Les 10 coups de cœur de la librairie Tulitu

Tulitu, c’est un beau roman, c’est une belle histoire (sic), celle d’une rencontre… Ariane Herman est bruxelloise et juriste de formation. Dans les années 80, avec ses amis gays, elle a connu le milieu queer, une culture, un univers de fêtes mais aussi de revendications. Au cours de la décennie suivante, grâce à Gilles, son frère, patron des éditions du Septentrion au Québec, Ariane découvre le milieu du livre de cette " Belle Province ", majoritairement francophone, à l’est du Canada.

De son côté, Dominique Janelle est native de Montréal… au Québec, un détail qui va avoir toute son importance ! Avec sa formation en Littérature de Langue française et Philosophie, elle est engagée à la libraire Olivieri, là-bas, outre-Atlantique. C’est ainsi que, de 2009 à 2014, elle sera présente sur le stand de Québec Edition à la Foire du livre de Bruxelles… et c’est là qu’en 2009, Ariane et Dominique se sont rencontrées…

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Six ans plus tard, elles décident d’ouvrir Tulitu dans le quartier Sainte-Catherine à Bruxelles, une librairie généraliste " augmentée " car elle met aussi en avant les littératures québécoise – une particularité extrêmement rare en Europe – féministes et LGBTQI, autant dire que tout le monde y trouve son bonheur, sans complexes !

À mi-chemin entre la Bourse et le canal, à deux pas du Marché aux Poissons, les deux copines ont créé un univers propice à la découverte, à la discussion et au partage des coups de cœur littéraires, tous genres confondus. Tulitu, ce sont aussi des expositions artistiques, un coin bar ouvert à l’occasion des rencontres, lectures, causeries, dédicaces et autres projections de films, une institution qui devient incontournable et labellisée "librairie de qualité" depuis 2017, où Ariane et Dominique vous souhaitent " Bienvenue à tou.te.s ! ".

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Pour cet été, Tulitu vous propose ses 10 livres qui vous feront oublier les séries télé !

« Croire aux fauves » – Nastassja Martin, Gallimard, coll. Verticales, 2019

Ce jour-là, le 25 août 2015, l’événement n’est pas : un ours attaque une anthropologue française quelque part dans les montagnes du Kamtchatka. L’événement est : un ours et une femme se rencontrent et les frontières entre les mondes implosent. Non seulement les limites physiques entre un humain et une bête qui, en se confrontant, ouvrent des failles sur leurs corps et dans leurs têtes. C’est aussi le temps du mythe qui rejoint la réalité ; le jadis qui rejoint l’actuel ; le rêve qui rejoint l’incarné.

« Habiller le cœur » – Michèle Plommer, Marchand de feuilles, 2019

Monique a vécu une jeunesse dorée entre son travail de sténographe et les clubs de jazz du Golden Square Mile. Mariée à un homme aux lunettes en corne noire, elle a eu une vie de famille comblée. Mais à 70 ans elle décide de tout quitter pour accepter un emploi dans l’Arctique. Sans même laisser à sa fille inquiète le temps de digérer la nouvelle, Monique se retrouve dans un village nordique où les bonbons pleuvent du ciel, en compagnie d’Oscar, son petit terrier. Habiller le cœur est un exercice d’admiration qui nous rappelle que les mères ont souvent la tâche ardue de réparer tous les torts du monde.

« Ténèbre » – Paul Kawczak, La Peuplade, 2020

Un matin de septembre 1890, un géomètre belge, mandaté par son Roi pour démanteler l’Afrique, quitte Léopoldville vers le Nord. Avec l’autorité des étoiles et quelques instruments savants, Pierre Claes a pour mission de matérialiser, à même les terres sauvages, le tracé exact de ce que l’Europe nomme alors le " progrès ". À bord du Fleur de Bruges, glissant sur le fleuve Congo, l’accompagnent des travailleurs bantous et Xi Xiao, un maître tatoueur chinois, bourreau spécialisé dans l’art de la découpe humaine. Celui-ci décèle l’avenir en toute chose : Xi Xiao sait quelle œuvre d’abomination est la colonisation, et il sait qu’il aimera le géomètre d’amour. Ténèbre est l’histoire d’une mutilation, un incroyable roman d’aventures traversé d’érotisme, un opéra de désir et de douleur tout empreint de réalisme magique, qui du nord de l’Europe au cœur de l’Afrique coule comme une larme de sang sur la face de l’Histoire.

« Avant que j’oublie » – Anne Pauly, Verdier, 2019

Il y a d’un côté le colosse unijambiste et alcoolique, et tout ce qui va avec : violence conjugale, comportement irrationnel, tragi-comédie du quotidien, un " gros déglingo ", dit sa fille, un vrai punk avant l’heure. Il y a de l’autre le lecteur autodidacte de spiritualité orientale, à la sensibilité artistique empêchée, déposant chaque soir un tendre baiser sur le portrait pixélisé de feue son épouse ; mon père, dit sa fille, qu’elle seule semble voir sous les apparences du premier. Il y a enfin une maison, à Carrières-sous-Poissy et un monde anciennement rural et ouvrier.

De cette maison, il va bien falloir faire quelque chose à la mort de ce père Janus, colosse fragile à double face. Capharnaüm invraisemblable, caverne d’Ali-Baba, la maison délabrée devient un réseau infini de signes et de souvenirs pour sa fille qui décide de trier méthodiquement ses affaires. Que disent d’un père ces recueils de haïkus, auxquels des feuilles d’érable ou de papier hygiénique font office de marque-page ? Même elle, sa fille, la narratrice, peine à déceler une cohérence dans ce chaos. Et puis, un jour, comme venue du passé, et parlant d’outre-tombe, une lettre arrive, qui dit toute la vérité sur ce père aimé auquel, malgré la distance sociale, sa fille ressemble tant.

« Shuni » – Naomi Fontaine, Mémoire d’encrier, 2020

Naomi Fontaine écrit une longue lettre à son amie Shuni, une jeune Québécoise venue dans sa communauté pour aider les Innus. Elle convoque l’histoire. Surgissent les visages de la mère, du père, de la grand-mère. Elle en profite pour s’adresser à Petit ours, son fils. Les paysages de Uashat défilent, fragmentés, radieux. Elle raconte le doute qui mine le cœur des colonisés, l’impossible combat d’être soi. Shuni, cette lettre fragile et tendre, dit la force d’inventer l’avenir, la lumière de la vérité. La vie est un cercle où tout recommence.

« Une république lumineuse » – André Barba, Christian Bourgois éditeur, 2020

Jungle au vert intense, fleuve boueux et langueur tropicale : nous sommes dans la ville de San Cristobál en 1993. Là, le pittoresque côtoie la noirceur, comme le découvre le narrateur : jeune fonctionnaire aux affaires sociales, il doit y mettre en place un programme d’intégration des communautés indigènes de la région. Très vite, la torpeur locale est perturbée par l’arrivée d’enfants, inconnus et presque sauvages, qui pillent les rues. Mais d’où sortent tous ces enfants ?

Quelle est cette langue qu’ils parlent et qui n’appartient qu’à eux ? D’abord étonnante et vaguement inquiétante, leur présence aura des conséquences tragiques. Vingt ans plus tard, l’ancien fonctionnaire se souvient et revient sur la succession d’événements ayant conduit au drame. Dans une échappée à l’ordre établi par les adultes, Une république lumineuse est une invitation à redéfinir notre idée même de l’enfance, une grande fable qui nous hantera longtemps.

« Watership Down » – Richard Adams, Monsieur Toussaint Louverture, 2020

C’est dans les fourrés de collines verdoyantes et idylliques que se terrent parfois les plus terrifiantes menaces. C’est là aussi que va se dérouler cette vibrante odyssée de courage, de loyauté et de survie. Menés par le valeureux Hazel et le surprenant Fyveer, une poignée de braves choisit de fuir l’inéluctable destruction de leur foyer. Prémonitions, malices et légendes vont guider ces héros face aux mille ennemis qui les guettent, et leur permettront peut-être de franchir les épreuves qui les séparent de leur terre promise, Watership Down.

Mais l’aventure s’arrêtera-t-elle vraiment là ? Aimé et partagé par des millions de lecteurs à travers le monde, l’envoûtant roman de Richard Adams fait partie de ces récits mythiques et hors du temps, une épopée sombre et violente, néanmoins parcourue d’espoir et de poésie. Vous sentirez le sang versé. Vous tremblerez face aux dangers. Vous craindrez la mort. Et, par-dessus tout, vous ressentirez l’irrépressible désir de savoir ce qui va se passer.

« Venus poetica » – Lisette Lombé, L’Arbre à paroles, 2020

Dans cette fiction où elle fait malgré tout appel à des souvenirs propres, la belgo-congolaise Lisette Lombé, queer et afroféministe, questionne la construction de la sexualité. Mais encore, sa mise en place de l’enfance à l’âge adulte, de la norme hétérosexuelle à l’exploration de soi. Impudique, voilà un terme qui va bien à l’auteure. Serait-ce de la provocation ? Le simple plaisir de troubler vos sens ? Par amour de coucher sur papier des désirs inavoués ? Elle en serait tentée !

Pourtant, le combat mené est avant tout politique et social. Artiste sans langue de bois, elle aime jouer avec les codes pour titiller les limites imposées par la société et faire gamberger son public ! Venus poetica met le doigt sur un sujet important. Pas seulement pour les jeunes filles ou les femmes qui se reconnaîtront plus facilement dans ce roman mais pour tout un chacun. Les normes encerclent nos vies tout au long de notre évolution (Quatremille).

« La route du lilas » – Eric Dupont, Harper Collins, 2020

Chaque printemps, Shelly et Laura traversent les États-Unis pour suivre la floraison du lilas. En plus de leur offrir quelques mois de lilas supplémentaires, ce périple leur permet de faire passer clandestinement la frontière canadienne à des femmes en fuite qui veulent refaire leur vie. Cette année, elles accueillent Maria Pia, sexagénaire brésilienne, à bord de leur camping-car. Initiée au rite de l’écriture sous l’influence du parfum enivrant du lilas par ses deux compagnes de voyage, Maria Pia dévoile au fil des jours et des pages les raisons de sa cavale, son histoire ainsi que celle des femmes qui ont marqué sa vie. Entre passé, présent, mythe et réalité, du Tennessee à Montréal en passant par Rio et Paris, ces histoires enchevêtrées dessinent une ode à la résilience et à toutes les femmes du monde.

« Dix petites anarchistes » – Daniel de Roulet, Libretto, 2020

Suisse, canton de Berne, fin du XIXe siècle. On vivote entre misère et exploitation, entre les étables et une industrie horlogère encore balbutiante. Une série de conférences de Bakounine à Saint-Imier en 1871, plein de l’ardeur de la Commune de Paris, éveille l’idée qu’une autre vie est possible. En juin 1873, dix jeunes femmes font le pari insensé de bâtir, à l’autre bout du monde, une communauté où régnerait " l’anarchie à l’état pur ". Valentine, dernière survivante des " dix petites anarchistes ", nous fait le récit de cette utopie en acte qui les conduit de Suisse en Patagonie jusqu’à Buenos Aires, en passant par l’île de Robinson Crusoé. Extraordinaire épopée de femmes soudées par un amour farouche de la liberté, ce livre est aussi, et peut-être avant tout, une émouvante collection de portraits de femmes fortes, magnifiques de courage qui, comme le dit l’auteur, " prouvent que l’utopie peut être un principe de vie ".

 

Excellente lecture !

Librairie TULITURue de Flandre 55 – 1000 Bruxelles

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