôle qui n’est pas ou pas encore pour elle ?

Son inexpérience des cœurs et des êtres, ses propres émotions amoureuses, qu’elle ne sait guère interpréter ou traduire, lui vaudront bien des déconvenues et des découvertesPubliée en 1896 en Angleterre, cette édition chez Hauteville était inédite chez nous ; elle comporte des illustrations de Hugh Thomson, le célèbre illustrateur victorien, dont le travail sur Orgueil et Préjugés est devenu mondialement célèbre.

​​​​​​​Le coup de cœur de Véronique Symons, librairie " Graffiti " à Waterloo : “La vie joue avec moi”, de David Grossman, éd Seuil, 2020

Un huis clos touchant, délicat et poétique autour de l’importance de la transmission.

Un terrible secret déchire depuis longtemps Véra, sa fille Nina et sa petite-fille Guili. Avec Raphi, l’époux de Nina et le père de Guili, tous vont quitter le kibboutz, destination, la terre natale de la grand-mère : la Croatie. L’idée est de tourner un film autour de l’histoire de Véra, ses souffrances, sa condamnation à trois ans de goulag sur l’île de Goli Otok, sous la surveillance de la police secrète du maréchal Tito. Peu à peu, Véra va confier son histoire. Pourquoi elle a refusé de trahir son mari, Milosz, exécuté parce qu’il était un espion stalinien.

Pourquoi elle a abandonné sa fille alors qu’elle n’avait que six ans, ce qui a entraîné Nina à abandonner sa fille Guili. Histoire à rebours, à travers la voix de Guili, on peut comprendre que des destins tragiques forcent des individus à accepter des choix impossibles. Dans La Vie joue avec moi, David Grossman explore de façon magistrale les rapports mère-fille, la question du silence et de la transmission. Au fil des révélations, le livre nous emporte dans un crescendo qui culmine avec une rare intensité émotionnelle et s’achève avec grâce sur le pardon, dans un élan d’amour et de compassion.

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