Nos propositions de lectures pour changer d’air !

Pour sa deuxième émission de l’année, Sous Couverture accueille cette fois-ci Philippe Besson et Caroline de Mulder. Au programme : du féminisme sous une plume caustique, des aventures à vous faire frissonner et une humanité soudainement disparue… Entre autres !

Philippe BESSON pour "Le dernier enfant", éd. Mialet Julliard, 2021

En écrivain de sentiments et du quotidien, Philippe Besson se penche sur le sort d’une mère qui voit son dernier enfant quitter le nid. Une journée, seulement, entre le début et la fin de ce livre qui collectionne chaque petit instant du quotidien pour inventorier le désarroi croissant de cette mère soudain menacée d’inutilité…

Caroline DE MULDER pour "Manger Bambi", éd. Gallimard, 2021

Ceci n’est pas un Bambi de conte de fées !

Un peu plus de dix ans après son apparition en littérature qui lui a valu d’emblée le Prix Rossel, Caroline De Mulder continue de tracer un sillon unique dans les lettres belges. Avec ce Manger Bambi, elle explore un sujet tabou, la violence féminine. Bambi, presque seize ans et des jambes interminables, joue les sugar babies, mais sans respecter les règles. Une fois pris dans son filet, les hommes, elle les dépouille et ne dédaigne pas les faire souffrir. Car Bambi ne connaît d’autre langage que celui de la violence. Un livre écrit dans une langue volontairement empruntée aux Cités qui permet à la romancière de fouiller les motivations, les secrets et les plaies de son héroïne.

La "Supercherie" d’Anne-Sophie Delcour : "Un bon féministe", d’Iván REPILA, éd. Chambon (Actes Sud), 2021

Une histoire d’amour mais aussi l’histoire d’un combat

La révolution féministe sera violente ou ne sera pas… Prenant conscience des combats encore nombreux à mener pour une égalité des sexes, "l’allié" décide de passer à l’attaque. Il s’engage dans une campagne de sexisme extrême. Ralliant autour de lui les plus excités machos du pays, "l’allié" crée un Etat Phallique dont les actions sont de plus en plus fortes, jusqu’à un point de non-retour ! Le prix à payer ? Devenir l’homme qui déteste le plus la femme qu’il aime. Mélangeant sublimement politique, sociologie, provocation et humour, Un bon féministe est un roman dont on se souviendra !

La chronique de Michel DUFRANNE : "Solitudes", de Niko TACKIAN, éd. Calmann-Lévy, 2021

Une bouffée d’oxygène qui donne froid dans le dos !

Élie Martins est garde nature dans le massif du Vercors. Il y a douze ans, une blessure par balle l’a laissé totalement amnésique. Depuis, il s’est reconstruit une vie dans cette région aux hivers impitoyables, aux brumes si opaques qu’elles vous égarent en deux pas. Lors d’une tempête de neige, des traces étranges mènent Élie jusqu’à l’"arbre taillé", un pin gigantesque dressé comme un phare au milieu de l’immensité blanche.

Une femme nue est pendue à ses branches. Cette macabre découverte anime quelque chose sur la toile vierge des souvenirs d’Élie. Aussi épaisses soient les brumes qui les protègent, certaines vérités ne peuvent être oubliées ! La victime est un message à l’attention d’Élie, il en est certain. Il en est aussi terrifié. Le lieutenant Nina Mellinsky, de la police judiciaire, va devoir démêler cette histoire qui va tourner au macabre absolu. Thriller psychologique, certes, mais Solitudes, c’est aussi du suspens dans une ambiance presque aussi lourde que la neige.

La chronique de Lucile POULAIN : "Grand platinum", d’Anthony van den BOSSCHE, Éditions du Seuil, 2021

Entre drame et humour, une extravagante aventure piscicole

Louise a fondé une petite agence de communication. Elle est jeune et démarre une brillante carrière, malgré les aléas du métier, liés en particulier à son fantasque et principal client, un célèbre designer, Stan. Elle doit aussi jongler avec les fantasmes déconcertants de son amant, Vincent. Mais elle a autre chose en tête : des carpes. De splendides carpes japonaises, des Koï.

Celles que son père, récemment décédé, avait réunies au cours de sa vie, une improbable collection qu’il avait dispersée dans plusieurs plans d’eau de Paris. Avec Thomas, son frère, elle doit ainsi assumer un étrange et précieux héritage. Avec l’aide de plein de copains, elle va récupérer ces splendides et rares animaux menacés par des prédateurs avides de gagner de l’argent ! D’ailleurs, Saïto, a déjà été vendu à un habitant de l’île Saint-Louis ! Ce spécimen rarissime devra aussi être sauvé !

La chronique de Marie VANCUTSEM : "De pierre et d’os", de Bérengère COURNUT, éd Le Tripode, 2019

À la gloire et à l’envoûtante découverte d’un monde ancien toujours vivant

Dans l’Arctique, ce monde des confins… Une nuit, une fracture de la banquise sépare une jeune femme inuite de sa famille, avec ses chiens et quelques objets que son père parvient à lui lancer… Uqsuralik est livrée à elle-même, plongée dans la pénombre et le froid polaire. Elle n’a d’autre solution pour survivre que d’avancer, trouver un refuge.

Commence ainsi pour elle, dans cet univers aux conditions extrêmes, une quête où vont se mêler traditions ancestrales, chamanisme, ésotérisme au sein d’une nature impitoyable car, là-bas, les habitants vivent avec les animaux, les esprits… avec les éléments aussi, évidemment. Poursuivant sa recherche d’une vision alternative du monde, De pierre et d’os, de Bérengère Cournut est empreint à la fois de douceur, d’écologie et de spiritualité. Une plongée dans le destin solaire d’une jeune femme eskimo. Cette édition est augmentée d’un cahier de photographies.

La chronique de Gorian DELPÂTURE : "La Terre demeure", de George R. STEWART, éd. Fage, 2018

Le plus stupéfiant des sujets : mort et résurrection de l’Humanité

Une pandémie a décimé la majeure partie de la population mondiale. Seul dans les montagnes nord-américaines, Ish a survécu. Ish va découvrir une Amérique sauvage, il va rencontrer d’autres survivants se terrent ou errent sans but, le regard plein des horreurs qu’ils ont connues. Des parties lyriques, espèces de didascalies, entrecoupent la description des aventures d’Ish et évoquent, dans une langue au style biblique mais gorgé d’informations précises, le sort des êtres et des choses qui composent un monde.

Que deviendront les voitures ? L’électricité ? Les glorieux ponts que le génie des hommes a bâti au-dessus des gouffres ? Les conduites des égouts ? Les chats, les chiens, les chevaux, les vaches… ?

Ish va fonder une famille ; avec quelques autres, ils vont former une petite communauté, une "Tribu", confrontée à l’après, partagée entre la détresse, l’apathie et l’espoir, entre l’exploitation de l’héritage laissé par la civilisation effondrée et la nécessité de tout réinventer pour redonner goût et sens à la vie. Publié aux États-Unis en 1949, la même année que 1984 d’Orwell, La Terre demeure, roman de l’anthropologue George Stewart est considéré comme un classique de la science-fiction. Bien que traduit en français dès 1951 et réédité en 1980, ce roman demeure encore une œuvre méconnue chez nous.

La chronique surprise d’Élodie de SÉLYS, avec "La petite communiste qui ne souriait jamais", de Lola LAFON, éd. Actes Sud, 2014

Une histoire plus proche de la légende d’Icare que de la mythologie des “dieux du stade”

La petite communiste qui ne souriait jamais, c’est Nadia Comaneci, qui voltigea, d’Est en Ouest, devant des juges, sportifs, politiques ou médiatiques, entre adoration des foules et manipulations étatiques. Ce roman est un dialogue fantasmé entre la jeune gymnaste roumaine de quatorze ans, devenue dès son apparition aux J. O. de 1976, une idole pop sportive à l’Ouest et "plus jeune héroïne communiste" à l’Est, et la narratrice, Lola Lafon, "Candide occidentale" fascinée, qui entreprend d’écrire son histoire, doutant, à raison, des versions officielles.

L’histoire d’une jeune fille roumaine face à ses juges, désirée et manipulée également par les États, qu’ils soient communistes ou libéraux. L’histoire, aussi, de ce monde disparu et si souvent caricaturé : l’Europe de l’Est où a grandi Nadia, coupée du monde, aujourd’hui enfouie dans une Histoire close par la chute d’un Mur. Comment raconter cette "petite communiste" à qui toutes les petites filles de l’Ouest ont rêvé de ressembler et qui reste une des dernières images médiatiques non sexualisée de jeune fille sacralisée par un Occident en manque d’ange laïque ?

Le coup de cœur de Pierre BOTSON, librairie " Le Temps de lire " à Libramont : "Ce genre de petites choses", de Claire KEEGAN, éd. Sabine Wespieser, 2020

Là, on peut dire qu’on est en plein dans l’actualité : bouleversant !

Pour écrire Ce genre de petites choses, l’auteure irlandaise Claire Keegan s’est inspirée d’une histoire vraie, l’un de ces faits qui défrayent, en ce moment même, l’actualité, touchant l’Église catholique d’Irlande… En cette fin d’année 1985, dans la petite ville de New Ross, Bill Furlong, est marchand de bois et charbon. Sa mère, domestique, n’avait que quinze ans quand il est né, mais Bill a eu plus de chance que certains autres enfants nés "sans père". Il s’est construit tout seul, il a créé son entreprise, il a fondé une famille.

Des bruits courent au sujet de l’institution des sœurs du Bon Pasteur dont il est l’un des fournisseurs : on y exploiterait des jeunes filles en leur faisant faire des travaux de blanchisserie… et leurs enfants – fatalement illégitimes – seraient placés à l’étranger contre bonne rémunération ! Et c’est vrai que Bill a déjà vu des pensionnaires vêtues d’horribles uniformes, pieds nus… Sa femme, Eileen lui a dit que de telles choses ne les concernaient pas.

Pourtant, trois jours avant Noël, tandis que tous les foyers de la ville s’activent autour de la crèche et de la chorale, cet homme tranquille et généreux va découvrir, au fond de la réserve à charbon des nonnes, une très jeune femme, recroquevillée et grelottante. Ce héros ordinaire qu’est Bill ne pourra faire qu’une seule chose : écouter son cœur et, par nature, le conduire à prodiguer les bienfaits qu’il n’a pas reçus.

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