Musique et voyage dans le temps au menu de ces romans

Pour ce sixième chapitre de l’année, Sous Couverture accueille Jacques Tardi, Dominique Grange et Rudy Léonet. Au menu du jour : de la musique, du rien et de l’esclavageEntre autres !

Jacques Tardi et Dominique Grange pour “Elise et les nouveaux partisans”, éd. Stock, 2021

Elise, jeune chanteuse "montée" de Lyon à Paris en 1958 pour tenter sa chance, tourne le dos au showbiz suite au mouvement contestataire de mai 68.

Refusant le "retour à la normale", elle rejoint le maquis des luttes contre l’exploitation, les injustices sociales, le racisme. Un parcours atypique qui nous mène de la guerre d’Algérie jusqu’à la fin des années 70.

Dans ce roman graphique qui vient de sortir en ce début novembre aux éditions Delcourt, Tardi illustre les années de militantisme de Dominique Grange, sa compagne, chanteuse et scénariste de l’album. Une plongée au cœur des années 70, faites de luttes, de révoltes et d’affrontements.

Tardi et la chanteuse engagée Dominique Grange ont déjà collaboré en 2018 dans un concert spectacle original mêlant dessins, lectures et musique. Avec des projections de planches des albums Putain de Guerre ! et Le Dernier Assaut.

Rudy Leonet pour “AAA – All Areas Access”, éd. Lamiroy, 2021

Rudy Léonet a traversé quatre décennies en promenant son micro dans les coulisses de festivals, les backstages de concerts, les studios d’enregistrement et les rendez-vous codés dans des hôtels confinés. 

"AAA- Access All Areas" (le laissez-passer qui donne accès aux quartiers privés des célébrités), raconte ses rencontres avec des personnalités surprenantes, excentriques, charismatiques, sous un angle inattendu. Des instantanés où l’on croise Björk, Depeche Mode, The Cure, Bowie, Nick Cave, Peter Gabriel, Françoise Hardy, Etienne Daho, INXS, U2 et beaucoup d’autres. Chaque rencontre est illustrée par Clarke. 

“Réminiscences” de Gorian Delpâture : Amélie Nothomb

Aujourd’hui, nous allons remonter dans le temps jusqu’en 1993.

Eh oui, vous aurez droit à une archive en couleurs. Mais une archive quand même avec une des premières télévisions d’Amélie Nothomb. En 1993, Amélie a 27 ans. Elle ne porte pas encore de chapeau et elle vient présenter son 2ème roman "Le sabotage amoureux" dans l’émission "Atmosphère" de la RTBF. Avant de monter sur le plateau, elle écoute son portrait toute seule face caméra. Exercice difficile.

La chronique de Lucile Poulain : "Ecchymoses" d’Alice de Vleeschouwer, éd. Ker éditions, 2021

Un bien sombre titre pour une histoire qui ne laisse rien présager de tout ça, en tout cas en apparence…

Nina, presque trente ans, tout le temps en retard mais pas du genre à faire faux bond à ses copains non plus, n’arrive jamais au ciné qu’elle avait promis à deux de ses meilleurs amis, Louis et Maxence. Ils sont un peu inquiets, et Maxence qui a le double des clefs passe chez elle, histoire d’être sûr que tout va bien.

Sauf qu’une fois arrivé à l’appartement de son amie, pas de Nina, la vaisselle n’est pas faite, le lit est encore défait et surtout, son téléphone est toujours là, sur la table. Maxence finit par se dire que quelque chose de grave s’est passé, et en attendant des nouvelles il fouille.

Il trouve un journal intime, des post-it, des photomatons planqués dans les bouquins, des factures, des lettres, un agenda avec le détail des rendez-vous et même s’il peut prétendre très bien la connaître, il y a quelque chose qui cloche, qui lui échappe. Où peut-elle bien être ? La réponse dans la suite de cette longue nuit.

La chronique de Michel Dufranne : "Notre part de nuit" de Mariana Enriquez, éd. Sous-sol, 2021

Un père et son fils traversent l’Argentine par la route, comme en fuite. Où vont-ils ? À qui cherchent-ils à échapper ?

Le petit garçon s’appelle Gaspar. Sa mère a disparu dans des circonstances étranges. Comme son père, Gaspar a hérité d’un terrible don : il est destiné à devenir médium pour le compte d’une mystérieuse société secrète qui entre en contact avec les Ténèbres pour percer les mystères de la vie éternelle.

Alternant les points de vue, les lieux et les époques, leur périple nous conduit de la dictature militaire argentine des années 1980 au Londres psychédélique des années 1970, d’une évocation du sida à David Bowie, de monstres effrayants en sacrifices humains.

La chronique d’Odile Vanhellemont : “Moins que zéro” de Bret Easton Ellis, éd. 10-18, 2021

Dans ce roman, une jeunesse en perdition, de la drogue, de la musique et des crimes.

On est dans les années 80, c’est l’été et Clay débarque chez lui à Los Angeles, après un séjour dans son université du New Hampshire. Il enchaîne les rails de coke, les soirées, les conquêtes. En bref, une vie de débauche. Une vie pas forcément enviable.

Et son environnement n’est pas mieux. Une ex-copine à laquelle il ne tient pas, une amie anorexique qui se shoote à l’héroïne, un ami mannequin, un autre qui disparaît, des potes dealeurs…

Les parents ? Totalement absents ! Pire ! Les enfants prennent plus de leurs nouvelles dans les magazines que dans la vraie vie. C’est dire à quel point tout le monde s’en fiche de tout.

" Moins que zéro " pose en fait une question : jusqu’où mène l’abysse existentielle ?

La chronique de Gorian Delpâture : “Dem” de William Melvin Kelley, éd. La Croisée, 2021

"Dem", c’est la version phonétique du mot anglais "them", "eux"…

Eux, les autres, les noirs. Oui, parce que le personnage principal de ce roman est blanc. C’est Mitchell Pierce. Il vit à New York, il travaille dans une agence de publicité. Il est marié à Tam, ils ont un fils Jake. Et Mitchell, il est raciste. Il se méfie des noirs qu’il croise dans Central Park et il vire la nounou noire de son fils parce qu’il est persuadé qu’elle le vole. Un beau jour, sa femme Tam tombe enceinte et donne naissance à deux garçons : un blanc… et un noir.

Idée géniale de nouveau. A l’époque de l’esclavage, c’étaient les blancs qui faisaient des enfants blancs aux noires. Ici, c’est la situation inverse. William Melvin Kelley en profite pour nous peindre une description formidable de ces Américains blancs racistes des années 60, qui vivent derrière des pelouses parfaitement tondues mais qui cachent des horreurs derrière les murs de leurs maisons, ces blancs qui s’abrutissent en regardant des séries TV débiles, ces blancs qui ne supportent pas les noirs mais qui rêvent quand même de coucher avec leurs femmes à la peau brune. C’est un roman drôle, piquant, d’une intelligence folle.

Le coup de cœur de Maxime Janssen, Librairie L’aventure à Malmedy : "Eloge de rien" de Louis Coquelet (auteur présumé), éd. Allia, 2021

Genre littéraire particulier, initialement associé à l’oraison funèbre célébrant la vie d’une personne défunte, l’éloge n’est ici dédié à Rien.

Ou bien est-il rédigé pour Rien. Déconstruction de la logique dans la lignée d’Agrippa et de Rabelais, Eloge de rien s’ouvre sur une dédicace sarcastique A Personne, petit chef-d’œuvre d’humour noir. Publié en 1730, en plein Siècle des Lumières, il s’inscrit dans la tradition des éloges parodiques de l’Antiquité grecque – on doit à Lucien un Eloge de la mouche, à Synésios de Cyrène celui de la calvitie – et de la Renaissance, avec Erasme et son Eloge de la folie.

Cependant, l’auteur pousse ici cette logique jusqu’à l’absurde, tournant en dérision les éloges académiques de son siècle, occasions de célébrer les sciences, la littérature et les arts. En ne glorifiant que le Rien, sous toutes ses formes, cet ouvrage défie le ton grave et solennel, cultive à plaisir les paradoxes.

La chronique surprise de Sophie Léonard, avec “Beloved”, de Toni Morrison, éd. 10/18, 2008

Vers 1870, aux États-Unis, près de Cincinnati dans l’Ohio, le petit bourg de Bluestone Road, dresse ses fébriles demeures.

L’histoire des lieux se lie au fleuve qui marquait jadis pour les esclaves en fuite la frontière où commençait la liberté. Dans l’une des maisons, quelques phénomènes étranges bouleversent la tranquillité locale : les meubles volent et les miroirs se brisent, tandis que des biscuits secs écrasés s’alignent contre une porte, des gâteaux sortent du four avec l’empreinte inquiétante d’une petite main de bébé.

Sethe, la maîtresse de maison est une ancienne esclave. Dix-huit ans auparavant, dans un acte de violence et d’amour maternel, elle a égorgé son enfant pour lui épargner d’être asservi. Depuis, Sethe et ses autres enfants n’ont jamais cessé d’être hantés par la petite fille.
L’arrivée d’une inconnue, Beloved, va donner à cette mère hors-la-loi, rongée par le spectre d’un infanticide tragique, l’occasion d’exorciser son passé.

Inspirée par une histoire vraie, renforcée par ses résonances de tragédie grecque, cette œuvre au lyrisme flamboyant est l’histoire d’un destin personnel et d’un passé collectif.

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