Parlons littérature suisse romande…

Dans le cadre de la Foire du Livre de Bruxelles 2021, parlons un peu de littérature suisse romande !

La Suisse romande, ou Romandie, ce sont les cantons francophones de Berne, de Fribourg, de Genève, du Jura, de Neuchâtel, du Valais et de Vaud. Évoquer leur littérature ou celle de la Belgique francophone… c’est un peu chou vert et vert chou ! Mais c’est vrai, chaque région et, comme le dit si bien Caroline Coutau, directrice des éditions Zoé installées à Genève : "Chaque "petit pays" possède ses particularités, même si, de nos jours, on peut parler d’une forme de mondialisation de la littérature francophone"…

Évidemment, en littérature suisse romande, il y a les valeurs sûres, historiques, patrimoniales, comme Jacques Chessex (1934-2009), le seul Prix Goncourt suisse, avec L’Ogre (Grasset, 1973), qui traite de la mort du père… Il y a Nicolas Bouvier (1929-1998), un grand voyageur qui a brillé dans les récits qu’il en a faits, recevant d’ailleurs, en 1995, le Grand prix C.F. Ramuz pour l’ensemble de son œuvre…

Justement, la première place des écrivains suisses, est occupée par Charles Ferdinand Ramuz (1878-1947). Il suffit de citer Jean-Luc persécuté, un roman de la montagne oppressant autour de la personnalité et de la vie d’un jeune paysan… Ramuz qui, comme tant d’autres, a été attiré par Paris où il séjournera régulièrement entre 1900 et 1914, tout en voyageant et en retournant régulièrement au pays. Chantre de son pays natal, il a pourtant réussi à faire passer un double refus dans son œuvre : il ne fut jamais parisien, il ne fut jamais régionaliste, voyageur, il était simplement universel !

Aujourd’hui, la grande particularité de la littérature suisse romande, c’est la jeune génération, des trentenaires créatifs qui reflètent une nouvelle diversité, qui propagent un souffle printanier. Ces auteurs se sont totalement débarrassés d’un complexe apparu vers la fin des années 1950, celui d’être Suisse. Désormais, ils assument totalement leur "suissitude" !

Différents éléments expliquent leur succès. D’abord, ils sont devenus hypermobiles, tant physiquement que grâce à internet ! Leur pays accueille aussi de nombreuses nationalités, particulièrement slaves et africaines, qui injectent naturellement des formes de patois qui engendrent une langue française des plus créatives. Multiculturalité et besoin de voyager sont donc des atouts, sans oublier que cette jeune vague ne s’interdit rien et explore tous les genres !

Cette génération a réussi à "digérer" son oralité pour en extraire une nouvelle forme d’écriture. Ils ont aussi un goût prononcé pour l’autofiction dont les Suisses Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) et Henri-Frédéric Amiel (1821-1881) furent des précurseurs. Pour les jeunes auteurs, ce genre participe à leur souci d’authenticité dans le récit et souligne l’importance de la forme par le biais de la langue.

Aujourd’hui, pour cette nouvelle vague, il est une auteure suisse incontournable : Catherine Safonoff. Son La distance de fuite (Zoé, 2017) " ne fait pas tant l’éloge de la fuite que du refuge qui l’oriente : les cabanes de l’enfance, un jardin, le bord d’un lac, un regard d’ami, une chambre à soi, la lecture ", dit-elle. Reconnaissance sortira en août prochain. Dedans, Catherine Safonoff se relit, ses livres deviennent des repères qu’elle cherche à relier. Grave tout autant que drôle !

Mais quels sont les noms de cette fameuse jeune génération ? Ils sont une bonne trentaine et plusieurs sont présents "chez vous" via www.flb.be pour mettre à l’honneur l’hôte privilégié de la Foire du livre qu’est la Suisse. Elisa Shua Dusapin est bien connue chez nous, elle est récemment passée dans "Sous couverture", avec Les billes de Pachinko (Gallimard, 2020). Dans son dernier roman, Vladivostok Circus (Zoé, 2020), elle évoque la belle rencontre entre une jeune costumière et un trio d’acrobates.

Sa rencontre du 11 mai avec avec Alain Freudiger est disponible sur le site de la Foire du Livre.

 

Dans Le Mauvais génie (La Baconnière, 2020), son collègue, Alain Freudiger évoque la vie légendaire du finlandais Matti Nykänen, qui, après avoir été le prodige des années 1980 en matière de saut à skis connaîtra une véritable descente aux enfers entre mariages, ruptures et violences… Bref, deux figures de proue de la nouvelle littérature suisse qui parlent des difficultés du sport et de l’exercice de haut niveau.

Autre prodige helvète, Bruno Pellegrino et son Dans la ville provisoire (Zoé, 2021), l’histoire d’un jeune homme qui, au creux de l’hiver, s’installe dans une ville cernée par l’eau afin de réaliser l’inventaire de l’œuvre d’une célèbre traductrice…

Il a rencontré la française Pauline Delabroy-Allard, auteure de Maison-tanière (L’Iconoclaste, 2021) pour une discussion autour du thème "Les maisons ont de la mémoire", (à revoir ici).

Au sein de cette nouvelle vague, il y a encore Fanny Wobmann avec Nues dans un verre d’eau (Flammarion, 2017) où transparaissent, autour de la vie et de la mort, des bribes de dialectes typiques de la Suisse romande. Dans Une toile large comme le monde (Zoé, 2017), Aude Seigne évoque des gens qui, aux quatre coins du monde, vont tout faire pour se sevrer du numérique afin de retrouver la liberté… Un sujet bien d’actualité.

Antoine Jacquier se réclame de la continuité de Ramuz et de Chessex, il fait partie de la nouvelle vague… tout en ayant pas l’impression d’y être inclu ! Entre France et Suisse, dans Légère et court-vêtue (La Grande Ourse, 2017), il aborde, comme à son habitude, "les thèmes de société que je trouve importants, ce qui m’étonne, me touche, me révolte. L’une des qualités de l’écrivain, c’est l’observation, avoir un regard qui nécessite de faire un pas de côté et de voir les choses différemment des autres."

À 31 ans, Quentin Mouron estime que la richesse de la Romandie est la croisée de cultures très différenciées. Il a déjà près d’une dizaine de livres à son actif ! Avec Jean Lorrain ou l’impossible fuite hors du monde (Olivier Morattel, 2020), cet habitué des thèmes originaux évoque un écrivain français qui fut l’une des figures scandaleuses de la Belle-Epoque…

Enfin, il ne faudrait pas oublier que la Suisse brille également au registre BD… Frédérik Peeters a récemment été mis à l’honneur dans "Sous couverture" pour son dernier album, Oleg (Atrabile, 2021). Peeters est l’un de ces parfaits représentants d’une littérature suisse romande qui brille de jeunesse et d’inventivité, portant haut le drapeau à la croix blanche un peu partout sur la planète.

Newsletter TV

Recevez chaque jeudi toute l'actualité de vos personnalités et émissions préférées.

OK