La naissance du Romantisme, une question de genre…

Cerner l’apparition du Romantisme n’est pas chose simple… Il est pluriel ! Que signifie le mot ? C’est en 1798 que l’adjectif romantique fait son entrée dans le Dictionnaire de l’Académie française : "Il se dit ordinairement des lieux, des paysages, qui rappellent à l’imagination les descriptions des poèmes et des romans."

Emprunté à l’anglais romantic, "fabuleux, faisant appel à l’imagination", l’adjectif romanesque, bien que très rarement utilisé, est attesté en France dès 1661. Le terme est également un dérivé de l’ancien français romanz, autrement dit, roman. C’est en 1776, dans la préface de ses traductions des Œuvres de Shakespeare, que l’homme de lettres Pierre Le Tourneur utilise pour la première fois en France le mot romantique : "… du paysage aérien et romantique des nuages…". Pour autant, sa signification n’est pas claire comme en témoigne sa définition de 1798 !

Dans Les Rêveries du promeneur solitaire, de Jean-Jacques Rousseau, édité de façon posthume en 1782, l’auteur utilise le mot pour évoquer les rives du lac de Brenne "… plus sauvages et romantiques que celles du lac de Genève…" ; l’ouvrage expose une série de réflexions sur la nature de l’Homme et de son esprit… Avec La Plainte, ou pensées nocturnes sur la vie, la mort et l’immortalité, édité de 1742 à 1745, neuf volumes plus connus sous le nom de Nuits, de l’anglais Edward Young et Les Souffrances du jeune Werther, en 1774, de l’allemand Johann von Goethe, les trois chefs-d’œuvre qui annoncent le Romantisme sont cités.

En littérature française, Rousseau commettra d’autres œuvres annonciatrices du Romantisme, avec Julie ou La Nouvelle Héloïse, lettres de deux amants, paru en 1761 et inspiré de l’histoire d’Héloïse et Pierre Abélard. De son côté, dès 1802, Germaine de Staël ouvrira la porte au romantisme français, avec Delphine, puis Corinne ou l’Italie en 1807, œuvres majeures où elle présente les femmes telles des victimes des contraintes sociales de l’époque.

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Entretemps, le sens du mot sera fixé en 1801. À l’issue du mouvement littéraire pré-romantique Sturm und Drang, "Tempête et élan", qui était une réaction contre le classicisme et qui influença la littérature allemande de 1770 à 1790, l’allemand Friedrich von Schlegel oppose définitivement Romantisch (Romantique) à Klassisch (Classique) ; de son côté, Madame de Staël empruntera le mot allemand qu’elle francisera en romantique, dans son De l’Allemagne, en 1813, tout en lui accordant le même sens que von Schlegel.

Les sommets seront atteints avec des œuvres de l’acabit des Mémoires d’outre-tombe de Chateaubriand qui, en 1848, évoque le romantisme lié à la nostalgie des paysages américains, après avoir été d’un lyrisme tout romantique dans Atala ou Les amours de deux sauvages dans le désert, paru en 1801, suivi de René, l’année suivante.

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En France, une fois qu’il aura réussi à détrôner deux siècles de raison et de logique, le Romantisme va véritablement briller de tous ses feux à partir de 1820. Le mouvement marquera le refus de la situation antérieure, celle des Lumières, à tous les niveaux, que l’on évoque l’esthétique ou la littérature.

Ainsi, évoquant le Salon (une exposition de peinture et de sculpture à Paris, du XVIIe siècle à 1880) de 1846 Charles Baudelaire, utilisera ces termes : "Le romantisme n’est précisément ni dans le choix des sujets ni dans la vérité exacte, mais dans la manière de sentir. Pour moi, le romantisme est l’expression la plus récente, la plus actuelle du beau. Qui dit romantisme, dit art moderne, c’est-à-dire intimité, spiritualité, couleur, aspiration vers l’infini, exprimés par tous les moyens que contiennent les arts".

Ce sont les confusions nées de la Révolution française, les problèmes rencontrés par la Ière République et les incertitudes liées au Ier Empire qui ont favorisés l’éclosion du Romantisme : au terme de ces périodes troublées, l’ancien monde ne pouvait que disparaître, laissant la place à une véritable révolution culturelle. À travers une part importante de la littérature romantique française, c’est à une réhabilitation de l’homme dans toute sa complexité que l’on assiste, le héros classique, plein de raison, laisse place au héros vivant dans le déferlement et le chaos.

Dorénavant, les écrivains romantiques interprètent le culte du moi, avec son repli sur soi et ses sentiments intimes. Leur thème de prédilection est le sentiment amoureux, ils participent à une redécouverte de la nature sauvage et puissante, presque hissée au rang du divin, permettant à l’homme de prendre conscience de son insignifiance… Les romantiques cultiveront le rêve, cherchant refuge dans la solitude.

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Pour traduire tous ces sentiments, le Romantisme sera passions, mélancolie, nostalgie, il aura un penchant immodéré pour l’Histoire, la spiritualité, la nature, le goût des ruines et des voyages, la fuite même, la solitude aussi. Le Romantisme aimera le pittoresque… L’auteur – et l’artiste – romantique s’affranchira de toute règle contraignante, il ira même jusqu’à s’engager dans des combats politiques… Ce que souhaite par-dessus tout retranscrire l’écrivain romantique – Lamartine, Hugo, Nerval, Chateaubriand, Vigny, Musset… – à travers sa prose et sa poésie, c’est de faire connaître la vie réelle : désormais, il ne s’adresse plus à une élite mais au plus grand nombre.

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Le romantisme sera présent dans toute l’Europe, de la péninsule ibérique à la Scandinavie, de l’Angleterre aux Balkans, différents dans ses formes, se rependant dans les arts, l’architecture et la littérature ; par ailleurs, il sera un courant puissant pour l’Histoire, devenant même un vecteur d’unité et de revendications nationalistes dans certains pays comme l’Italie et son romanticismo. Le romantisme prendra fin avec la révolution de 1848, laissant sa place au réalisme, avec des auteurs tels Stendhal, Flaubert, Sand, Balzac ou encore Maupassant.

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