La sélection littéraire pour cette rentrée !

Pour ce premier chapitre de l’année, Sous Couverture accueille Sorj Chalandon et Antoine Wauters. Au menu du jour : Nirvana, Godzilla, la Syrie, un passé douloureux… Entre autres !

Sorj Chalandon pour “Enfant de salaud”, éd. Grasset, 2021

- Qu’as-tu fait sous l’occupation ? C’est la question qui torture le narrateur depuis son enfance, mais il n’a jamais osé la poser à son père.

Parce qu’il est imprévisible, ce père. Violent, fantasque. Certains même, le disent fou. Longtemps, il a bercé son fils de ses exploits de Résistant, jusqu’au jour où le grand-père de l’enfant s’est emporté : "Ton père portait l’uniforme allemand. Tu es un enfant de salaud !"

En mai 1987, alors que s’ouvre à Lyon le procès du criminel nazi Klaus Barbie, le fils apprend que le dossier judiciaire de son père sommeille aux archives départementales du Nord. Trois ans de la vie d’un "collabo", racontée par les procès-verbaux de police, les interrogatoires de justice, son procès et sa condamnation. Il découvre, l’aventure rocambolesque d’un gamin de 18 ans, sans instruction ni conviction, menteur, faussaire et manipulateur, qui a traversé la guerre comme on joue au petit soldat.

En décembre 1944, recherché par tous les camps, il a continué de berner la terre entière. Mais aussi son propre fils, devenu journaliste. Lorsque Klaus Barbie entre dans le box, ce fils est assis dans les rangs de la presse et son père, attentif au milieu du public. Ce n’est pas un procès qui vient de s’ouvrir, mais deux. Barbie va devoir répondre de ses crimes. Le père va devoir s’expliquer sur ses mensonges.

Antoine Wauters pour “Mahmoud ou la montée des eaux”, éd. Verdie, 2021

Antoine Wauters choisi la poésie pour parler de la Syrie, de la rage et de l’horreur.

Syrie. Un vieil homme rame à bord d’une barque, seul au milieu d’une immense étendue d’eau. En dessous de lui, sa maison d’enfance, engloutie par le lac el-Assad, né de la construction du barrage de Tabqa, en 1973. Fermant les yeux sur la guerre qui gronde, muni d’un masque et d’un tuba, il plonge – et c’est sa vie entière qu’il revoit, ses enfants au temps où ils n’étaient pas encore partis se battre, Sarah, sa femme folle amoureuse de poésie, la prison, son premier amour, sa soif de liberté.

“BOOKBOX” de Lucile Poulain “Le parfum des cendres” de Marie Mangez – éd. Finitude, 2021

Mais aussi le best-seller de l’allemand Patrick Suskind, "Le parfum" et un morceau de Nirvana " Scentless Apprentice "

On commence par le Parfum de Patrick Suskind, c’est l’histoire de Jean-Baptiste Grenouille, un être hors du commun né sans odeur, mais en contrepartie, à l’odorat absolument exceptionnel. Ce personnage dont on suit la vie du début à la fin tout au long du roman, ne palpite que par les fragrances qu’il perçoit, des plus nobles aux plus nauséabondes ; et dépourvu de véritable intelligence, d’instruction, de moralité, il ne va faire aucune différence entre le bien et le mal. Finalement ce n’est… qu’un nez !

On continue en musique avec Nirvana " Scentless Apprentice ", il raconte l’histoire du personnage de Suskind, qui devenu une sorte de cri de douleur, mais aussi de rancœur. Par exemple le fameux " Go away " du refrain est très ambivalent : dans le roman, à force d’être rejeté, Grenouille hurle à ceux qui croisent son chemin de partir, mais dans la chanson ça pourrait aussi être un avertissement de la part de Cobain pour nous dire de fuir, comme ça peut aussi être le monde qui chasse cet antihéros… Fascinant n’est-ce pas ?

Et pour finir, au milieu de la foule de romans proposés en cette nouvelle rentrée littéraire, " Le parfum des cendres " de Marie Mangez aux éditions Finitude fait une entrée très remarquée, et c’est totalement justifié ! Vous allez être plongés dans le quotidien de Sylvain Bragonard, embaumeur, thanatopracteur pour les intimes, qui a, tout comme Grenouille le personnage de Patrick Suskind, le pouvoir stupéfiant d’identifier chaque note renfermée au cœur d’une senteur. C’est un homme énigmatique, qui n’échange que très peu avec les vivants et réserve ses sourires aux morts, peut-être pour mieux leur insuffler cette fameuse vie factice.

La chronique de Michel, “L’Âme du fusil” d’Elsa Marpeau, éd Gallimard/La Noire, 2021

L’obsession d’épier son voisin

Elsa Marpeau délaisse ses héroïnes littéraires et de séries TV (Alexandra Ehle et Capitaine Marleau) pour raconter l’histoire d’un homme déboussolé qui s’accroche à sa vie de famille et sa passion pour la chasse. Un homme dont l’équilibre déjà précaire vacille à l’arrivée d’un nouveau voisin…

Depuis qu’il est sans travail, Philippe passe ses journées à attendre. Attendre que Lucas, son fils de seize ans, rentre du lycée, attendre que sa femme termine sa journée de travail. Il n’y a guère que les dîners du dimanche avec ses copains du hameau, la chasse et la perspective d’y initier son fils qui rompent le fil des jours.
Lorsque Julien, un Parisien venu se terrer dans la maison d’en face, débarque, la vie de Philippe bascule. Il se met à épier ce voisin qui le fascine et l’obsède, cherche à le faire accepter de son entourage qui s’en méfie.
Tout au bonheur de se sentir à nouveau vivant et utile, et d’exister pour son fils et ce voisin novice, Philippe ne voit pas poindre le drame.

La chronique d’Odile “Le bizarre incident du chien pendant la nuit” de Mark Haddon, éd. Pocket, 2005

Mais qu’est-il arrivé à Wellington, le caniche de Mme Shears, transpercé par une fourche ?

C’est l’enquête saugrenue que va mener notre héros du jour, Christopher Boone. Christopher, il est un peu " différent ". Il ne comprend ni les blagues ni les expressions faciales. Il déteste le jaune, les aliments qui se touchent dans l’assiette et le contact physique… On lui demande parfois ce qu’il dirait à sa mère si elle était encore là, mais " c’est idiot, parce que Mère est morte et qu’on ne peut rien dire aux gens qui sont morts ". Mais s’il y a bien quelque chose que Christopher comprend, ce sont les maths et les énigmes. Et c’est une grosse énigme qui va lui tomber sur les bras. Une nuit, il découvre Wellington, le caniche de Mme Shears, transpercé d’une fourche. Tel un Sherlock Holmes des temps modernes, Christopher se met à la recherche du tueur. Et ses capacités d’observation accrues vont lui être bien utiles.

La chronique de Gorian Delpâture, “Godzilla" de Shigeru Kayama, éd. Ynnis, 2021

Le roman fondateur du mythe Godzilla

Alors que l’Eikô Maru s’apprête à rentrer à bon port, une lumière aveuglante apparaît sous l’eau et le bateau fait inexplicablement naufrage. Dès lors, toute tentative de secours est vouée à l’échec. Sur la petite île d’Ôto, les habitants cherchent la cause de l’événement désespérément, tandis que des bruits de pas assourdissants se font entendre au loin… Une menace ancienne et titanesque fait alors surface, délogée par les essais nucléaires ayant cours en pleine mer : une créature mythique que les locaux ont surnommée " Godzilla ". Une course contre la montre s’engage pour sauver Tokyo…

La chronique surprise : Eric Boever, avec “Ceux qui partent”, de Jeanne Benameur, éd. Actes Sud, 2019

L’exil, d’hier à aujourd’hui

Tout ce que l’exil fissure peut ouvrir de nouveaux chemins. En cette année 1910, sur Ellis Island, aux portes de New York, ils sont une poignée à l’éprouver, chacun au creux de sa langue encore, comme dans le premier vêtement du monde.
Il y a Donato et sa fille Emilia, les lettrés italiens, Gabor, l’homme qui veut fuir son clan, Esther, l’arménienne épargnée qui rêve d’inventer les nouvelles tenues des libres Américaines.
Retenus un jour et une nuit sur Ellis Island, les voilà confrontés à l’épreuve de l’attente. Ensemble. Leurs routes se mêlent, se dénouent ou se lient. Mais tout dans ce temps suspendu prend une intensité qui marquera leur vie entière.
Face à eux, Andrew Jonsson, New-Yorkais, père islandais, mère fière d’une ascendance qui remonte aux premiers pionniers. Dans l’objectif de son appareil, ce jeune photographe amateur tente de capter ce qui lui échappe depuis toujours, ce qui le relierait à ses ancêtres, émigrants eux aussi. Quelque chose que sa famille riche et oublieuse n’aborde jamais.

Le coup de cœur d’Alexandre Crobeddu, Librairie La Procure à Tournai : " L’île des âmes", de Piergiorgio Pulixi, éd. Gallmeister, 2021

La première enquête de Mara Rais et Eva Croce nous plonge dans les somptueux décors de la Sardaigne.

Depuis plusieurs décennies, la Sardaigne est le théâtre de meurtres rituels sauvages. Enveloppés de silence, les corps de jeunes filles retrouvés sur les sites ancestraux de l’île n’ont jamais été réclamés. Lorsque les inspectrices Mara Rais et Eva Croce se trouvent mutées au département des “crimes non élucidés” de la police de Cagliari, l’ombre des disparues s’immisce dans leur quotidien. Bientôt, la découverte d’une nouvelle victime les place au centre d’une enquête qui a tout d’une malédiction. De fausses pistes en révélations, Eva et Mara sont confrontées aux pires atrocités, tandis que dans les montagnes de Barbagia, une étrange famille de paysans semble détenir la clé de l’énigme.

 

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