Le meilleur de la littérature s’invite chez vous !

Ce 12ème chapitre de notre émission vous enferme dans l’univers noir, très noir de Karine Giébel pour ensuite pousser les portes du monde, ni tout blanc ni tout noir, des huissiers de justice. Ces lectures étonnantes n’ont pas empêché Anne-Sophie de nous faire entrer dans la bulle d’un certain John Lennon. Quant au reste de l'équipe de Sous Couverture, elle n’a pas fini de vous surprendre !

L’invité du jour : Karine GIEBEL pour "Chambres noires", éd. Belfond, 2020

Des textes noirs, humains, bouleversants et engagés : un recueil de pépites !

Karine Giébel est l’une des nouvelles reines du noir. Et ce n’est pas le titre de son recueil de nouvelles qui le démentira ! Que trouve-t-on dans ces Chambres noires ? Quatre nouvelles originales, chacune portant le nom d’un film connu, parlant d’enfermement, avec plus ou moins de noirceur. On est enfermé en maison de repos au temps du coronavirus, en prison avec un courrier troublant à la main, dans une cave pour une peine de prison que la justice n’avait pas cru bon de prononcer, voire dans sa condition d’esclave et d’exclu.e. Une écriture au cordeau et des chutes toujours surprenantes qui vous cueillent sans prévenir. Et en bonus, quelques nouvelles plus courtes, précédemment parues ici et là, pour que le frisson se prolonge un peu…

Jean-Pierre JANSEN avec "On n’entre pas comme ça chez les gens", éd. Quadrature, 2020

Les autres visages de l’huissier de justice

Jean-Pierre Jansen a commencé à écrire On n’entre pas comme ça chez les gens dans un moment de colère et de révolte. Mais au fil des mois d’écriture, il s’est pris d’amour pour son sujet. Et quel sujet ! Écrire des nouvelles sur des huissiers de justice, voilà qui est pour le moins singulier. En jouant avec diverses situations, tantôt en ville, tantôt à la campagne, le personnage de l’huissier permet de raconter des histoires profondément humaines. À chaque fois, l’engrenage fatal se met en marche sans qu’on s’en rende compte et la pauvreté frappe à la porte un peu plus tard. Mais peut-on être huissier sans être dépourvu d’humanité ? À lire les nouvelles de Jean-Pierre Jansen, la réponse semble être : oui…

La "Supercherie" d’Anne-Sophie : "Ce qui a tué John Lennon. Vies et morts d’une légende", de Lesley-Ann JONES, éd. Alisio, 2020

Une biographie captivante de l’ex-Beatle

Le 8 décembre 1980, la planète s’est arrêtée de tourner pour des millions de personnes. John Lennon vient d’être abattu par Mark David Chapman, à New York, au pied de l’immeuble où la star vit avec Yoko Ono et leur fils. C’était il y a 40 ans, et le monde pleurait la disparition de sa plus grande icône. Après des années de recherches et de séries d’interviews inédites, Lesley-Ann Jones a conçu la biographie la plus complète du célèbre Beatle.

Et à mesure que se dessine la figure d’un artiste secret et tourmenté, éternel exilé, émerge une question : quand le véritable John Lennon est-il mort ? Quelle suite de petites ruptures et de renoncements a signé la disparition de l’homme qui s’estimait " plus populaire que Jésus " ? La journaliste, romancière et biographe britannique qu’est Lesley-Ann Jones est une passionnée de musique. Elle est l’amie d’enfance de David Bowie qui, révélation dans Ce qui a tué John Lennon, y raconte son aventure avec Lennon !

La chronique de Lucile POULAIN : "Les graciées", de Kiran MILLWOOD HARDGRAVE, éd. Robert Laffont, 2020

Une fiction historique aux échos si contemporains

Poétesse, dramaturge et romancière, Kiran Millwood Hardgrave est née en 1990. Jusqu’à présent, c’est pour les enfants qu’elle écrivait. Avec Les Graciées, inspiré de faits réels, elle signe son premier roman pour adultes. L’histoire se déroule en 1617, au nord du cercle polaire, en Norvège, dans un village de pêcheurs, Vardø. Lors d’une violente tempête, quarante pêcheurs se noient, parmi eux, le frère, le père et le fiancé de Maren Magnus-datter. Les hommes de Vardø ont été décimés, les femmes vont désormais devoir assurer seules leur survie…

Trois ans plus tard, Absalom Cornet débarque d’Écosse, chargé de purifier la région de ses démons. Il est accompagné de sa jeune épouse norvégienne, Ursa. Enivrée et terrifiée par l’autorité de son mari, elle se lie d’amitié avec Maren et découvre la voie vers l’émancipation… En pleine chasse aux sorcières, une magnifique histoire d’amour, pleine de sensualité se lie entre deux femmes. Voici ce qu’en dit Tracy Chevalier, l’auteure de La Jeune fille à la perle : " Les Graciées m’a coupé le souffle. Lorsque je l’ai terminé, j’ai pressé le livre contre moi, en espérant absorber un peu du talent de Kiran. "

La chronique de Gorian DEPÂTURE : "Dites-leur que je suis un homme", d’Ernest J. GAINES, éd. Liana Levi, 2019

La triste mais belle et simple histoire d’un homme digne

Dans la Louisiane des années quarante, un jeune Noir, Jefferson, démuni et illettré, est accusé d’avoir assassiné un Blanc. Au cours de son procès, il est bafoué et traité comme un animal par l’avocat commis d’office. Si le verdict ne fait aucun doute, l’accusé, lui, décide de mener un combat pour retrouver aux yeux de tous sa dignité humaine. Il sera aidé par un instituteur Noir : Grant. La confrontation magistrale de deux hommes, héros d’une communauté qui veut prouver que la soi-disant infériorité intellectuelle des Noirs, n’est qu’un mythe inventé par les Blancs.

Loin des clichés, Gaines développe en parallèle, une étude sociale inédite, portée par une écriture puissante, envoûtante, précise et poétique. Le roman est clairement à vocation politique dans une Amérique ségrégationniste. Écrivain afro-américain, Ernest J. Gaines, surnommé le Faulkner noir, est décédé en novembre 2019. Il est l’un des auteurs majeurs du "roman du Sud". Pour Dites-leur que je suis un homme, paru en 1993, il a reçu le National Book Critics Circle Award et a été nommé au Prix Pulitzer. En 2004, il sera nommé pour le Prix Nobel de littérature.

La chronique Facebook de Michel DUFRANNE : "Le bal des porcs", d’Arpad SOLTESZ, éd Agullo, 2020

Un monde où la vie ne vaut rien et où la mort est une marchandise

Lorsqu’une adolescente disparaît d’un centre de désintoxication, personne ne s’en inquiète ! Tout le monde sait bien que les junkies mentent, volent, et disparaissent dans la nature. Et tout le monde s’en fiche ! Alors quand on retrouve le corps sans vie de la jeune Bronya, le médecin légiste et le policier qui mène l’enquête s’empressent de conclure à une mort accidentelle, malgré le témoignage de Nadia, une amie de la victime, qui affirme avoir vu le coupable maquiller le meurtre en overdose. Affaire classée ? C’est sans compter sur le journaliste Schlesinger qui, flairant le scandale étouffé, décide de mener sa propre investigation.

Peu à peu, il met à jour un vaste réseau de prostitution, de corruption et de chantage organisé par la mafia calabraise qui a bien l’intention de faire main basse sur tous les trafics possibles en Slovaquie. Et quand le Premier ministre lui-même, devient la pièce maîtresse de la pyramide mafieuse, plus personne n’est à l’abri. Même pas les journalistes… L’assassinat de l’un d’entre eux suffira-t-il à réveiller les hommes et femmes intègres du pays ? Dans Le Bal des porcs, le slovaque Arpad Soltesz décrit la collusion entre autorités dirigeantes et truands. Ne pouvant pas toujours publier des faits véridiques par manque de preuves étayées, ce journaliste d’investigation a décidé de décrire les dérives de son pays à travers des romans… noirs !

La chronique de Marie VANCUTSEM : "Les ingénieurs du chaos", de Giuliano DA EMPOLI, éd JC Lattès, 2019

Ces géniaux inconnus qui fabriquent les leaders populistes

Dans le monde de Donald Trump, de Boris Johnson et de Matteo Salvini, chaque jour porte sa gaffe, sa polémique, son coup d’éclat. Pourtant, derrière les apparences débridées du carnaval populiste, se cache le travail acharné de dizaines de spin-doctors, d’idéologues et, de plus en plus souvent, de scientifiques et d’experts du Big Data, sans lesquels ces leaders populistes ne seraient jamais parvenus au pouvoir. Ce sont ces ingénieurs du chaos, dont Giuliano da Empoli brosse le portrait.

Du récit incroyable de la petite entreprise de web marketing devenue le premier parti italien, en passant par les physiciens qui ont assuré la victoire du Brexit et par les communicants qui ont changé le visage de l’Europe de l’Est, jusqu’aux théoriciens de la droite américaine qui ont propulsé Donald Trump à la Maison Blanche, cette enquête passionnante et inédite dévoile les coulisses du mouvement populiste global. Il en résulte une galerie de personnages hauts en couleur, presque tous inconnus du grand public, et qui sont pourtant en train de changer les règles du jeu politique et le visage de nos sociétés.

La chronique surprise : François de BRIGODE, avec "Et les vivants autour", de Barbara Abel, éd. Belfond, 2020

Union sacrée et désunion machiavélique autour de Jeanne

Cela fait quatre ans que la vie de la famille Mercier est en suspens. Quatre ans que l’existence de chacun ne tourne plus qu’autour du corps de Jeanne, vingt-neuf ans. Un corps allongé sur un lit d’hôpital, qui ne donne aucun signe de vie, mais qui est néanmoins bien vivant. Les médecins appellent cela un coma, un état d’éveil non-répondant et préconisent, depuis plusieurs mois déjà, l’arrêt des soins.

C’est pourquoi, lorsque le professeur Goossens convoque les parents et l’époux de Jeanne pour un entretien, tous redoutent ce qu’ils vont entendre. Ils sont pourtant bien loin d’imaginer ce qui les attend. L’impensable est arrivé. Le dilemme auquel ils sont confrontés est totalement insensé et la famille de Jeanne, en apparence si soudée, commence à se déchirer autour du corps de la jeune femme… Après Je sais pas et Je t’aime, le nouveau thriller de Barbara Abel dissèque à la perfection la psychologie et les émotions en montagnes russes des personnages qui gravitent autour du corps de Jeanne, inerte et si présent à la fois.

Le coup de cœur de Catherine VANMANSART, librairie "Chantelivre" à Tournai : "Julian est une sirène", de Jessica LOVE, éd Pastel, 2020

Je m’appelle Julian, je suis une sirène. Et alors ?

Julian est avec Mamita, sa grand-mère. Leur métro s’arrête et des sirènes montent à bord. Julian adore les sirènes. " Moi aussi, je suis une sirène ", dit-il. De retour à la maison, tandis que Mamita va prendre son bain, Julian va faire ce qu’il faut pour ressembler à une sirène. Rassemblant tout ce qui est nécessaire, il confectionne une couronne avec des feuilles vertes piquées de fleurs, noue un joli voile crème à sa taille. Evidemment, Mamita sort du bain, aïe, aïe, aïe, que va-t-elle penser ? Mamita va entrer dans le jeu de l’enfant et lui donner un collier de perles pour achever la transformation… avant de s’en aller parader ensemble !

Un album où l’on évoque délicatement le genre, la compréhension d’une adulte pour son petit-fils qui, au lieu de se déguiser en cow-boy, se transforme en sirène. Elle accepte l’enfant tel qu’il est. Peu de texte, beaucoup de splendides images qui entraînent, petits et grands, dans un univers de beauté, de grâce, d’élégance… et d’acceptation. Julian est une sirène, premier album pour la jeunesse de Jessica Love, a bénéficié d’un bel accueil. Il a reçu en 2019 trois célèbres récompenses que sont le Stonewall Book Award, le prix Klaus Flugge et le prix de la Foire de Bologne.

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