Luis Sepúlveda, la voix du Chili en exil

Il incarnait ces auteurs qui ont payé un lourd tribut à la dictature chilienne. L’écrivain Luis Sepúlveda, qui était l’un des invités d’honneur de la Foire du Livre de Bruxelles il y a un peu plus d’un an, s’est éteint après avoir lutté plusieurs semaines contre le coronavirus. C’est une immense voix de la littérature sud-américaine qui nous quitte.

Luis Sepúlveda est devenu célèbre grâce à une fable faussement naïve parue en 1992. Intitulée Le Vieil homme qui lisait des romans d’amour, sa traduction française chez Métailier a lancé la carrière européenne de l’auteur. Sepúlveda était ce que l’on peut appeler un conteur politique. Dans ses livres, il y avait toujours un mélange de candeur et d’ironie, de militantisme et d’humour, savamment entremêlés.

Sepúlveda a payé le prix fort pour avoir soutenu Salvador Allende et l’espoir d’un Chili progressiste dans les années 70. Le régime de Pinochet l’a condamné à 28 ans de prison ! Mais il a pu être libéré dès 1977, grâce à l’intervention d’Amnesty International. Après avoir crapahuté dans toute l’Amérique du Sud et l’Amérique Centrale - en participant notamment à la révolution sandiniste nicaraguayenne -, Luis Sepúlveda a finalement rejoint l’Europe; Hambourg d’abord, puis Paris et enfin Gijón, en Espagne, où il est mort. Ses livres sont le résultat d’une vie d’engagements et d’exil. Il y parle souvent de cette distance d’avec le pays, de l’adolescence et de la jeunesse dans le creuset communiste et sous les auspices des formateurs soviétiques envoyés en Amérique Latine - c’était le cas, notamment, dans le recueil de nouvelles intitulé L’Ouzbek muet et autres histoires clandestines, paru en 2015. Mais ce qu’on retiendra de ce militant convaincu, c’est surtout son talent de conteur humaniste.

Récemment, Métailié, son éditeur français, publiait une version illustrée d’un conte magnifique, Histoire d’une baleine blanche. De mère Mapuche, connaisseur des coutumes indiennes, Sepúlveda savait s’emparer du conte pour lui faire dire bien des choses sur le monde. Sans moralisme excessif, il parvenait toujours à nous enchanter avant de nous plonger dans la réflexion. Un peu comme s’il nous tendait des miroirs qui paraissaient ne pas en être.

Dans ma bibliothèque idéale figurent nombre de ses ouvrages : Le Vieil Homme qui lisait des romans d’amour, bien sûr, l’histoire de ce chasseur de fauves qui vit en bordure de l’Amazone, respecte et connaît la culture indienne et n’aime rien mieux que se perdre dans les pages des romans d’amour qui font mal afin de fuir la violence des hommes. Mais aussi Le monde du bout du monde (El Mundo del fin del mundo, quel titre merveilleux en espagnol !), un livre écologiste qui se déroule tout au sud du Chili et de l’Argentine, dans ce monde trop grand pour l’homme. Ou encore Un nom de torrero, son polar politique dans lequel Stasi et dictature chilienne se croisent pour le pire - et dont le héros, Juan Belmonte, est revenu en 2017 dans La Fin de l’histoire. Sans compter son livre le plus politique :  La Folie de Pinochet, qui n’était ni un roman ni un recueil de nouvelles, mais une somme d’articles fustigeant l’amnésie des Chiliens vis-vis de Pinochet.

Newsletter TV

Recevez chaque jeudi toute l'actualité de vos personnalités et émissions préférées.

OK